Tant qu'Athènes a gardé son influence, la langue écrite a reflété les changements qui se produisaient dans la langue parlée: l'usage de Démosthène n'est plus celui de Platon; Ménandre écrit une langue plus moderne qu'Aristophane. Un écrivain comme Polybe écrit la langue des Grecs cultivés de son temps; il a subi l'influence de l'ancienne langue écrite, en l'adaptant à l'usage de ses contemporains. Mais au fur et à mesure que la langue courante devenait plus différente de l'ancien attique de Platon et d'Aristophane, les écrivains désireux de se conformer aux bons modèles répugnaient davantage à écrire suivant l'usage courant de leur temps. Déjà Denys d'Halicarnasse revient à la langue attique. L'évangéliste Luc rapproche de l'usage littéraire la forme vulgaire du premier texte évangélique que Mathieu et plus encore Marc ont mieux conservée.
Sous l'Empire, intervient la réaction atticiste qui institue entre la langue écrite et l'usage contemporain une opposition systématique. A partir du moment où les pays de langue grecque ne sont plus que des provinces de l'Empire romain, l'hellénisme se conserve comme une forme de civilisation; Rome, qui s'était mise à l'école de la Grèce, ne sert pas de modèle à ce point de vue: les Grecs conservent leur langue; pour réagir contre les misères du présent, ils s'efforcent de revenir à ce qu'il y avait eu de plus brillant, et d'écrire comme on avait écrit à la grande époque d'Athènes.
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