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La vision des vaincus : La conquête espagnole dans le folklore indigène

Published online by Cambridge University Press:  11 October 2017

Nathan Wachtel*
Affiliation:
École des Hautes Études

Extract

Comment les Indiens ont-ils vécu la Conquête espagnole ? Quels furent leurs sentiments, leurs réactions, lors de l'arrivée des hommes blancs ? Comment ont-ils interprété les événements ? Et comment se les représentent-ils aujourd'hui ?

Dès que l'historien se tourne vers le passé, il choisit les faits, les interprète selon l'idéologie de son temps, et les ordonne selon une perspective inévitablement partielle. L'historiographie occidentale étudie généralement la Conquête du seul point de vue des Européens. Elle décrit, par exemple, leur stupéfaction devant la révélation d'un monde inconnu. Mais il existe une autre face des événements. Pour les Indiens, non moins stupéfaits, le choc avec l'ancien monde signifie la ruine de leurs civilisations. Comment ont-ils vécu la mort de leurs dieux ? Certes, jamais nous ne pourrons revivre de l'intérieur les sentiments et la pensée des contemporains de Moctezuma.

Type
Histoire et Temps Présent
Copyright
Copyright © Les Éditions de l'EHESS 1967

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References

1. León-Portilla, Miguel, Vision de los Vencidos, Mexico, 1959.Google Scholar Du même, El Reverso de la Conquista, Mexico, 1964.

page 555 note 1. Ces documents sont connus depuis longtemps des anthropologues, qui les étudient pour la connaissance des sociétés précolombiennes. Mais les historiens de la période coloniale, arrêtés par l'obstacle des langues et limités au point de vue espagnol, les ont peu consultés : les traductions et publications de Miguel Leôn-Portilla, A. Ma. Garibay, etc., sont d'autant plus opportunes.

page 555 note 2. Cf. Bartolomé de Las Casas : « Tenían todas las gentes destas provincias que vamos contando muchas maneras de bailes y cantares ; costumbre muy general en todas las Indias… Lo que en sus cantares pronunciaban era racontar los hechos y riquezas y señorios y paz y gobierno de sus pasados, la vida que tenian antes que viniesen los cristianos, la venida dellos y cómo en sus tierras violentamente entraron… » (Apologética Historia, Biblioteca de Autores Españoles, t. CVI, éd. par Juan Perez de Tudela Bueso, Madrid, 1958, p. 370.)

page 556 note 1. Claude Lévi-Strauss a ouvert la voie à l'analyse structurale des mythes (Anthropologie structurale, Le Cru et le Cuit, etc.). On peut se demander dans quelle mesure l'analyse structurale est applicable au folklore. Celui-ci pose des problèmes particuliers, et diffère de la mythologie par sa nature et sa fonction dans la société. II ne s'agit donc pas d'assimiler folklore et mythologie. Mais on peut considérer, dans une première approximation, qu'il s'agit dans les deux cas d'un langage, création collective et anonyme de la société. (Cf. également, à propos des contes populaires, les remarques de Cl. Lévi-Strauss dans : « La structure et la forme. Réflexions sur un ouvrage de Vladimir Propp », Cahiers de l'I.S.E.A., 1960.)

page 556 note 2. Cf. Nicolas de Martinez Arzanz y Vela, Historia de la Villa Imperial de Potosí (rédigée au début du XVIIIe siècle, sur la base de chroniques du XVIe siècle). L'auteur décrit les fêtes données à Potosi en 1555 ; huit « comédies » furent représentées : « … Fué la una el origen de los Monarcas Ingas del Perú… La segunda fué los triunfos de Guayna Capac undécimo Inga del Peru… Fué la tercera de las tragedias la de Cusi Guáscar, duodécimo Inga del Perú… La cuarta fué la Ruina del Imperio Ingal : representose en ella la Entrada de los Españoles al Perú, prisión, injusta que hicieron de Atahuallpa, tercio-décimo Inga de esta Monarquia ; los presagios y admirables seflales que en el Cielo y Aire se vieron antes que le quitasen la vida ; tiranías y lástimas que ejecutaron los espaúoles a los indios ; la máquina de oro y plata que ofreció porque no le quitasen la vida, y muerte que le dieron en Caxamarca… »

page 557 note 1. C'est pourquoi nous commençons par l'analyse de cette pièce : Tragedia del Fin de Atawallpa, trad. et intr. par Jesûs Lara, Cochamba, 1957. L'auteur, dans son introduction, conclut : « En resumen, no es improbable que este wanka hubiese sido compuesto en los primeros aflos de la conquista por algun amauta que hubo sobrevivido a la catastrofe » (p. 59).

page 557 note 2. La Conquista de los españoles, Drama indigena bilingue quechua-castellano, trad. et intr. par Clémente Hernando Balmori, Tucuman, 1955.

page 557 note 3. Mario Unzueta, Valle, Cochabamba, 1945. Cf. le chapitre : La Fiesta del Señor de Kanata, pp. 132-146.

page 557 note 4. Socavón désigne une galerie de mine (Oruro est l'un des centres miniers les plus importants de Bolivie).

page 557 note 5. Notre résumé est relativement détaillé, en raison de la qualité du document, et parce que la pièce constitue notre exemple de référence.

page 558 note 1. Il s'agit d'un oiseau au plumage rouge ( Lika, Jorge A., Diccionario kkechuwaespañol, Tucuman, 1945, p. 752 Google Scholar).

page 558 note 2. Lieu sacré, idole, etc..

page 558 note 3. Le jeu de scène est explicitement indiqué dans le manuscrit, et se trouve répété tout le long de la pièce : nous reviendrons sur ce point dans l'analyse qui suit.

page 560 note 1. «Le symbole de la dignité impériale était le llautu, tresse de différentes couleurs faisant cinq ou six fois le tour de la tête et retenant sur le front une frange en laine, la maskapaicha, dont chaque élément passait dans un petit tube d'or. » ( Métraux, A., Les Incas, Paris, 1962, p. 75 Google Scholar.)

page 560 note 2. A Oruro, le thème du sommeil profond est absent ; au début de l'action, l'Inca sait que des guerriers barbus arrivent, sans qu'il ait rêvé. Le devin n'a donc pas à interpréter les prémonitions de son roi. Cependant (comme à Chayanta et à Toco), il voit les Espagnols dans son sommeil (dont il s'éveille sans difficulté). Son rôle d'intermédiaire, à Oruro, subsiste donc, mais sous une forme atténuée. Il semble que lorsque l'idée de médiation est fortement marquée, elle « meurt » (ou s'endort profondément) ; lorsqu'elle est faiblement marquée, elle « survit ».

page 561 note 1. Nusta : « Señor eterno, al joven poderoso Inca, ven si, hazlo resucitar », La Conguista de los Españoles, p. 100.

page 561 note 2. Cité par Balmori, C. H., op. cit., p. 47.Google Scholar

page 561 note 3. Nous n'avons cité que deux exemples. D'autres variantes portent soit sur le nom d'un personnage (Apu Inca pour Sairi Túpaj), soit sur un détail de l'action (à Oruro, l'Inca meurt fusillé, de même que Pizarre).

page 561 note 4. Cf. de la Vega, Garcilaso, Commentarios reales de los Incas, éd. Rosenblat, , Buenos, Aires, 1945, t. I, pp. 268269.Google Scholar

page 561 note 5. Du moins par le parti de Huascar.

page 562 note 1. Tragedia del Fin de Atawallpa, pp. 86-88. Lorsque nous avons eu accès à un document à travers une traduction (dans le cas présent du quechua en espagnol, dans l'édition de Jesûs Lara), nous le citons en le traduisant à notre tour en français. Mais lorsque nous avons affaire à une source rédigée en espagnol, nous la citons dans la version originale.

page 562 note 2. Diego de Castro Tito Cussi Yupangui Inca, Relación de la Conquista del Perú y Hechos del Inca Manco II, éd. Lima, 1916, pp. 8-9. C'est nous qui soulignons.

page 562 note 3. Guaman Poma de Ayala, Nueva Corónica y Buen Gobierno, éd. Paris, 1936, foja 381 (cité par Miguel León-Portilla, dans El Reverso de la Conquista, pp. 143-144). Un autre thème est souligné de façon obsédante dans la Tragédie d'Atahuallpa : la cupidité des Espagnols. On se rappelle la scène au cours de laquelle le P. Valverde contredit Almagro, pour annoncer que les Espagnols viennent faire connaître le vrai Dieu : la réplique résume à elle seule toute l'idéologie de Poma de Ayala, qui reproche essentiellement aux Espagnols d'avoir trahi leur mission chrétienne, pour ne songer qu'à la recherche de l'or.

page 563 note 1. Tragedia del Fin de Atawallpa, pp. 100-101.

page 563 note 2. Poma de Ayala, op. cit., foja 385 ; Garcilaso de la Vega, Historia General del Perú, éd. Rosenblat, Buenos Aires, 1944, t . I, p. 73.

page 563 note 3. Tragedia del Fin de Atawallpa, pp. 178-180.

page 564 note 1. Ibidem, pp. 178-179.

page 564 note 2. Il s'agit de l'élégie Apu Inca Atawallpaman, traduite par José Ma. Arguedas, et reproduite dans El Reverso de la Conquista (pp. 181-186). L'élégie semble se rattacher au cycle de la mort d'Atahuallpa, et notamment aux lamentations du ch œur.

page 564 note 3. Ibidem, pp. 182-183 :

« El sol vuelvese amarillo, anochese,

misteriosamente ;

… la muerte del Inca reduce

al tiempo que dura una pestañada.

… la madré Luna, transida, con el rostro enfermo,

empequeñece.

Y todo y todos se esconden, desaparecen,

padeciendo.

… Y los precipicios de roca tiemblan por sú amo,

canciones funèbres entonando… »

page 564 note 4. Ibidem, pp. 185-186 :

« Bajo extraño imperio, aglomerados, los martirios,

y destruidos ;

perplejos, extraviados, negada la memoria,

solos ;

muerta la sombra que protege,

Iloramos ;

sin tener a quién o a dónde volver,

estamos delirando.

… tus magnanimas manos

… extiéndelas… »

page 565 note 1. Cf. Arguedas, José Ma., «Puquio, una cultura en proceso de cambio», Revista del Museo Nacional, tomo XXV, pp. 184232 Google Scholar, Lima. Cf. également Métraux, A., Les Incas, Paris, 1962, p. 186.Google Scholar

page 565 note 2. Nous n'avons pas fait référence aux multiples mouvements messianiques qui eurent effectivement lieu après la Conquête, pendant toute la période coloniale, parce que notre analyse se situe pour le moment au seul niveau des structures mentales. Mais il convient évidemment de rappeler cet arrière-plan religieux et social.

page 565 note 3. Cf. Ricardo Castaneda Paganini, Tecum-Uman, heroe nacionál de Guatémala, Guatemala C. A. 1956.

page 565 note 4. Bode, Barbara, The Dance of the Conquest of Guatemala, New Orleans, 1961.Google Scholar L'auteur a consulté 64 manuscrits, qui présentent de faibles variantes. La carte que nous reproduisons indique leur localisation (p. 290).

page 567 note 1. Pour cette description, cf. Bode, Barbara, op. cit., pp. 213214 Google Scholar.

page 568 note 1. Barbara Bode, p. 233.

page 568 note 2. B. Bode, p. 255.

page 569 note 1. Op. cit., p. 256 :

« Vete y di a tu Capitan

Que no somos Mejicanos

Que ha de vencer con astueia

Y a fuerza de buen soldado

Que si ha creido persuadirme

A sus locos entusiasmos

Pronto me tendrá al frente

Contestándole a flechazos

Que mis Dioses son mejores

Que ese su sacrificado

Que son de metal muy fino

No como el suyo de palo

Y que ese rey que me dice

Que se intitula Don Carlos

No tiene que ver conmigo

Ni con ningun mi vasallo

Que sin duda es algun loco

Que estará ahora delirando. »

page 570 note 1. Ricard, R., « Contribution à l'étude des fêtes « Moros y Cristianos au Mexique », Journal de la Société des Américanistes, XXIV, 1932, pp. 5184.CrossRefGoogle Scholar

page 571 note 1. Titulos de la Casa Ixquin Nehaib, in Crónicas indígenas de Guatémala, éd. par Adrian Recinos, Guatemala, 1957. Ce document a été rédigé, en quiché, dès la première moitié du XVIe siècle. Mais il n'en subsiste qu'une traduction espagnole du début du XVIIIe siècle.

page 571 note 2. Ibid., pp. 86-90. C'est nous qui soulignons.

page 571 note 3. Rappelons que l'acteur jouant le rôle de Tecum porte une coiffure et des masques ornés d'un quetzal.

page 571 note 4. La danse mentionne la mort du cheval, mais estompe le fait que, pour Tecum, cavalier et monture constituent un seul être.

page 571 note 5. Autre thème : celui de la folie. On se rappelle que Tecum, lors de la rencontre avec les ambassadeurs, considère le dénommé Don Carlos comme « quelque fou délirant ». Or, dans le Chilam Balam de Chumayel, une rupture est introduite dans le monde par la folie des Espagnols : « C'est seulement à cause du temps fou, à cause des sacerdotes fous que la tristesse est entrée en nous, que le christianisme est entré en nous. Parce que les très chrétiens sont arrivés ici avec le véritable dieu ; mais ce fut le commencement de notre misère, le commencement du tribut, le commencement de l'aumône, la cause de la misère d'où est sortie la discorde occulte, le commencement des rixes avec les armes à feu, le commencement des offenses, le commencement de la spoliation, le commencement de l'esclavage par les dettes, le commencement des dettes collées aux épaules, le commencement de la bagarre continuelle, le commencement de la souffrance… » (Livre de Chilam Balam de Chumayel, trad. Benjamen Péret, Paris, 1955, p. 56.) Il est vrai que le Chilam Balam exprime les réactions des Mayas du Yucatan, et que la « Danse de la Conquête », dans le présent exemple, appartient au folklore des Mayas Quiches, des hautes terres du Guatemala.

page 574 note 1. Atahuallpa se soumet à Pizarre, et accepte de fournir tout l'or qu'il demande. D'autre part le roi d'Espagne intervient pour le venger. Mais Atahuallpa refuse le baptême, et sa mort détruit l'harmonie du monde : en aucun cas la pièce andine ne saurait être interprétée comme une réconciliation entre Indiens et Espagnols, et comme une glorification du christianisme.

page 574 note 2. Bode, Barbara, op. cit., p. 252.Google Scholar

page 574 note 3. Ibid., p. 255.

page 575 note 1. Ibid., p. 255.

page 575 note 2. Horizontalement, le tableau résume les séquences dans leur ordre syntagmatique ; verticalement, les colonnes indiquent les relations paradigmatiques.

page 575 note 3. Francisco Javier Garcia, El Batte de la Conquista, Quezaltenango, 1934. Cité par Barbara Bode, op. cit., p. 232.

page 575 note 4. Écoutons aussi Clemente Tuy (dix-neuf ans, fabricant de costumes à Sololá) : « l'histoire vient du Royaume Quiché et du Royaume de Tecum Uman de Quetzalenango… Les deux royaumes s'allièrent pour faire front aux Espagnols, et repousser Pedro de Alvarado. La première bataille eut lieu sur l'un des fleuves de Quezaltenango. Il y eut de nombreux assauts. Alvarado avançait. Un des caciques entra en lutte avec Alvarado, mais ne put le repousser. Tecum entra en lutte. Au moment où Tecum combattait, il croyait qu'Alvarado et son cheval ne formaient qu'un seul corps. La lance de Tecum traversa le corps du cheval, qui tomba mort. Alvarado se releva pour lutter corps à corps. Il rassembla toute sa force pour tuer Tecum. Un Quetzal traversa le ciel, le quetzal tomba, il mourut aussi… ». (Cité par Bode, Barbara, op. cit., p. 232.Google Scholar) On retrouve dans ces paroles l'étrange écho des chroniques anciennes.

page 576 note 1. « Danza de la Gran Conquista », trad. par Byron Mac Affee, Tlalocan, 1952.

page 576 note 2. Le discours de Cuauhtemoc est ici résumé.

page 577 note 1. Libros de los Coloquios de los Doce, in Lehmann, Walter, Sterbende Götter und Christliche Heilsbotschaft, Stuttgart, 1949, p. 102.Google Scholar

page 577 note 2. Loubat, J. F., « Letra de la « Danza de Pluma » de Moctezuma y Herman Cortès con los Capitanes y reyes que intervinieron en la Conquista de Mexico », Congrès international des Américanistes, Paris, 1902.Google Scholar J. F. Loubat décrit ainsi la fête à laquelle il a assisté : « Le 27 février 1900, Son Excellence Monsieur le Général Martin Gonzalez, gouverneur de l'État de Oaxaca, voulut bien me donner à Cuilapam, au pied du Mont Alban, une fête indienne.

Dix-huit Indiens partagés en deux camps et costumés de façon plus ou moins fantaisiste, les uns en Indiens du temps jadis, les autres en officiers espagnols, personnifiaient les uns Moctezuma et ses chefs, les autres Fernand Cortès et ses conquistadores ; ils nous récitèrent un long poème, entremêlé de danses, et connu dans le pays sous le nom de Danza de Pluma. Ce poème est ainsi nommé à cause d'une partie du costume porté par les Indiens, représentant Moctezuma et ses chefs : une haute coiffure en plumes, allant en s'épanouissant, et affectant au-dessus d'une petite couronne la forme d'une grosse citrouille. A quelle époque remonte ce poème, il m'a été impossible de le savoir ; de même que je n'ai pu connaître l'origine de la fête. J'ai pu seulement apprendre que la Danza de Pluma remontait à une époque fort ancienne, et qu'elle était exécutée à certaines fêtes de l'année. »

page 579 note 1. Ibid., pp. 260-261 :

« Ya muy bien conozco en mi

Tu afable intencion,

Pues perdi la ocasión

Por mi loco pensamiento.

… Me causa mayor cuidado

Viéndome aprisionado,

Sólo morir apetezco ! »

page 579 note 2. Ibid., p. 261 :

« Agradezco t u piedad

Y pido que me perdones. »

page 579 note 3. L'étoile inconnue pourrait correspondre au premier présage selon les informateurs de Sahagun (la colonne de feu) : « Diez años antes de venir los nombres de Castilla primeramente se mostro un funesto presagio en el cielo. Una como espiga de fuego, una como llama de fuego, una como aurora : se mostraba como si estuviere goteando, como si estuviera punzando en el cielo… Y de este modo se veia : alla en el oriente se mostraba : de este modo llegaba a la medianoche. Se manifestaba : estaba aun en el amanecer : hasta entonees la hacia desaparecer el sol. » (B. de Sahagun, Historia Generál de las Cosas de Nueva España, éd. Porrua, Mexico, 1956, vol. 4, p. 81.) L'inondation correspond au cinquième présage : « Hirvió el agua : el viento la hizo alborotarse hirviendo. Como si hirviera en furia, como si en pedazos se rompiera al revolverse. Fue su impulso muy lejos, se levante muy alto. Llego a los fundamentos de las casas ; y derruidas las casas, se anegaron en agua. Eso fue en la laguna que esta junto a nosotros. » (id., vol. 4, p . 82). Le présage du vol de l'aigle est plus difficile à identifier.

page 581 note 1. En ce qui concerne Moctezuma dans IV, le Paradis n'est pas évoqué, puisqu'il ne se convertit pas ; mais au dénouement il n'en paraît pas moins « triomphant ».

page 582 note 1. On voit que dans ce cas particulier explication structurale et explication historique se recoupent.

page 582 note 2. Plus exactement, si l'on considère les rencontres préliminaires, il s'agissait de Almagro et Huaylla Huisa, ou de Pizarre et Sairi Túpaj.

page 583 note 1. Nous n'avons donné que deux exemples mexicains, pour ne pas compliquer outre mesure l'analyse. Citons, à titre d'illustration, un troisième exemple. Il s'agit de la « Danse de la Conquête », recueillie en 1943 à Juchitlan (Jalisco), et dont le texte (espagnol) est publié dans l'Anuario de la Sociedad folklorica de Mexico (1943, pp. 155- 186). — Au début de l'action un Indien (accompagné d'un Nègre) vient annoncer au « Monarque » l'arrivée des Espagnols (hommes horribles, aussi grands qu'un pin, et dont les mains lancent le feu). Puis Cortès envoie Alvarado comme ambassadeur, pour sommer le Monarque de se convertir au christianisme. Refus des Indiens. Le Monarque envoie à son tour le roi de Tlaxcala comme ambassadeur : il offre or et argent en échange du départ des Espagnols. Le roi de Tlaxcala, devant Cortès, prononce une de ses répliques en nahuatl : incompréhension des Espagnols, qui finalement le chassent. Nouvelle ambassade d'Alvarado (qui menace), suivie de l'ambassade de Chimal, à qui le Monarque confie une lettre pour Cortès : il décide de faire la guerre. Chimal remet la lettre à Cortès (qui semble la comprendre), les Espagnols le renvoient. Suit l'épisode du ralliement de Malinchi. La guerre a lieu ensuite, les Indiens sont vaincus. Le Monarque et ses vassaux se convertissent, Espagnols et Indiens se réconcilient. La pièce se termine par des louanges à la Vierge. — On voit que cette danse fait partie du groupe intermédiaire (conjonction, domination espagnole), logiquement le plus abondant en variantes. Le personnage du chef indien n'est pas ici dédoublé, mais plutôt diffus et collectif (le Monarque et les rois vassaux). Ceux-ci résistent d'abord, puis se soumettent et se convertissent. On remarquera cependant une trace de non-compréhension (lors de l'ambassade du roi de Tlaxcala), et surtout l'épisode inversé (par rapport à la « Tragédie d'Atahuallpa ») de la lettre du Monarque à Cortès. — Ajoutons que cette pièce présente très marqués les thèmes : annonce de l'arrivée des Espagnols, rencontres préliminaires, thèmes pratiquement absents dans la « Danse de la Grande Conquête » (c'est-à-dire l'autre exemple mexicain du groupe intermédiaire). — Nous exprimons par le signe (—) la mort symbolique de Cortès, et par ( + )_1 la transformation de l'espoir messianique en compensation fantasmatique.

page 584 note 1. Cf. l'exemple guatémaltèque, p. 575.

page 584 note 2. Du moins en ce qui concerne le thème de la « Danse de la Conquête », et sous réserve d'autres observations.