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Le Livre Dans Les Trésors du Moyen Age Contribution à l'histoire de la Memoria médiévale

  • Éric Palazzo (a1)
Extract

” Nous étions dans la crypte où l'on gardait les richesses de l'abbaye, lieu dont l'abbé se montrait fort jaloux et qu'il n'ouvrait qu'en des circonstances exceptionnelles et pour des hôtes de marque. Nous étions entourés de reliquaires et de châsses de grandeur variée, à l'intérieur desquels la lumière des torches faisait resplendir des objets d'une merveilleuse beauté. Des parements tissés de fils d'or, des couronnes d'or constellées de gemmes, des coffrets de différents métaux historiés avec des figures, des nielles, des ivoires.

Summary

This article examines the function of books, in particular the liturgical book, treasures of the medieval church. This theme is part of a larger exploration of the status of the book in medieval society. In this particular case, the article examines the memorial function of books of treasures, in as much as they are preserved along with other objects which also contribute to the constitution of the spiritual memory of an abbey, a cathedral…

After a brief résumé of the problem as it has been treated to date, the author analyses successively the role of the book as defined within framework of the concept: medieval treasures; the spiritual memory of these treasures throughout books, themselves, and relics, and the liturgical and intellectual function of these books of treasures.

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* Cet article est la version écrite d'une conférence prononcée à l'université de Paris Xnanterre en avril 1994 dans le cadre des séances organisées par le Centre de recherche sur l'Antiquité tardive et le Haut Moyen Age sur «Les trésors au Moyen Age». Il a bénéficié des remarques de nombreux participants à ces séances ; je les en remercie vivement.

1. L'édition utilisée est celle parue dans la collection « Le livre de poche », Paris, 1982 ; le chapitre où se trouve la description est intitulé : « Où Nicolas raconte maintes choses, tandis que nous visitons la crypte du trésor », pp. 524-532. Il existe de nombreux récits de voyages et de visites de trésors, de l'époque moderne, qui prennent, toute proportion gardée, la forme du genre de visite relatée par Eco dans son roman ; voir par exemple le récit du voyageur allemand Hans Georg Ernstinger qui visita en 1606 de nombreuses églises en France et leur trésor. Dans le livre de voyage où Ernstinger a relaté son voyage, le passage sur la visite qu'on lui fit faire du trésor de Saint-Sernin de Toulouse est particulièrement intéressant, cf. Ernstinger, H.-G., Raisbuch, Walther, A. F. (sous la direction de), Stuttgart, 1877, pp. 179180. voir aussi la description du trésor de Saint-Denis, pp. 219-222 (je remercie M.Jean Vezin d'avoir attiré mon attention sur ce texte).

2. Op. cit. en note 1 p. 181. S'ensuit une disputatio entre l'abbé et Guillaume sur les richesses et la pauvreté dans l'Église.

3. Parmi les nombreuses références touchant, de près ou de loin, à la place du livre dans la société au Moyen Age, voir entre autres, E. Lesne, Les livres, « scriptoria » et bibliothèques du commencement du VIIIe siècle à la fin du XIe siècle (Histoire de la propriété ecclésiastique en France 4), Lille, 1938 ; B. Bischoff, Paléographie de l'Antiquité romaine et du Moyen Age occidental, trad. frse, Paris, 1985, pp. 198-260 (avec de nombreux renvois bibliographiques) ; Histoire de l'édition française. Le livre conquérant. Du Moyen Age au milieu du XVIIe siècle, sous la direction de R. Chartier et H.-J. Martin, 2e éd., Paris, 1989, pp. 21-164, ainsi que les articles réunis dans l'ouvrage The Rôle of the Book in Médiéval Culture, Proceedings of the Oxford International Symposium (26 september-1 october 1982), P. Ganzéd., 2 vols, Turnhout, « Bibliologia 3 et 4 », 1986.

4. Voir les références données dans la première partie de cet article, infra.

5. La notion de « livre de luxe » doit être traitée avec le plus de précautions possible car les catégories médiévales du luxe n'étaient certainement pas identiques aux nôtres. Lors du colloque international consacré à l'abbaye de Saint-Sever (tenu à Saint-Sever en mai 1985, Saint-Sever. Millénaire de l'abbaye, Mont-de-Marsan, 1986), la table ronde (cf. pp. 335-339 de la publication) qui suivit les communications traitant du célèbre Beatus de Saint-Sever (Paris, Bibliothèque nationale, lat. 8878, 11e siècle) fut l'occasion d'une vive discussion à propos du statut et de la fonction de ce manuscrit dans l'abbaye gasconne du temps de l'abbé Grégoire de Montaner (1028-1072). Certains historiens de l'art considèrent ce manuscrit comme « une oeuvre d'art », sans fonction particulière ; d'autres, sans nier son caractère luxueux, pensent qu'il a bien dû avoir une fonction (liturgique, spirituelle ?) au sein de l'abbaye. Voir principalement l'échange entre J. Williams, qui le classe dans la catégorie des objets de luxe, et P. K. Klein, « Une autre remarque au sujet des objets de luxe. Je suis d'accord pour estimer que le Beatus de Saint-Sever est un manuscrit de luxe. Mais même les « objets de luxe » commandés et donnés par les empereurs carolingiens et ottoniens avaient toujours aussi une fonction liturgique. Donc, je me demande ce que l'on a fait ici à Saint-Sever avec ce splendide manuscrit de Beatus, qui n'était sûrement pas destiné à une vitrine » (p. 336) ; N. Stratford, quant à lui, préfère parler d'« objet prestigieux » (p. 336) ; sur l'utilisation dans la liturgie pascale d'un autre exemplaire illustré du commentaire de Beatus, O. K. Werckmeister, « The First Romanesque Beatus Manuscripts and the Liturgy of the Death », Actas del simposio para el estudio de los codices del « Commentario al Apocalipsis » de Beato de Liebana, t. II, Madrid, 1980, pp. 167-192. Dans le fil du texte, j'emploierai plus volontiers les termes « précieux », « apparat », « somptuosité » pour distinguer des livres hors du commun, dont un grand nombre étaient déposés dans les trésors, par rapport à la production dite courante.

6. Cf. Steenbock, F., Der kirchliche Prachteinband imfruhen Mittelalter, Berlin, 1965.

7. Sur l'importance et le statut des reliques dans la société médiévale, voir les références données plus bas.

8. Voir l'état des questions et la bibliographie dans Caillet, J.-P., « Les trésors ecclésiastiques de l'Antiquité tardive à l'époque romane : permanences de l'esprit et des origines », Trésors et routes de pèlerinages dans l'Europe médiévale, Conques, 1994, pp. 3346.

9. Voir par exemple l'important catalogue de l'exposition du musée des Arts décoratifs, Les trésors des Eglises de France, Paris, 1965.

10. Parmi les nombreuses monographies de trésors, voir récemment les publications consacrées à ceux de Saint-Maurice d'Agaune (D. Thurre, «Les trésors ecclésiastiques et leur constitution. Éclairage à travers deux exemples helvétiques : Saint-Maurice et Sion », op. cit. à la note 8, pp. 77-93) et de Quedlinbourg, sur ce dernier cf. Der Quedllnburger Schatz wieder vereint, D. Kotzsche (sous la direction de), Berlin, 1992.

11. A tel point que certains catalogues de collections de musées sont intitulés « Trésor médiéval », comme celui du Victoria and Albert Muséum à Londres, The Médiéval Treasury. The Art of the Mlddle Ages In the Victoria and Albert Muséum, P. Williamson éd., Londres, 1986.

12. Voir par exemple les pages un peu décevantes du catalogue Ornamenta ecclesiae. Kunst und Kiinstler der Romande, 3 vols, Cologne, 1985 (en particulier la contribution d'A. von Euw, « Liturgische Handschriften, Gewânder und Gerate », 1.1, pp. 385-414), ainsi que celui consacré au trésor de Saint-Denis, Le trésor de Saint-Denis, Paris, Musée du Louvre, 1991, à propos duquel on lira la chronique critique de D. Nebbiai-Dalla Guarda dans Revue Mablllon, n. s. 2 (t. 63), 1991, pp. 297-300.

13. Dans cette direction de recherche, on consultera l'article très suggestif de Gauthier, M.-M., « Pulcher etformosus. L'appréciation du beau en latin médiéval », La lexicographie du latin médiéval et ses rapports avec les recherches actuelles sur la civilisation du Moyen Ake, Colloques internationaux du CNRS n° 589, Paris, 1981, pp. 401419.

14. Sur ce sujet, cf. M.-M. Gauthier, « L'or et l'église au Moyen Age », Revue de l'An. 26, 1974, pp. 64-77. Le contenu de cet article dépasse amplement le thème annoncé dans le titre ; il s'agit d'une exploration d'ensemble du rôle et de la fonction des objets précieux, la plupart conservés dans des trésors, dans le culte divin au Moyen Age, ainsi qu'un catalogue des principaux éléments historiographiques dans ce domaine.

15. M.-M. Gauthier, ibid. , p. 65.

16. Bischoff, B., Mittelalterliche Schatzverzeichnisse, I. Von der Zeit Karls des Grossen bis zur Mitte des 13. Jahrhunderts, Munich, 1967 (cité désormais, Schatzverzeichnisse). Il va sans dire que, malgré les nombreuses éditions monographiques, un tel recueil qui regrouperait les inventaires des églises de France (et d'autres pays) fait cruellement défaut. Souhaitons qu'il soit un jour ou l'autre entrepris ; voir déjà les remarques et les nombreuses références dans l'article de M.-M. Gauthier cité à la note 14.

17. Lesne, E., L'inventaire de la propriété. Eglises et trésors des églises du commencement du VIIIe à la fin du XIe siècle(Histoire de la propriété ecclésiastique en France 3), Lille, 1936 (cité désormais, E. Lesne, Églises et trésors) ; tout au long de cet article on mesurera l'importance de la synthèse de Lesne pour notre propre recherche.

18. D. Gaborit-Chopin a récemment confronté les sources textuelles neustriennes du Haui Moyen Age avec les objets, conservés ou disparus, des trésors de la même région, « Les trésors de Neustrie du VIIe au IXe siècle d'après les sources écrites : orfèvrerie et sculpture sur ivoire », La Neustrie. Les pays au nord de la Loire de 650 à 850. Colloque historique international publié par H. Atsma, Beihefte der Francia, 16/2, t. 2, Sigmaringen, 1989, pp. 259-293.

19. Terme pris ici dans le sens de la constitution d'un trésor et non pas, comme l'entendait Isidore de Séville comme la « mise à part de l'or », Etym., liv. XVI, 18-6, Etimologias, II. Madrid, BAC, 1983, pp. 300-303.

20. Les rois, les empereurs et les princes ont souvent partagé leurs biens entre l'Église et leurs héritiers, tout en distinguant soigneusement, comme Charlemagne, les biens de la chapelle privée de ceux du trésor personnel ; voir les exemples étudiés par P. Riche, «Trésors et collections d'aristocrates laïques carolingiens », Cahiers archéologiques, 1972, pp. 39-46, « Les bibliothèques de trois aristocrates laïcs carolingiens », Le Moyen Age, 69, 1963, pp. 87-104 ; E. Lesne, Églises et trésors, passim ; W. Wattenbach, Das Schriftwesen im Mittelalter, Leipzig, 1896, pp. 570-641 ; P. E. Schramm, Fi. Mutherich, Denkmale der deutschen Kônige und Kaiser. Ein Beitrag zur Herrschergeschichte von Karl dem Grossem bis Friedrich II, 768- 1250, Munich, 1962, pp. 31 -32 et 64-67 ; Fi. Mutherich, « The Library of Otto III », The Rôle of the Book… (cité à la note 3), t. II, pp. 11-26 ; B. Bischoff, « Die Hofbibliothek Karls des Grossen », Mittelalterliche Studien, 3, Stuttgart, 1981, pp. 149-169 et « Die Hofbibliothek unter Ludwig dem Frommen », ibid. , pp. 171-186; R. Mckitterick, «Charles the Bald and his Library : The Patronage of Learning », English Historical Review, 95, 1980, pp. 28-47 ; S. KEYNES, « King Aethelstan's Books », Learning and Literature in Anglo-Saxon England, Studies presented to Peter Clemoes, M. LAPIDGE, H. GNEUSS éds, Cambridge, 1985, pp. 143- 201 ; sur le partage et la dispersion des livres d'abbés, cf. Grierson, P., « Les livres de l'abbé Seiwold de Bath », Revue bénédictine, 52, 1940, pp. 96116.

21. Pour un état de la question, cf. M.-M. Gauthier, art. cité à la note 14, pp. 66-72.

22. P.-M. Gy, « Les trésors d'Église et la liturgie. A propos du Trésor de Saint-Denis », La Maison-Dieu, 188, 1991, pp. 73-85.

23. Sur ce point, les pages de F. Steenbock sur la fonction des reliures précieuses, pour les livres liturgiques, dans le déroulement du culte, sont assez décevantes, op. cit. à la note 6, pp. 51-56.

24. Taralon, J., Les trésors des églises de France, Paris, 1966 , introduction.

25. Pastoureau, M., L'échiquier de Charlemagne. Un jeu pour ne pas jouer, Paris, 1990, pp. 14-18, surtout, pp. 1415.

26. Rappelons-nous la fierté de l'abbé du monastère visité par Guillaume de Baskerville et Adso dans Le nom de la rose lorsqu'il leur montre les richesses du lieu ; on ne sait d'ailleurs pas grand-chose de l'exhibition des trésors par leurs possesseurs, aux vassaux, ou aux visiteurs de marque, comme le dit Pastoureau, cf. note 25.

27. Voir déjà les remarques de X. Barral I Altet, « Reliques, trésors d'églises et création artistique », La France de l'an mil, sous la direction de R. Delort, études rassemblées par D. Iogna-Prat, Paris, 1990, pp. 184-213 et «Définition et fonction d'un trésor monastique autour de Fan mil : Sainte-Foy de Conques », Haut Moyen Age. Culture, éducation et société. Études offertes à Pierre Riche, coordination M. Sot, La Garenne-Colombes, 1990, pp. 401- 408. Voir aussi J. Nuno-Gonzalez et J.-L. Hernando-Garrido, « Reliques et reliquaires a l'époque romane dans la région de Palencia : quelques réflexions sur le concept de trésors dans l'histoire », op. cit. à la note 8, pp. 51-70.

28. MGH, Concilia III, 1984, p. 363.

29. Les livres cités sont les Evangiles, les Épîtres, les psautiers (les livres bibliques) et probablement un capitulaire, sorte de liste de lectures pour les Évangiles ou les Épîtres ; cf. A. Chavasse, « Évangéliaire, épistolier, antiphonaire et sacramentaire. Les livres romains de la messe aux VIIe et VIIIe siècles », Ecclesia Orans, 6, 1989, pp. 177-225 (p. 177).

30. Dans les capitulaires épiscopaux du 9e siècle, destinés à réglementer la liturgie et la pratique religieuse dans les paroisses, l'énumération des principaux instruments du prêtre fait apparaître indistinctement les ornamenta et les ministeria : 3e capitulaire de Gérald de Liège, début du 9e siècle, MGH, Capitula episcoporum, I, P. Brommer éd., Hanovre, 1984, pp. 39- 40 et la mention dans le capitulaire de Walcaud de Liège, début du 9e siècle, P. Brommer, p. 48. A. Angenendt a récemment bien montré qu'à travers ces consignes concernant les livres dans les capitulaires, il s'agissait de veiller à ce que les prêtres possèdent bien les versions « correctes » des textes liturgiques imposés par la Réforme carolingienne, « Libelli bene correcti. Dcr “ richtige ” Kult als ein Motiv der karolingischen Reform », Das Buch als magisches und als Repràsentationsobjekt, P. GANZ (sous la direction de), Wiesbaden, Wolfenbtitteler Minerai ler-Studien, 1992, pp. 117-135, surtout pp. 128-129.

31. E. Lesne, Églises et trésors, p. 191.

32. Ibid. , p. 191 note 2.

33. Les commentaires sur cette question n'abondent pas pendant le Moyen Age. Bède le Vénérable, Raban Maur, Walafrid Strabon, Rupert de Deutz, Pierre Damien, Honorius d'Autun, par exemple, ne sont pas prolixes dans ce domaine (voir notamment, Raban Maur, De Universo, lib. XXII, cap. XXIII « De ornamento », PL 111, col. 580-582 ; Honorius D'Autun, Spéculum ecclesiae, « Ad divites », PL 172, col. 864 ; Rupert de Deutz, Liber de divinis officiis, II, 23 « De ornatu altaris et templi », Turnhout, « Corpus Christianorum, CM VII », 1977, pp. 56- 60 et Guillaume Durand, Rational des divins offices, Livre III, « Des peintures, des voiles et des ornements de l'église », en attendant l'édition critique du P. Davril (SOUS presse dans le Corpus Christianorum), cf. Rational ou Manuel des divins offices, traduit par C. Barthélémy. 1.1, Paris, 1854, pp. 41-66). Dans le récit de l'arrivée des reliques de saint Philibert à Tournus au 9e siècle après une longue pérégrination des moines de Noirmoutier pour échapper aux invasions des Normands, le narrateur explique qu'à l'annonce de l'arrivée imminente des envahisseurs, les frères du monastère se sont préoccupés de mettre leur trésor à l'abri, surtout les reliques de Philibert. Parmi les objets précieux qu'ils rassemblent, on trouve de l'or, de l'argent, un encensoir, des calices d'or, des boîtes d'argent, des évangéliaires, des livres, des cloches, des vêtements liturgiques de prix et, bien sûr, les reliques de saint Philibert ; cette « liste » offre un bon exemple de ce que pouvait contenir un trésor monastique au 9e siècle, ainsi qu'elle permet de se faire une idée de ce que les moines emportaient avec eux, comme symboles de la mémoire de leur monastère, lors d'un danger ; sur ce texte, son édition et son analyse, voir Iogna-Prat, D., « Un dossier hagiographique épineux : la translatio sancti Valeriani », Saint-Philibert de Tournus. Histoire, archéologie, art, actes du colloque du CIER, Tournus 15-19 juin 1994, Mâcon, 1995, pp. 2740.

34. X. Barbier De Montault, Les trésors de la Basilique royale de Monza, Tours, 1885. Parmi ces dons précieux on relève notamment une couronne, une croix, et un livre d'Évangiles orné d'une reliure précieuse sur laquelle se trouvent inscrits des vers de dédicace à la reine, cf. F. Steenbock, op. cit. à la note 6, nc 12, sans manuscrit aujourd'hui.

35. Rational des divins offices, livre III, XLII, éd. citée à la note 51, p. 61 ; voir J. Beleth, « Très sunt causae, quare in sollemnitatibus magnis in apertum deducitur vel excluditur thésaurus ecclesiae : propter cautele considerationem, ut appareat, quant cautus fuerit in servando Me, qui illum débet servare, et propter sollemnitatis venerationem et propter oblationis memoriam, ut scilicet offeratur in memoriam illorum, qui ea prius ecclesiae obtulerun », Summa de ecclesiasticis officiis, H. Douteil éd., Turnhout, « Corpus Christianorum, CM XL! A », 1976, p. 217.

36. La littérature sur les reliques au Moyen Age est abondante ; citons simplement la synthèse proposée par GEARY, P. dans Le vol des reliques au Moyen Age. Furta sacra, Paris, 1990, en particulier pp. 2172 , ainsi que Brown, P., Le culte des saints. Son essor et sa fonction dans la chrétienté latine, Paris, 1984 , chap. V et « Reliques et statut social au temps de Grégoire de Tours », La société et le sacré dans l'Antiquité tardive, Paris, 1985, pp. 171-198. Au Moyen Age, les reliques étaient tellement « vivantes » que, dans certaines circonstances, elles pouvaient taire l'objet d'une humiliation dont le déroulement suivait un rituel « liturgique » bien spécifique, cf. Geary, P., « L'humiliation des saints », Annales ESC,1979, n° 1, pp. 27-42 ; L. Little, Bénédictine Malédictions. Liturgical cursing in Romanesque France, Ithaca-Londres, 1993 .

37. P. Geary, op. cit. , p. 42.

38. Cf. E. Lesne, Églises et trésors, p. 200. Il serait urgent d'entreprendre une étude sur les reliques dans les trésors, car c'est autour d'elles, répétons-le, que ces derniers se développent.

39. Cf. les références citées à la note 3 ; les scriptoria monastiques ont joué un rôle très important dans ce phénomène, cf. Oexle, O.-G., « Les moines d'Occident et la vie politique et sociale dans le Haut Moyen Age », Revue bénédictine, 103, 1993, pp. 255272 , p. 265. Sur l'efficacité symbolique du livre au Moyen Age la bibliographie est abondante, voir déjà les références citées à la note 3 ; pour une approche anthropologique de la place du livre et le rôle magique de l'Écrit dans les sociétés sans écriture, voir l'article très suggestif de M. Harbsmeier, « Buch, Magie und koloniale Situation. Zur Anthropologie von Buch und Schrift », Das Buch als magisches und als Repràsentationsobjekt, herausgegeben von P. Ganz, Wiesbaden, Wolfenbiitteler Mittelalter-Studien, band 5, 1992, pp. 3-24. Sur la grande valeur spirituelle du livre à l'époque carolingienne, P. Dinzelbacher, « Die Bedeutung des Bûches in der karolingerzeit >>, Archiv fur Geschichte des Buchwesens, 24, 1983, col. 258-287.

40. Sur toutes ces questions, cf. Mckitterick, R., The Carolingian and the written Word, Cambridge, 1989, surtout pp. 135164.

41. Cf. O.-G. Oexle, art. cité à la note 39, p. 271 ; l'auteur fait également observer que les pactes de memoria entre les monastères et l'entourage laïque étaient la preuve concrète de choses données par les fidèles pour obtenir la prière, dans certains cas permanente, des moines : propriétés foncières, ustensiles et vêtements liturgiques, reliques (pp. 269-270).

42. La liste des différents types de livres contenus dans les trésors a été réalisée à partir des Mittelalterliche Schatzverzeichnisse (cf. note 16). Il n'est pas de mon ressort de procéder à une critique serrée de tous les types de documents exploités par B. Bischoff. Effectivement, tous n'ont pas le même statut et ne sont pas forcément des inventaires mais plutôt, à ce qu'il semble, des donations effectuées lors d'une fondation (je remercie M. Atsma d'avoir attiré mon attention sur ce point lors de la discussion qui suivit ma communication), mais il m'a semblé nécessaire de les utiliser pour mon enquête dans la mesure où ils représentent la plus importante documentation réunie à ce jour sur les trésors et que bon nombre de textes que j'ai retenus sont transcrits dans des livres d'Évangiles. De plus, même si certaines de ces listes relèvent de l'énumération de donations lors de fondations, ne sont-elles pas à ce titre des inventaires ? Les inventaires d'églises françaises, espagnoles et italiennes, utilisés ponctuellement selon les publications, n'ont en rien modifié les résultats obtenus pour les églises allemandes. Je n'ai pas non plus tenu compte de l'ordre de rangement (s'il y en a un), à travers le temps, des objets et des livres dans les inventaires, donc dans les trésors ; j ‘y reviens dans la dernière partie de cet article.

43. Sur tous ces livres, cf. Palazzo, E., Histoire des livres liturgiques. Le Moyen Age, des origines au XIIIe siècle, Paris, 1993.

44. Voir les nombreuses mentions dans B. Bischoff, Schatzverzeichnisse.

45. B. Bischoff, Schatzverzeichnisse, n° 23, inventaire du trésor du monastère féminin d'Erstein (Alsace), de la première moitié du 10e siècle (addition au f. 162v. du ms. Wolfenbuttel. Herzog-August-Bibliothek, cod. 2186 [16. Aug. f.]).

46. A l'exception de quelques cas comme le cartulaire de Priim qui doit peut-être à sa reliure d'orfèvrerie d'être conservé dans le trésor, cf. F. Steenbock, op. cit. à la note 6, n° 80. pp. 173-174. Le cas de la «New Minster Charter” (10e et 12e siècles, Londres, British Lib Cotton ms. Vespasian A. VIII), réalisée pour confirmer solennellement l'introduction de moines bénédictins à New Minster est particulier dans la mesure où il ne s'agit pas à proprement parler d'une charte mais d'un texte, transcrit dans un manuscrit, qui touche directement l'histoire de l'abbaye. A ce titre, il mérite d'être déposé dans le trésor car il devient un objet essentiel pour la memoria du lieu ; sur le manuscrit, cf. Temple, E., Anglo-Saxon Manuscripts. 900-1066, Londres, 1976, n° 16 , fig. 84 reproduisant le f. 2v. où l'on voit le roi Edgar offrant le livre au Christ ; je remercie P. Stirnemann et J. Vezin d'avoir attiré mon attention sur ces cas.

47. Bayerisches Hauptstaatsarchiv de Munich, HL Freising 3a ; cf. P. Geary, « Entre gestion et Gesta », Les cartulaires. Actes de la Table ronde (Paris, 5-7 décembre 1991), études réunies par O. Guyotjeannin, L. Morelle et M. Parisse, Mémoires et documents de l'École des chartes 39, Paris, 1993, pp. 13-26, pp. 20-23.

48. « Ut in perpetuum permaneret eorum memoria qui hanc domum suis rébus ditaverunt et hereditaverunt, seu quicquid pro remedio animarum suarum ad ipsam domum tradiderunt et condonaverunt », cf. P. Geary, art. cité à la note 48, p. 22.

49. A la fin du 9e siècle, le cartulaire écrit pour Saint-Emmeram de Ratisbonne commence aussi avec une dédicace à l'évêque Ambricho (mort en 891). « Comme à Freising, elle inscrit l'élaboration du cartulaire dans le contexte de l'intérêt de l'évêque pour la préservation des livres et de la liturgie », P. Geary, ibid. , p. 23. Sur le style et les fonctions des préfaces de cartulaire, P. Bourgain et M.-C. Hubert, « Latin et rhétorique dans les préfaces de cartulaire », ibid. , pp. 115-136 ; les auteurs mettent bien en évidence que le thème de la mémoire domine dans les préfaces de cartulaires jusqu'au milieu du 12e siècle.

50. J.-L. Lemaître, « Les actes transcrits dans les livres liturgiques », ibid. , pp. 59-78.

51. J.-L. Lemaître, art. cité à la note 50, p. 74 et du même auteur, Répertoire des documents nécrologiques français, Paris, 1980, n° 854, p. 446.

52. Voir les nombreux exemples réunis par E. LESNE, Eglises et trésors, p. 160 ss ; ainsi que les nombreux textes où les livres sont inclus dans l'ensemble des objets précieux donnés : MGH, Die Urkunden der deutschen Kônige und Kaiser, V, Diplomatum regum et imperatorum germaniae, p. 156, 421 ; MGH, Diplomatum regum et imperatorum germaniae, t. X/l, p. 274 ; MGH, Formulae merowingici et karolini aevi, leges 5, p. 244 ; MGH, Ep. Karolini Aevi, t. 11/ 4, p. 55 et p. 368 ; J. von Schlosser, Schriftquellen zur Geschichte der karolingischen Kunst. Vienne, 1892, n°63, p. 15, n°116, p. 31, n°119, p. 33, n° 182, p. 52, n° 204, p. 57, n°241. p. 69, n°247, p. 71, n° 273, p. 83, n°405, pp. 128-129, n° 500, p. 157, n°513, p. 160; Lehmann-Brockhaus, O., Schriftquellen zur Kunstgeschichte des 11. und 12. Jahrhunderts fur Deutschland, Lothringen und Italien, Berlin, 1938, n° 77, p. 21 , n° 230, p. 53, n” 1764, p. 355. n°1859, p. 373, n°2705, p. 637, n° 2790, p. 659, n° 2860, pp. 683-684 (sur ces dons voir récemment G. Weilandt, Geistlichen und Kunst. Ein Beitrag zur Kultur der ottonisch-salischen Reichskirche und zur Verdnderung kiinstlerischer Traditionen im spàten 11. Jahrhundert. Cologne-Weimar-Vienne, 1992, pp. 167-198). Sur les livres, pour la plupart hérités d'Otton III, donnés par Henri II à la cathédrale de Bamberg au début du 1 Ie siècle, cf. Klein, P. K., «Zu einigen Reichenauer Handschriften Heinrichs II fur Bamberg », Berichtdes historischen Vereins Bamberg,120, 1984, pp. 417422 ; sur les livres donnés par les abbés, cf. P. Grierson, art cité à la note 20, voir encore, par exemple, le don de livres liturgiques fait par l'évêque d'Elne en 915, noté dans son testament, à la cathédrale (PL 132, col. 468) ainsi que le manuscrit contenant les homélies d'Origène sur le Pentateuque et les lettres de saint Augustin (Avignon. Bibliothèque municipale, ms. 39 (ancien fonds 81), 12e siècle, 219 ff.) donné en 1237 par Guilhem, abbé de Saint-Ruf, à Bernard, évêque d'Avignon qui le déposa dans le trésor de l'église (cf. le texte du f. 219v.). Voir aussi la constitution du trésor de la cathédrale de Compostelle au 12e siècle par l'évêque Diego Gelmirez, S. Moralejo, « Ars sacra et sculpture romane monumentale : le trésor et le chantier de Compostelle », Les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa, 11, 1980, pp. 189-238 et celui de la cathédrale de Roda, F. Galtier Marti, « El nucleo primitivo del tesoro de Roda de Isabena : analisis documentai », Seminario de Arte Aragonès, XXXIII, 1981, pp. 107-112. Sur le rôle des évêques dans la constitution des trésors à la fin du Moyen Age, M.-C. Léonelli, « Les trésors des cathédrales de la vallée du Rhône aux XIVe et XVe siècles », La cathédrale (XIIe-XIV siècles), Cahiers de Fanjeaux, 30, 1995, pp. 367-390.

53. A titre d'exemple, citons les vers de dédicace transcrits dans les livres commandés par ie roi anglais Aethelstan au 10e siècle, où l'on insiste à la fois sur la donation faite par le souverain mais également sur la nécessité de prier pour lui : « Hune codicem AEDELSTAN rex devota mente dorobernensi tribuit ecclesiae beato Augustino dicate et quisquis hoc legerit omnipotenti pro eo proque suis fundat preces », Londres, British Library, Ms. Royal I. A. XVIII, f. 3v., cf. S. Keynes, art. cité à la note 20. Sur les nombreux tituli accompagnant les enluminures dans les manuscrits précieux commandés pour des donations par les souverains enrolingiens et ottoniens, dans lesquels on met l'accent sur la memoria, cf. Mgh, Die lateinischen Dichter des deutschen Mittelalters, V, Ottonenzeit, pp. 415-463, en particulier n° 6, p. 431, n° 7, p. 431, n° 11, pp. 433-434, n° 29, II, p. 456.

54. « Ego Odelricus divino nutu cremonensis episcopus, thesaurarium eiusdem ingressus ecclesiae, malorum manibus cartas et libros multos fraudatos iuveni. Quapropter ne forte meis successoribus, sicut et mihi de mei antecessoribus, qui hec non scripserunt, evenit, quantum ad memoriam ducere potui, hic subter notare decrevi », G. Becker, Catalogi bibliothecarum antiqui, Bonn, 1885, n° 36, pp. 79-80, voir aussi le catalogue du monastère de Saint-Gall (841- 872), n° 23, p. 53 ; pour d'autres exemples, n° 28, pp. 61-62, n° 44, pp. 130-131, n° 50, pp. 134- 135, n°53, p. 138, n° 56, pp. 140-142, n° 94, pp. 207-209, n°95, pp. 209-216 ; voir enfin les nombreux exemples réunis dans B. Bischoff, Schatzverzeichnisse, dont l'inventaire du trésor de la cathédrale d'Hildesheim établi dans la première moitié du 13e siècle, n°31, pp. 40-41, où on lit à la fin que l'évêque confie ses livres à Dieu pour que l'on se rappelle sa mémoire personnelle.

55. Cf. Klein, P. K., «Die Apokalypse Ottos III und das Perikopenbuch Heinrichs II », Aachener Kunstblatter, 56/57, 1988-1989, pp. 552.

56. Mùtherich, FI., Fuhrmann, H., Das Evangeliar Heinrichs des Lôwen und das mittelalterliche Herrscherbild,Munich, 1986 et Kûtzsche, D. éd., Das Evangeliar Heinrichs des Lôwen. Kommentar zum Faksimile, Francfort-sur-le-Main, 1989.

57. Voir en dernier lieu, O.-G. Oexle, « Lignage et parenté, politique et religion dans la noblesse du XIIe siècle : l'évangéliaire d'Henri le Lion », Cahiers de Civilisation médiévale. 36, 1993, pp. 339-354, le poème de dédicace est reproduit à la fig. 4 de l'article. Plus modeste dans les objectifs et dans la « représentation » de l'idée de memoria, est l'image de dédicace accompagnée là-aussi d'un poème explicatif, représentant Irmengarde, veuve de Werner issu d'une famille comtale souabe et décédé lors d'une bataille en Bohême (vers 1040) au service d'Henri III, présentant son mari défunt au Christ (évangéliaire réalisé à Reichenau, Lille. Université Catholique, ms. 1, f. 253v.-254r.). Dans l'image, Werner tient le livre, offert par sa femme afin d'assurer le salut éternel de son mari par la commémoration liturgique puisqu'il s'agit d'un manuscrit destiné à la lecture des Évangiles à la messe. La memoria spirituelle esi ici très individualisée, mais on ne sait rien sur l'histoire du manuscrit, ni s'il fut conservé dans un trésor, cf. Schmid, K., «Zum Stifterbild im Liller Evangelistar des 11. Jahrhunderts ». Fruhmittelalterliche Studien, 16, 1982, pp. 143160 .

58. B. Bischoff, Schatzverzeichnisse, n° 82, pp. 87-88 ; Coens, M., « Les saints particulièrement honorés à l'abbaye de Saint-Trond», Analecta Bollandiana, 72, 1954, pp. 83133. pp. 95-97, l'auteur pense qu'il faut, pour des raisons de date, séparer l'inventaire des Gesta : il estime également que le manuscrit de la vie de saint Trond est mentionné dans l'inventaire simplement parce qu'il est orné d'une reliure précieuse, p. 96.

59. PL 135, col. 144-145 ; Sot, M., Un historien et son Église. Flodoard de Reims, Paris, 1993, pp. 497498 (les traductions citées sont de cet auteur).

60. « Sancta Dei genitrix et semper virgo Maria, Hincmarus praesul defero dona tibi. Haec jiia quae gessit, docuit nos Christus Jésus, edltus ex utero, casta puella, tuo », cf. M. SOT, cité à la note 59, p. 498.

61. Dans le même esprit, voir les Gesta episcoporum de l'Église de Verdun dans la seconde moitié du 9e siècle, cf. von Schlosser, op. cit. à la note 52, nc 273, p. 83.

62. « Ut singuli episcopi, abbates, abbatissae diligenter considèrent thesauros ecclesiasticos ne propter perfidiam aut neglegentiam custodum aliquid de gemmis aut de vasis, reliquo tjuoque thesauro perditum sit, quia dictum est nobis quod negotiatores judaei nec non alii v,loriantur quod quicquid eis placeatpossint ab eis emeri », MGH, Cap. I, p. 131 (la traduction est celle de M.-M. Gauthier, art. cité à la note 14, p. 66). Dans l'Antiquité, certains inventaires liturgiques étaient intégrés à l'inventaire général des biens de l'église, comme dans le Charta cornutiana (4e-5e siècle), PL 127, col. 993-996 ; voir aussi les inventaires publiés dans l'article « Inventaires liturgiques », DACL, VII/1, col. 1396-1418.

63. Sur toutes ces questions, voir notamment E. Lesne, Églises et trésors, passim, et surtout Y. Congar, « Les biens temporels de l'Église d'après sa tradition théologique et canonique », Église et pauvreté, Unam sanctam 57, Paris, 1965, pp. 233-258.

64. Comme le prévoient certains passages de coutumiers monastiques, cf. par exemple les statuts de Pierre le Vénérable pour Cluny, Consuetudines benedictinae variae (saec. XI - saec. XIV), CCM, VI, Siegburg, 1975, p. 76. Se séparer du trésor représente alors pour les monastères une certaine forme de « thésaurisation » spirituelle ; je remercie D. logna-Prat de m'avoir fait part de cette remarque.

65. « Ecclesiae quoque luminaria et ornatum debitum ordinent, et thesaurum ac vestintenta seu libros diligenter inbrevient et brèves nobis reportent » (avril 853), MGH, Capitularia regum francorum, t. II, p. 267 ; dans le même esprit de protection des biens de l'Église, voir aussi le capitulaire du 4 février 865 (ibid. , p. 93). 66. P. Geary, art. cité à la note 47 ; dans le même esprit, à propos des cartulaires de Cluny et de la mémoire des saints abbés du monastère bourguignon, D. Iogna-Prat, « La confection des cartulaires et l'historiographie à Cluny (XP-XIP siècles) », ibid. , pp. 27-44.

67. Dans ce domaine les historiens allemands de l'école de Munster ont donné des études de première importance, pour certaines pionnières et fondatrices de cette approche. Dans la vaste bibliographie, citons simplement O.-G. Oexle, « Memoria und Memorialûberlieferung im friihen Mittelalter», Fruhmittelalterliche Studien, 10, 1976, pp. 70-95 et les articles de l'ouvrage collectif édité par K. Schmid et J. Wollasch, Memoria. Der geschichtliche Zeugmswert des liturgischen Gedenkens im Mittelalter, Munich, « Miinstersche Mittelalter-Schriften 48 », 1984. Voir aussi M. Meslin, L'expérience humaine du divin, Paris, 1988, en particulier le chapitre intitulé « La mémoire et le divin », pp. 321-364. Voir enfin, Geary, P., La mémoire et l'oubli à la fin du premier millénaire, Paris, 1996, en particulier, pp. 171198 .

68. O.-G. Oexle, art. cité à la note 67, pp. 79-86. Sur les richesses de la mémoire sur le plan philosophique et théologique cf. Carruthers, M., Book of Memory. A Study of Memory in Médiéval Culturebt, Cambridge, 1990, pp. 3345 .

69. Cf. O.-G. Oexle, art. cité à la note 67, et G. Tellenbach, « Die historische Dimension der liturgischen Commemoratio im Mittelalter », Memoria…, cité à la note 67, pp. 199-214 et M. Meslin, op. cit. à la note 67, pp. 339-348.

70. Parmi l'abondante littérature consacrée au culte des saints dans l'Antiquité et le Haut Moyen Age, voir P. Brown, Le culte des saints. Son essor et sa fonction dans la chrétienté latine, Paris, 1984 ainsi que les articles de l'ouvrage collectif, Les fonctions des saints dans le monde occidental ﹛IIP-XIIIe siècles), Collection de l'École française de Rome 149, Rome, 1991, en particulier la contribution d'A. Mandouze, « De l'unicité d'une fonction à un pluralisme de fonctions. Aspects d'une problématique (F'-VF siècles) », pp. 81-89 et celle do P. Riche, « Les Carolingiens en quête de sainteté », pp. 217-224.

71. Cf. O.-G. Oexle et Tellenbach, art. cité, nn. 67 et 69, ainsi que D. SICARD, La liturgie de la mort dans l'Église latine des origines à la réforme carolingienne ,Munster, « Liturgiewissenschaftliche Quellen und Forschungen 63 », 1978. Parmi les nouveaux livres générés par ces pratiques, retenons principalement les libri memoriales, les obituaires et les nécrologes ; cf. Wollasch, J., « Les obituaires, témoins de la vie clunisienne », Cahiers de Civilisation médiévale, 22, 1979, pp. 139171 et J.-L. LEMAÎTRE, Mourir à Saint-Martial. La commémoration des morts et les obituaires à Saint-Martial de Limoges du XI’ au XIIIe siècle, Paris, 1989. Sur les relations entre les vivants et les morts au Moyen Age, en particulier à partir des revenants, cf. Schmitt, J.-C., Les revenants. Les vivants et les morts dans la société médiévale, Paris, 1994, surtout pp. 17-19 et 197221 . A propos de la memoria, l'auteur développe l'hypothèse selon laquelle le but de cette dernière était d'aider à la séparation des vivants et du mort ; autant qu'une forme de mémoire collective, la memoria était aussi une « technique sociale de l'oubli ». C'est la raison pour laquelle certains morts se rebellaient contre cet oubli et revenaient hanter, sous différentes formes, le quotidien des vivants. Cf. O.-G. Oexle, « Les moines d'Occident et la vie politique et sociale dans le Haut Moyen Age», Revue bénédictine, 103, 1993 (” Le monachisme à Byzance et en Occident du VIIF au Xe siècle. Aspects internes et relations avec la société »), pp. 255-272, p. 267 ; l'auteur développe l'idée selon laquelle la memoria est à la base de relations sociales nouvelles, renforçant la cohésion des groupes et des milieux sociaux.

72. La sacristie (le sacrarium), où l'on pense que la plupart des trésors étaient déposés, faisait généralement corps avec l'église car il fallait une communication spatiale entre les deux espaces, pour un bon déroulement des cérémonies.

73. Voir par exemple les observations de R. Mckitterick, op. cit. à la note 40, pp. 165- 210.

74. Cf. A. Derolez, Les catalogues de bibliothèques, Typologie des sources du Moyen Age occidental, fasc. 31, Turnhout, 1979 ; G. Becker, op. cit. à la note 54.

75. Cf. B. Bischoff, Schatzverzeichnisse, op. cit.

76. Contrairement à l'opinion de saint Jérôme qui s'indigne du luxe des livres chrétiens et préfère l'utilisation de simples feuillets à celle de somptueux ouvrages teints de pourpre et écrits en lettres d'or et d'argent : « Habeant, qui volunt, veteres libros vel in membranis purpureisauro argentoque descriptos, vel uncialibus ut vulgoaiuntlitteris,oneramagis exarata, quant codices : dummodo mihi, meisque permittant pauperes habere schedulas et non tam pulchros codices, quant emendatos » (Praefatio in Job, PL 28, col. 1083-1084). Le poème de dédicace de l'évangéliaire de Charlemagne (Paris, BN, n. a. 1. 1203, de 781-783) explique les raisons pour lesquelles le manuscrit est écrit en lettres d'or sur fond pourpre : l'or et la pourpre symbolisent le royaume céleste qui s'ouvre par le sang rouge du Christ et la splendeur de l'or dans laquelle les paroles de Dieu rayonnent (cf. MGH, Poetae latini Medii Aevi, I, pp. 94- 95) ; sur ce manuscrit exceptionnel au Haut Moyen Age, cf. FI. Mûtherich, « Manuscrits enluminés autour d'Hildegarde », Actes du colloque « Autour d'Hildegarde », Centre de Recherche sur l'Antiquité tardive et le Haut Moyen Age, Cahier V, Université de Paris XNanterre, 1987, pp. 49-62 et J. Vezin, « Les livres dans l'entourage de Charlemagne et d'Hildegarde », pp. 63-71 ; sur ce manuscrit et sa décoration, voir en dernier lieu, B. Brenk. « Schriflichkeit und bidlichkeit in der Hofschule Karls der Grossen », Testo e Immagine nell'alto Medioevo, Settimane di studio del Centra italiano di studi sull'alto Medioevo, XLI, Spolète. 1994, pp. 631-682. Sur les fonctions esthétiques des matières somptueuses dans la liturgie, en particulier dans les livres, et leurs justifications théologiques et sacramentelles, cf. M.-M. Gauthier, art. cité à la note 14.

77. Voir, par exemple, les nombreuses mentions dans les volumes du Corpus Consuetudinum Monasticarum, sous la direction de K. Hallinger, 12 tomes parus en 16 volumes, Siegburg. 1961-1987. Les rubriques indiquent souvent que les ministres du culte revêtent les vêtements sacrés dans la sacristie et que l'on porte en procession le livre d'Évangiles à partir du même lieu.

78. Pour les livres utilisés pour la lecture au réfectoire et ceux gardés à l'infirmerie pour permettre aux malades de prier, cf. Nebbiai-Dalla Guarda, D., « Les listes médiévales de lectures monastiques. Contribution à la connaissance des anciennes bibliothèques bénédictines». Revue bénédictine, 96, 1986, pp. 271326 , «Les livres de l'infirmerie dans les monastères médiévaux », Revue Mabillon, n. s. 5 (t. 66), 1994, pp. 57-81.

79. Sur les livres-reliques du Haut Moyen Age, comme le célèbre Codex Ragyndrudis qui passe pour avoir été utilisé par saint Boniface pour se protéger de ses assaillants pendant son martyre, cf. J. VEZIN, « Les livres utilisés comme amulettes et comme reliques », Das Buch als magisches und als Reprâsentationsobjekt, P. Ganz éd., Wiesbaden, « Wolfenbiitteler Mittelalter- Studien, band 5 », 1992, pp. 101-115, l'auteur écrit avec raison : « C'est ainsi le rapport. vrai ou supposé, d'un livre avec un saint qui donne au volume son statut de relique ; mais le texte même copié dans un manuscrit peut aussi conférer à celui-ci un caractère sacré », p. 102 . sur le livre liturgique comme objet sacré, cf. Dinzelbacher, art. cité à la note 39. Au 13° siècle, Humbert de Romans s'indigne de voir le livre devenu utilitaire et n'est plus l'objet de soins attentifs : « Tout comme les os qui sont les reliques des saints sont conservés avec tant de révérence qu'on les enveloppe dans la soie et qu'on les enferme dans l'or et l'argent, il esi condamnable de voir les livres qui renferment tant de sainteté conservés avec si peu de soin », cité par J. LE GOFF, La civilisation de l'Occident médiéval, Paris, 1964, p. 316. D'une manière générale, une étude mériterait d'être entreprise sur la perception du livre comme « relique ». Sur la « magie » de l'Écrit et du livre au Moyen Age, M. Mostert, « La magie de l'Écrit dans le Haut Moyen Age. Quelques réflexions générales », Haut Moyen Age. Culture, éducation, société. Études offertes à Pierre Riche, La Garenne-Colombes, 1990, pp. 273-281.

80. B. Bischoff, Schatzverzeichnisse, op. cit. , n°45, pp. 52-53.

81. G. Becker, op. cit. à la note 54, n° 11, pp. 24-29, p. 28.

82. Archives de la Côte-d'Or, n° 119\ cf. Chomton, L., Histoire de l'église de Saint-Bénigne de Dijon, Dijon, 1900, p. 355.

83. Ce rangement méticuleux ressemble quelque peu à celui que l'on rencontre dans les bibliothèques, cf. W. Wattenbach, op. cit. à la note 20, pp. 613-627. Sur la signification des listes, voir l'approche anthropologique de Goody, J., La Raison graphique. La domestication de la pensée sauvage,trad. frse, Paris, 1979, en particulier pp. 148152 .

84. Comme par exemple les statues-reliquaires de la vierge ou des saints, en particulier celle de sainte Foy de Conques, cf. en dernier lieu J.-C. Schmitt, « Rituels de l'image et récits de vision », Testa e immagine nell'alto medioevo, Settimane di studio del centra italiano di studi sull'alto medioevo XLI, 15-21 avril 1993, Spolète, 1994, pp. 419-462. Comme me l'a ajuste titre fait remarquer J. Baschet, cette statue-reliquaire était exposée dans l'église de Conques e! on ne sait rien de sa présence matérielle dans la salle du trésor. Elle n'en demeure pas moins l'objet essentiel du trésor « sacré » de Conques.

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Annales. Histoire, Sciences Sociales
  • ISSN: 0395-2649
  • EISSN: 1953-8146
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