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Les strates de la ville de l'Anthropocène

  • Jan Zalasiewicz (a1), Colin Waters (a1) (a2) and Mark Williams (a1)
Résumé

Le tissu d'une ville correspond à une transformation de matériaux géologiques bruts en un assemblage complexe de nouveaux minéraux, fabriqués par des humains, et de roches, telles que l'acier, le verre, le plastique, le béton, la brique et la céramique. Cette activité est considérée en termes de « métabolisme urbain », avec des afflux et des flux quotidiens de personnes, de nourriture, d'eau et de déchets. Empruntée aux temps géologiques, une échelle de temps plus longue, de quelques années au millénaire, est adoptée ; elle reste pertinente pour le présent et les générations humaines futures. Dans les systèmes sédimentaires naturels, les flux de matériaux sont gouvernés par des forces naturelles, comme le climat et la gravité, et ils laissent des traces physiques dans les strates des rivières. Dans les villes, les flux de matériaux géologiques nécessaires à les construire et à les reconstruire sont réalisés par les humains et sont largement produits par les énergies fossiles stockées dans les hydrocarbures. Les assemblages de roches anthropogéniques et de minéraux qui en résultent peuvent être pensés comme des systèmes sédimentaires (et/ou des traces fossiles), fossilisables, à l’échelle de la planète. Extrêmement plus diversifiés que les strates géologiques naturelles, ils évoluent aussi bien plus rapidement, notamment en ce qui concerne les déchets. Considérer les villes par le biais d'une telle perspective peut devenir de plus en plus utile, compte tenu de leur nécessaire adaptation aux conditions changeantes de l’époque émergente, l'Anthropocène.

The fabric of a city represents a transformation of raw geological materials into a complex assemblage of novel, human-made minerals and rocks such as steel, glass, plastics, concrete, brick, and ceramics. Its activity has been considered in terms of an “urban metabolism,” with day-to-day inflows and outflows of people, food, water, and waste materials. Here we take a longer time-scale of years to millennia, related to geological time-scales but still meaningful for present and future generations of humans, and consider cities as sedimentary systems. In natural sedimentary systems, such as those of rivers, the flows of materials are governed by natural forces such as climate and gravity, and they leave physical records of river-strata. In cities, the flows of geological materials needed for their construction and reconstruction are directed by humans, and largely powered by the fossil energy stored in hydrocarbons, rather than by gravity or the sun. The resultant assemblages of anthropogenic rocks and minerals may be thought of as sedimentary (and/or trace fossil) systems that are fossilizeable and now exist on a planetary scale. Far more diverse than natural geological strata, they are also evolving much more rapidly, not least in terms of their growing waste products. Considering cities through such a perspective may become increasingly useful as they come to be influenced by, and need to adapt to, the changing conditions of the emerging Anthropocene epoch.

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1 La logique de ce processus est exposée dans Jan Zalasiewicz, The Earth after Us: What Legacy Will Humans Leave in the Rocks ?, Oxford, Oxford University Press, 2008.

2 Une brève histoire du concept d'Anthropocène est proposée dans Will Steffen et  al., « The Anthropocene: Conceptual and Historical Perspectives », Philosophical Transactions of the Royal Society A, 369-1938, 2011, p. 842-867. Les deux articles principaux ayant inauguré ce concept dans son sens moderne sont : Paul J.  Crutzen et Eugene F.  Stoermer, « The ‘Anthropocene’ », Global Change Newsletter, 41, 2000, p. 17-18 ; Paul J.  Crutzen, « Geology of Mankind », Nature, 415, 2002, p. 23.

3 Un résumé récent de ces données se trouve dans Colin N.  Waters et al., « The Anthropocene Is Functionally and Stratigraphically Distinct from the Holocene », Science, 351-6269, 2016, p. 137.

4 Dipesh Chakrabarty, « The Climate of History: Four Theses », Critical Inquiry, 35, 2009, p. 197-222 ; Bruno Latour, « Anthropology at the Time of the Anthropocene: A Personal View of What Is to Be Studied », Washington, American Association of Anthropologists, 2014, http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/139-AAA-Washington.pdf.

5 Jacques Roger (éd.), Buffon, « Les époques de la nature », Paris, Éd. du Muséum, 1962.

6 Douglas W.  Jordan et Wayne A.  Pryor, « Hierarchical Levels of Heterogeneity in a Mississippi River Meander Belt and Application to Reservoir Systems », Aapg Bulletin, 76-10, 1992, p. 1601-1624.

7 Mark Williams et al., « Humans as the Third Evolutionary Stage of Biosphere Engineering of Rivers », Anthropocene, 7, 2014, p. 57-63.

8 Bien entendu, il existe des empires non humains : les systèmes géologiques autour des lacs, des océans, des volcans, des sols ou des récifs coralliens peuvent être analysés sous cet angle, et certains textes importants exposent cette démarche, notamment Harold G.  Reading (dir.), Sedimentary Environments: Processes, Facies and Stratigraphy, Hoboken, Wiley-Blackwell, 1996.

10 Voir le rapport de UN-Habitat : http://unhabitat.org/urban-themes/energy/.

11 La plupart des articles réputés sur l'Anthropocène recourent abondamment aux images de villes, par exemple Elizabeth Kolbert, « Enter the Anthropocene: Age of Man », National Geographic, mars 2011, p. 60-85. Les deux volumes produits jusqu'ici par l'Anthropocene Working Group (Jan Zalasiewicz et al. (dir.), « The Anthropocene: A New Epoch of Geological Time ? », Philosophical Transactions of the Royal Society A, 369-1938, 2011, p. 833-1112 ; Colin N.  Waters et al., A Stratigraphical Basis for the Anthropocene ?, Londres, Geological Society of London, 2014) ont également utilisé des images de ville pour leurs couvertures, de jour et de nuit, comme c'est le cas de celle, montrant Shanghai, choisie pour la première analyse stratigraphique de l'Anthropocène (Jan Zalasiewicz et al., « Are We Now Living in the Anthropocene ? », Gsa Today, 18-2, 2008, p. 4-8).

12 Différents articles s'appuient sur le métabolisme urbain comme méthode d'analyse, notamment Christopher Kennedy, Stephanie Pincetl et Paul Bunje, « The Study of Urban Metabolism and Its Applications to Urban Planning and Design », Environmental Pollution, 159, 2011, p. 1965-1973.

13 Ces idées sont développées de manière approfondie et rigoureuse dans Peter K.  Haff, « Technology and Human Purpose: The Problem of Solids Transport on the Earth's Surface », Earth System Dynamics, 3-2, 2012, p. 417-431.

14 Au sens utilisé par J.  Zalasiewicz, The Earth after Us. . ., op. cit.

15 Hans-Jürgen Mielke, Wald und Politik. Die unendliche Geschichte des Berliner Teufelsberges, Berlin, Projekte-Verlag Cornelius, 2011.

16 Jan Zalasiewicz, Colin N.  Waters et Mark Williams, « Human Bioturbation, and the Subterranean Landscape of the Anthropocene », Anthropocene, 6, 2014, p. 3-9.

17 Les structures modernes ne semblent absolument pas plus durables que les anciens bâtiments, comme l'indiquent les descriptions saisissantes de la décomposition rapide des tours d'habitation abandonnées dans Alan Weisman, The World without Us, Londres, Virgin Books, 2008.

18 Eduard Suess, Der Boden der Stadt Wien : nach seiner Bildungsweise, Beschaffenheit und seinen Beziehungen zum Bürgerlichen Leben. Eine geologische Studie, Vienne, Wilhelm Braumüller, 1862 ; Id., Der Boden der Stadt Wien und sein Relief. Geschichte der Stadt Wien, Vienne, Adolf Holzhausen, 1897.

19 J.  R.  Ford et al., « An Assessment of Lithostratigraphy for Anthropogenic Deposits », in C.  N.  Waters et al., A Stratigraphical Basis for the Anthropocene ?, op. cit., p. 55-89.

20 Cela est discuté en détail par Matt Edgeworth, « The Relationship between Archaeological Stratigraphy and Artificial Ground and Its Significance », in C.  N.  Waters et al., A Stratigraphical Basis for the Anthropocene ?, op. cit., p. 91-108, qui a plaidé en faveur de l'utilisation du terme « archéosphère » pour définir ce type de terrain, l'opposant à ce que les archéologues appellent « le naturel », à savoir les strates géologiques intactes qui se trouvent en dessous.

21 Roger LeB.  Hooke et José F.  Martín-Ducque, « Land Transformation by Humans: A Review », Gsa Today, 22-12, 2012, p. 4-10.

22 Si l'on simplifie à l'extrême et qu'on les combine avec d'autres séries de données mondiales, on peut obtenir une estimation approximative de la masse totale des zones urbaines de la Terre, en ce qui concerne aussi bien les matériaux fonctionnels que les déchets ; selon des estimations, il s'agirait d'environ 11 000 milliards de tonnes sur la masse totale de la « technosphère physique » de la Terre de 30 000 milliards de tonnes. Voir Jan Zalasiewicz et al., « Scale and Diversity of the Physical Technosphere: A Geological Perspective », The Anthropocene Review, 4-1, 2017. Ce chiffre implique que les matériaux de nos villes, répartis de manière égale sur l'ensemble de la surface de la Terre (terres et océans réunis), pèsent plus de quinze kilos par mètres carrés.

23 Carling C.  Hay et al., « Probabilistic Reanalysis of Twentieth-Century Sea-Level Rise », Nature, 517, 2015, p. 481-484.

24 Voir par exemple James P.  M.  Syvitski et al., « Sinking Deltas Due to Human Activities », Nature Geoscience, 2, 2009, p. 681-686.

25 On peut comparer les graphiques, revus et mis à jour, de Will Steffen et al., « The Trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration », The Anthropocene Review, 2-1, 2015, p. 81-98, avec les modèles des tendances stratigraphiques de l'Anthropocène de C.  N.  Waters et al., « The Anthropocene Is Functionally. . . », art. cit.

26 Thomas Brinkhoff, « Major Agglomerations of the World », 2017, http://www.citypopulation.de/cities.html.

27 Jan Zalasiewicz et al., « The Technofossil Record of Humans », The Anthropocene Review, 1-1, 2014, p. 34-43.

28 Même si des villes plus anciennes, telles que Paris et Londres, sont constituées en grande partie d'un filigrane entremêlé de composants de l'Holocène et de composants de l'Anthropocène, ces derniers sont souvent faciles à différencier au vu de leurs matériaux et artéfacts distincts.

29 Emese M.  Bordy et al., « Advanced Early Jurassic Termite (Insecta: Isoptera) Nests: Evidence From the Clarens Formation in the Tuli Basin, Southern Africa », Palaios, 19-1, 2004, p. 68-78.

30 Avec une excellente climatisation, du moins dans les structures construites par les termites.

31 Peter K.  Haff, « Technology as a Geological Phenomenon: Implications for Human Well-Being », in C.  N.  Waters et al., A Stratigraphical Basis for the Anthropocene ?, op. cit., p. 301-309.

32 William Rathje et Cullen Murphy, Rubbish ! The Archaeology of Garbage, Tucson, The University of Arizona Press, 2001.

33 Ces villes fossilisées se composeront en grande partie de fondations, de sous-sols, de réseaux de métros, d'empilements, etc., et peut-être des étages inférieurs dans certains cas. La plus grande part de la superstructure sera en ruine, à l'exception de rares cas où elle sera enfouie sous un brusque et écrasant afflux de sédiments, comme le fut Pompéi sous la cendre volcanique aux temps romains.

34 María Jesús Irabien et al., « Chemostratigraphic and Lithostratigraphic Signatures of the Anthropocene in Estuarine Areas From the Eastern Cantabrian Coast (N.  Spain) », Quaternary International, 364, 2015, p. 196-205.

35 Jan Zalasiewicz et al., « The Geological Cycle of Plastics and Their Use as a Stratigraphic Indicator of the Anthropocene », Anthropocene, 13, 2016, p. 4-17.

36 Parmi de nombreux exemples, voir Murray R.  Gregory, « Environmental Implications of Plastic Debris in Marine Settings: Entanglement, Ingestion, Smothering, Hanger-On, Hitch-Hiking and Alien Invasions », Philosophical Transactions of the Royal Society B, 364-1526, 2009, p. 2013-2025.

37 Marcus Eriksen et al., « Plastic Pollution in the World's Oceans: More Than 5 Trillion Plastic Pieces Weighing Over 250 000 Tons Afloat at Sea », Plos One, 9-12, 2014, https://doi.org/10.1371/journal.pone.0111913.

38 Jenna R.  Jambeck et al., « Plastic Waste Inputs from Land into the Ocean », Science, 347-62223, 2015, p. 768-771.

39 Voir l’étude récente « Assessing the Risk of Pollution from Historic Coastal Landfills », Londres, Queen Mary University of London, 2017, http://www.qmul.ac.uk/media/news/items/hss/176675.html ; Kate L.  Spencer et Francis T.  O'Shea, « The Hidden Threat of Historic Landfills on Eroding and Low-Lying Coasts », Ecsa Bulletin, 63, 2014, p. 16-17.

Illustrations d'Anne-Sophie Milon

Traduction de Florian Berthé

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Annales. Histoire, Sciences Sociales
  • ISSN: 0395-2649
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