1. Introduction
Dans le domaine de la politesse linguistique, le compliment et la réponse à cet acte de langage ont fait l’objet de nombreuses études. Son rôle de “lubrifiant” dans les interactions sociales explique l’intérêt qui lui est porté dans différentes langues (Wolfson, Reference Wolfson, Wolfson and Judd1983; Sharifian, Reference Sharifan2008; Farenkia, Reference Farenkia2012; Tran, Reference Tran2019; Eslami et Derakhshan, Reference Eslami and Derakhshan2021).
Appréhendé comme un cadeau verbal, le compliment se réfère à « [t]oute assertion évaluative positive sur une qualité ou une propriété de l’allocutaire A […] ou bien encore, sur une qualité ou propriété d’une personne plus ou moins étroitement liée à A » (Kerbrat-Orecchioni, Reference Kerbrat-Orecchioni1994: 202). Et de préciser notamment qu’il s’agit d’un acte flatteur pour la face (FFA) de celui qui en est le bénéficiaire (2001 : 77). Cependant, le compliment peut également constituer un acte menaçant (FTA) pour la face et le territoire du destinataire en raison de l’embarras qu’il peut engendrer (Kerbrat-Orecchioni, Reference Kerbrat-Orecchioni2008; Bujon, Reference Bujon2008). Ainsi, bien qu’il soit généralement perçu comme un acte valorisant, le compliment peut aussi placer le destinataire dans une position délicate, notamment lorsque celui-ci se doit de réagir. Cette dualité explique l’intérêt qu’il suscite dans les travaux sur la politesse linguistique, mais aussi dans les recherches portant sur ses caractéristiques discursives. Cet intérêt n’est pas récent.
Un petit retour en arrière sur les travaux sur le compliment en tant qu’acte de langage socialement structuré témoigne de l’émergence, dès les années 1970, de nombre d’études ayant exploré ses caractéristiques linguistiques et interactionnelles. Les recherches pionnières de Manes et Wolfson (Reference Manes, Wolfson and Coulmas1981) ont ainsi mis en évidence la nature ritualisée (formulaic) des compliments. En analysant un corpus de 686 compliments recueillis dans des interactions quotidiennes collectées lors d’observations participantes auprès de Nord-Américains de la classe moyenne, les auteures ont identifié trois schémas linguistiques figés couvrant 85 % des occurrences observées (Manes et Wolfson, Reference Manes, Wolfson and Coulmas1981: 123). De plus, elles ont montré que seuls cinq adjectifs (nice, good, pretty, beautiful, great) représentaient à eux seuls les deux tiers des compliments du corpus. À la suite de cette étude, d’autres recherches ont confirmé le caractère figé des compliments dans différentes langues, notamment en allemand (Golato, Reference Golato2005), en espagnol (Maíz-Arévalo, Reference Maíz-Arévalo, Gomez and Arrese2010) ou encore en persan (Boori, Reference Boori1994). Pour le français, après avoir décrit finement l’acte complimenteur, Traverso (Reference Traverso1996) arrive à des conclusions similaires.
Par ailleurs, les travaux de référence ayant mis au jour le caractère ritualisé du compliment ont principalement été réalisés à partir de données ethnographiques comme celles de Manes et Wolfson (Reference Manes, Wolfson and Coulmas1981) ou à partir de questionnaires et d’entretiens (Nelson et al., Reference Nelson, Bakary and Batal1993). De telles méthodes facilitent la collecte rapide d’un grand volume de données tout en contrôlant certaines variables (âge ou niveau d’éducation), mais les données obtenues restent généralement des échantillons prototypiques de la langue étudiée (Golato, Reference Golato2005, citée par Maíz-Arévalo, Reference Maíz-Arévalo2012: 981). Ce n’est pas le cas des corpus d’interactions authentiques qui offrent la possibilité d’analyser le mode de structuration et les formes d’emploi, en contexte naturel, d’actes de langage comme le compliment (Golato, Reference Golato2005: 21) ou encore, d’en dégager la structure complexe, locale et interactive (Boyle, Reference Boyle2000: 29). Le genre interactionnel est également un facteur d’influence sur la nature du compliment. Reste à savoir ce qu’il en est des compliments émis dans des émissions médiatiques en français au regard de ceux issus d’interactions ordinaires.Footnote 1 Plus précisément, dans cette langue et culture, la structure et les modes de réalisation du compliment sont-ils spécifiques à certaines situations interactionnelles ? En outre, quel est l’impact des genres de discours sur les pratiques à l’oeuvre ?
Pour répondre à ces questions, le fonctionnement du compliment va être observé et l’examen de son rôle dans deux corpus composés d’échanges authentiques – des interactions ordinaires et des émissions télévisuelles (trois talk-shows et une émission de talent) en français – va être entrepris, afin de mettre au jour les comportements privilégiés et ce faisant, les points de rencontre et les différences entre les genres.
Après un tour d’horizon des recherches menées sur le compliment en français, l’analyse des formes privilégiées de réalisation de cet acte dans des interactions ordinaires et dans des interactions médiatiques sera entreprise, avant que ne soit effectuée la mise en comparaison des procédés linguistico-discursifs privilégiés. Mais dans un premier temps, des précisions vont être apportées sur ce que recouvre étymologiquement le compliment en français.
2. Pour cerner le compliment : éléments de cadrage
Les quelques éléments de cadrage présentés dans les lignes qui suivent vont permettre de circonscrire les différentes facettes du compliment en français. Il s’en suivra des développements sur la façon dont cet acte est appréhendé en pragmatique et dans le champ des interactions.
2.1. Les différentes facettes du compliment en français
Dans sa définition contemporaine, le compliment est décrit dans le dictionnaire Le Petit Robert comme des « paroles louangeuses que l’on adresse à quelqu’un pour le féliciter ou le flatter » (2008). Étymologiquement, le compliment tire son origine de l’italien complimento, lui-même issu de l’espagnol cumplimiento, dérivé du verbe cumplir (« exécuter, accomplir son devoir »), et du latin complere (« compléter, combler ») (Grassi, Reference Grassi and Montandon1995: 119). Introduit en français au XVIIe siècle dans le cadre des rituels de politesse, il s’emploie dans des expressions performatives (faire ses compliments, présenter ses compliments), bien que son efficacité dépende de la réaction de l’interlocuteurFootnote 2 (Poulet, Reference Poulet2023: 5). Jusqu’au XIXe siècle, le compliment conserve une dimension de performance verbale et non verbale, intégrant la visite de courtoisie, le rituel de salutations (« vous lui ferez mes compliments ») et certains gestes (le fait de retirer son chapeau ou le baisemain) (ibid.). Par ailleurs, en situation mondaine, les compliments se pratiquent en public ou en privé et aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Ils constituent des marques de civilité, qui se placent au début et à la fin des conversations ou dans les échanges épistolaires (Menudier, 1677, cité par Poulet, Reference Poulet2023: 10–11).
Dans un contexte plus littéraire, le compliment désigne « un petit morceau en prose ou en vers que l’on adresse à quelqu’un à l’occasion d’une fête ou d’une cérémonie officielle » (CNRTL). Dans ce cas, il relève plutôt d’une interaction rhétorique, mais à la différence de l’éloge, il ne constitue pas un genre oratoire (Poulet, Reference Poulet2023: 3). En effet, l’éloge se réfère à une louange structurée et codifiée. Il repose sur la célébration d’une personne ou d’une chose sur le long terme et s’inscrit souvent dans un cadre hiérarchique, tandis que le compliment est un comportement spontané qui se caractérise par sa brièveté. En outre, cet acte s’adresse toujours à un être animé et s’inscrit dans une interaction verbale, engageant une réponse de l’interlocuteur (Méthy, Reference Méthy2023, citée par Poulet, Reference Poulet2023: 4). Cela étant posé, il convient de préciser que, dans le cadre de cet article, cet aspect de la réaction au compliment sera considéré partiellement seulement. L’objectif poursuivi étant de dégager les configurations privilégiées dans les genres à l’étude et ce faisant, de relever l’évolution des pratiques, ce sont essentiellement les formes de réalisation de l’acte de langage « complimenter » qui seront traitées et certaines des répercussions de ces choix sur la face des participants.
2.2. Les recherches sur le compliment
Dans cette partie, l’exposé des travaux sur le compliment en français va conduire à une présentation de la façon dont cet acte se manifeste dans les interactions et à un relevé des structures linguistiques qui le composent. Les traits culturels spécifiques à cet acte seront en outre introduits à la lumière des recherches contrastives impliquant le compliment en français.
2.2.1. Les recherches sur le compliment en français
Les travaux pionniers de Pomerantz (Reference Pomerantz and Schenkein1978) et de Manes et Wolfson (Reference Manes, Wolfson and Coulmas1981) ont largement inspiré les études sur le compliment en français (Kerbrat-Orecchioni Reference Kerbrat-Orecchioni1987, Reference Kerbrat-Orecchioni1994; Marandin, Reference Marandin1987; de Fornel Reference de Fornel1989; Traverso Reference Traverso1996). Il en est ainsi des premières recherches effectuées par Marandin et dans son sillage, de Fornel qui l’ont été sous l’angle de la sémantique. C’est à partir de la mise en cause de l’étude de Pomerantz (1975–Reference Pomerantz and Schenkein1978) qui, selon de Fornel « ne fait pas de distinction entre “compliment” et “félicitation” » (Reference de Fornel1989: 43) et dont l’analyse se base sur des constats empiriques (Reference de Fornel1989: 48), que le chercheur entreprend sa recherche. La critique de Marandin porte, quant à elle, sur la réponse à un compliment. Selon lui, elle n’est pas contrainte par des normes, comme le suggère Pomerantz, mais dictée par la façon dont l’énoncé complimenteur a été catégorisé comme tel (1987: 66). C’est donc pour renouveler l’approche que, préalablement à l’analyse d’extraits de « séquences de compliment » (1987: 66), Marandin appréhende le compliment sous l’angle lexical pour en cerner la catégorie (1987: 72) et en dégager le fonctionnement au regard des félicitations et des remerciements. De son côté, de Fornel associe sa réflexion à la pragmatique en vue d’élaborer une « sémantique du prototype pour les actes de langage » (Reference de Fornel1989: 39). L’objectif visé est « de dégager les caractéristiques prototypiques liées à chaque acte de langage » (de Fornel, Reference de Fornel1989: 41). L’étude du compliment au coeur du processus conduit de Fornel à introduire une définition prototypique des items lexicaux complimenter et féliciter pour éprouver la validité de sa démarche sur des extraits d’échanges et observer les types de réponses au compliment à partir d’une différenciation, omise par Pomerantz, entre félicitation et compliment.
Les travaux venus d’Amérique du Nord sont également à la base des recherches de Kerbrat-Orecchioni (Reference Kerbrat-Orecchioni1987) et de Traverso (Reference Traverso1996) qui empruntent toutefois un chemin un peu différent puisqu’elles s’inscrivent dans le domaine interactionnel. À partir d’un corpus varié (dialogues littéraires et cinématographiques, conversations enregistrées, observations spontanées), Kerbrat-Orecchioni analyse la structure et le fonctionnement de l’échange complimenteur en français (Reference Kerbrat-Orecchioni1987: 4). Plutôt que de s’en tenir à une approche strictement linguistique ou textuelle, elle intègre des données contextuelles et les théories de la politesse (Goffman, Reference Goffman1967; Brown et Levinson, Reference Brown, Levinson and Goody1978). Dans cette optique, elle entre en dialogue avec Pomerantz en enrichissant son analyse de réponses aux compliments en français, pour mettre en lumière la complexité structurelle de cet acte (Kerbrat-Orecchioni, Reference Kerbrat-Orecchioni1987: 28). Traverso quant à elle, affine cette analyse aussi bien au niveau de la structure du compliment en français que de la réponse à cet acte (Reference Traverso1996). La démarche la conduit à décrire le compliment comme une intervention qui exprime une évaluation positive. Généralement placé en position initiative d’échange, il a une valeur illocutoire assertive et « comporte une évaluation positive focalisée sur le destinataire ou sur un objet dont il est responsable » ou encore, « sur une personne à laquelle il est lié et dont le mérite rejaillit sur lui d’une manière ou d’une autre » (Reference Traverso1996: 91).
L’étude d’un corpus de « 25 conversations enregistrées au cours de visites [chez elle] entre 1986 et 1992 » (Traverso, Reference Traverso1996: 22) va ainsi permettre à Traverso de mettre au jour la structure de cet acte (Reference Traverso1996: 93–94), et plus précisément, de dégager quatre configurations principales qui vont brièvement être rappelées. Car c’est sur ce classement que l’on s’appuiera pour examiner les corpus à l’étude, afin de dégager les pratiques privilégiées et certaines variations.
L’acte complimenteur peut se centrer sur la personne à qui l’on s’adresse :
Il peut aussi porter sur l’apparence :
Par ailleurs, le compliment peut concerner un objet possédé par le complimenté :
ou, dans sa version disloquée :
Un dernier cas de figure renvoie à une tournure plutôt considérée « comme l’expression d’une opinion ou d’un sentiment », mais que Traverso a retenu en raison de la « position réactive » qu’elle occupe, soit « après une réponse au compliment mettant en doute sa vérité ou exprimant un désaccord. » (Reference Traverso1996: 94)
Et Traverso de préciser que dans son corpus, si ces quatre formes sont bien présentes, la plus fréquente est la troisième configuration en raison du faible impact qu’elle a sur la face du complimenté. Car le compliment est aussi bien « une anti menace pour la face du récepteur », qu’« une menace pour son territoire », dès lors qu’il renferme « un jugement sur ses goûts, ses choix et finalement sur lui-même » (Reference Traverso1996: 95). Dans ce contexte, faire peser le compliment sur un bien/une chose amenuiserait la menace dont il est porteur. En outre, pour ce faire, deux stratégies sont privilégiées en français : l’apport de spécification (« tu es toute belle avec ce ruban », « tu es toute belle ce soir ») ou encore l’ajout d’atténuateurs (« tu es toute belle », « tu es bien belle ») (Reference Traverso1996: 95). Le recours à ces formulations distanciées pourrait aussi s’expliquer par la possible interprétation du compliment comme une manifestation d’envie. Cette interprétation demeure néanmoins relativement marginale dans la compréhension du compliment en français, surtout si on la compare à ce qui se passe dans d’autres langues et cultures.
2.2.2. Les recherches sur le compliment en comparaison avec d’autres langues
La mise en comparaison de compliments en français et en arabe tunisien a montré que cet acte de langage n’est pas toujours perçu de manière positive et peut, au contraire, être associé au « mauvais oeil » (Zamouri, Reference Zamouri2016: 13). La confrontation du corpus de Traverso à un corpus d’interactions en arabe a ainsi permis le constat selon lequel le nombre de compliments est significativement plus faible dans les échanges entre Tunisiens que dans ceux produits en français (Zamouri, Reference Zamouri2016: 13). Il semblerait que dans cette langue, le compliment, qui est perçu comme un « cadeau verbal » (Pomerantz, Reference Pomerantz and Schenkein1978, Kerbrat-Orecchioni, Reference Kerbrat-Orecchioni1994: 96, citées par Béal, Reference Béal2010: 218) ou une « caresse verbale » (Traverso, Reference Traverso1996: 110), agisse comme une routine de politesse positive souvent attendue dans les échanges. Il en va différemment en arabe tunisien où l’usage modéré de cet acte de langage s’explique en grande partie par son ambivalence. Bien qu’il mette en valeur l’image de son destinataire, le compliment est aussi perçu comme un vecteur de menace potentielle, susceptible d’attirer le mauvais oeil. Selon cette croyance, le complimenteur peut éprouver de la jalousie ou de l’envie, ce qui est susceptible de déclencher de la malédiction ou de la malchance. Cette crainte peut même donner lieu à l’interdiction du compliment dans certaines situations, notamment lorsqu’il porte sur des sujets jugés tabous tels que la santé (Zamouri, Reference Zamouri2016: 14).
En français également, certains sujets prêtent moins aux compliments que d’autres. La recherche de Wieland (Reference Wieland1995), qui a comparé cet acte au compliment en anglais américain à partir d’un corpus de conversations lors de dîners amicaux, a mis en lumière que les Français se montrent moins à l’aise ou moins enclins à faire des compliments sur l’apparence. La chercheure a également interrogé les participants à ces dîners sur leur perception des compliments dans la langue et la culture de l’autre. L’impression exprimée par les Nord-Américains était que les Français complimentent moins qu’eux. Un constat à l’écart des observations de Wieland pour qui les Français font autant de compliments que les Nord-Américains, seulement, ils privilégient des sujets différents comme la nourriture ou la maîtrise du français. Ce choix s’explique par le fait qu’ils perçoivent la nourriture préparée par l’hôte comme un présent pour lequel ce dernier a investi du temps et de l’énergie. Le complimenter est donc la manifestation de l’appréciation du cadeau.
Une différence dans la perception du compliment entre les Nord-Américains et les Français a également permis sa mise en lien avec la politesse (Wieland, Reference Wieland1995: 810). Pour les Nord-Américains, le compliment relève de la politesse positive, ce qui explique la tendance de ceux-ci à l’exprimer de manière explicite, voire légèrement exagérée. Cette fonction s’applique également à la perception du compliment en français (repas et niveau de langue). En revanche, lorsqu’il s’agit de l’apparence ou d’autres sujets, les Français accordent davantage d’importance au respect du territoire de l’autre et attendent en retour que le leur soit préservé. Ce constat est cependant à nuancer. Le positionnement peut s’inverser lorsque la comparaison implique d’autres communautés. À ce propos, Béal signale que « les compliments sur l’apparence sont beaucoup plus fréquents dans les visites entre Français qu’entre Anglo/Australiens » (Reference Béal2010: 197).
Il n’en demeure pas moins qu’au regard des comportements de leurs homologues d’Outre-Atlantique, les compliments en français sont plus implicites et moins enthousiastes et donc, moins menaçants pour la face négative de l’autre. Cette neutralisation de la menace que peut faire peser le compliment sur la face incite d’ailleurs les Français à y répondre en les minimisant, en les attribuant à une autre personne ou encore, à changer de sujet de conversation.
La rareté des compliments sur l’apparence en français a aussi été soulignée par Tran (Reference Tran2019) dans son travail comparé sur les interactions de visite en français et en vietnamien à partir d’échanges authentiques issus, comme le nôtre, du corpus CLAPI (Section 3.1.). Elle a pu identifier trois sujets de compliments : les commentaires sur le site (le lieu d’habitation de l’hôte), sur les objets présents sur le site et sur la personne (visiteur ou hôte). Elle note que ce dernier sujet – sur la personne – est très fréquent dans le corpus vietnamien, mais relève son absence dans le corpus français (Tran, Reference Tran2019: 296). Ce constat s’écarte de celui de Traverso qui signale, dans son étude sur la conversation familière, qu’outre les possessions (objets, appartement), « les compliments concernent massivement l’apparence. » (Reference Traverso1996: 93).
En définitive, dans la littérature existante, la plupart des travaux se sont concentrés sur des corpus d’interactions en situation de visite (Traverso, Reference Traverso1996; Wieland, Reference Wieland1995; Zamouri, Reference Zamouri2016; Traverso et Dimachki, Reference Traverso and Dimachki2017; Tran, Reference Tran2019).
Tout en prenant en compte ce genre d’interactions, le présent article se propose d’élargir les recherches en traitant d’autres contextes d’échanges en situation médiatique, afin de mettre au jour de nouvelles facettes du compliment en français à partir d’une comparaison qui s’inscrit dans une perspective unilingue sur des données récentes.
3. Des données issues d’interactions ordinaires et de programmes télévisés
L’introduction des corpus va conduire à un détour par ce que recouvre, en français, le talk-show et les émissions de divertissement, puis à la mise en regard de ces genres télévisés avec des interactions ordinaires découlant de visites personnelles et d’échanges commerciaux sur la base des attributs qui leur sont spécifiques.
3.1. Nature des données
Les données analysées proviennent de deux corpus appartenant à des situations d’interaction distinctes : l’interaction ordinaire et l’échange médiatique issu d’émissions télévisées de divertissement.
Le premier corpus a été constitué à partir du Corpus de Langue PArlé en Interaction (CLAPI) recueilli par le laboratoire ICAR de l’université Lyon 2. CLAPI est une banque de données multimédia (audio et/ou vidéo) de corpus enregistrés en situation réelle, dans des contextes variés recouvrant des interactions professionnelles, institutionnelles ou privées, commerciales, didactiques, ou encore médicales. Ces enregistrements, largement étudiés (Zamouri, Reference Zamouri2016; Traverso et Dimachki, Reference Traverso and Dimachki2017; Tran, Reference Tran2019), ont été effectués auprès de locuteurs de tous âges, principalement dans la région lyonnaise entre 1980 et 2017 et se composent au total de 60 corpus. Pour notre étude, 11 corpus ont été sélectionnés relevant de deux situations différentes qui correspondent à ces sous-corpus : des visites entre amis lors de dîners ou d’apéritifs (7 corpus) – le sous-corpus « interactions de visite » (IV) – et des interactions commerciales dans une fromagerie, à un salon du livre et à un salon du vin (4 corpus) – le sous-corpus « interactions commerciales » (IC). Ces données ont été recueillies entre 2008 et 2014.
Au total, 45 occurrences de compliments ont été repérées dans ces 11 corpus. La majorité de ces compliments, soit 33, est issue du sous-corpus IV. Les 12 autres cas ont été relevés dans le sous-corpus : IC. La constitution de ce mini-corpus s’est limitée à la sélection de situations susceptibles de contenir des cas de compliments. Elle n’a pas conduit à l’exploration de l’intégralité des données de CLAPI.
Le second corpus est constitué de quatre émissions télévisées : Quotidien, C l’hebdo, Quelle époque et La France a un incroyable talent d’où ont été extraits dix-neuf passages en tout diffusés entre 2020 et 2025. La répartition précise du corpus est reportée dans le tableau qui suit :

Au total, 83 occurrences de compliments ont été relevées dans ces 19 extraits. Dans les analyses, pour rendre compte des personnes qui en sont à l’origine (présentateur/trice, journaliste/animateur, jury ou invité/e), les conventions suivantes ont été adoptées :
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– corpus Quotidien – Présentateur (corpus Q – P) – Invité/e (corpus Q – I)
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– corpus Quelle Epoque – Présentatrice (corpus QE – P) – Invité/e (corpus QE – I)
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– corpus C’l’hebdo – Présentatrice (corpus CH – P) – Invité/e (corpus CH – I) – Journaliste/animateur (corpus CH – A)
-
– corpus La France a un incroyable talent – Jury (corpus FIT – J)
L’approche linguistico-discursive privilégiée constitue la clé d’entrée dans l’ensemble des corpus.
3.2. Pour cerner les émissions télévisées : talk-show et émissions de talent
Les données télévisées proviennent de deux types d’émissions : trois talk-shows et une émission de talent. La distinction entre ces programmes et les choix qui ont dicté leur prise en compte vont être explicités.
Les trois émissions : Quotidien, C l’hebdo et Quelle époque peuvent être qualifiées de talk-show ou, en français, de débat-spectacle télévisé. Selon le Ministère de la culture, ce genre de programme se définit comme une « émission de divertissement consistant en une discussion sur des sujets de société entre un animateur et ses invités ». Dans les trois émissions qualifiées de talk-show, on est en présence d’un dispositif triangulaire qui comprend les participants invités au débat, un animateur et le public récepteur (Soulage et al., Reference Soulages, Charaudeau and Guy2012: 2) qui peut être aussi présent sur le plateau. Les invités sont généralement des personnalités venues échanger sur un objet artistique ou culturel auquel ils ont pris part. Dans le cadre de notre étude, le choix de ce type d’émission se justifie par son caractère promotionnel qui favorise l’émergence de compliments, comme c’est le cas dans des émissions radiophoniques (Traverso, Reference Traverso2000; Boyle, Reference Boyle2000).
Les émissions de talents quant à elles ont également déjà été étudiées sous l’angle du compliment (Lin, Reference Lin2020; Migdadi et al., Reference Migdadi, Badarneh and Qudaisat2024; Xie, Reference Xie2025). Ces émissions à caractère compétitif sont associées aux reality shows. Elles rassemblent généralement un panel de juges composé de célébrités ou de spécialistes d’un domaine artistique, ainsi qu’un groupe de participants. Après chaque prestation, les juges évaluent la performance des candidats : ils leur prodiguent des conseils et leur font des recommandations. Ce type d’émission est donc particulièrement intéressant pour étudier les compliments. Trois extraits de l’émission La France a un incroyable talent ont été retenus. Et si les émissions de talents diffèrent quelque peu des talk-shows, elles ont suffisamment de caractéristiques en commun pour être regroupées au sein du même corpus. Il s’agit en effet de deux formats qui reposent sur une interaction verbale structurée où les rôles des uns et des autres sont bien définis. Dans les deux cas, les prises de parole renferment des dynamiques discursives spécifiques qui génèrent des évaluations, des jugements et des commentaires. Ces comportements constituent un terrain propice à l’analyse du compliment.
3.3. Mise en regard des spécificités des genres à l’étude
Les genres issus d’interactions ordinaires d’une part, d’émissions de talent et de talk-shows – regroupés sous l’étiquette « médiatiques » – d’autre part, présentent certaines spécificités que l’on va examiner plus en détail.
Dans les échanges ordinaires de type conversationnel comme dans le sous-corpus IV, il existe une notion d’égalité et de symétrie entre les participants. Traverso (Reference Traverso2003: 7) parle même de « rupture » à propos de la conversation car les participants « décrochent » momentanément de leurs statuts sociaux pour interagir entre eux en toute égalité.Footnote 3 Par ailleurs, le fonctionnement des tours de parole dans la conversation est « non-prédéterminé, local et immédiat » (Traverso, Reference Traverso2003: 8). Autrement dit, ce genre offre une gamme d’options et d’opportunités d’action qui n’existent pas dans d’autres types d’échanges, notamment institutionnels, où l’on observe des formes récurrentes et systématiques qui structurent et matérialisent le caractère institutionnel de l’interaction (Drew et Heritage, 1992 cités par Traverso, Reference Traverso2003: 8).
Dans les interactions ordinaires du sous-corpus IC, la présence de « parenthèses conversationnelles » à l’écart de la structure institutionnelle de l’échange donne lieu à de véritables séquences dans lesquelles se rencontrent des cas de compliments, d’où l’insertion de ces interactions dans le corpus. À moins que la situation n’entraîne naturellement la formulation de compliments comme mode de réaction à la présentation d’un travail artistique par exemple (cf. infra).
Moins prédéterminé que les échanges institutionnels, l’organisation des tours de parole dans les talk-shows reste néanmoins plus encadrée que dans les interactions ordinaires, le cadre participatif mettant invariablement en présence des invité(e)s et un(e) hôte (animateur/trice). Et pour cause, les échanges sont régulés par un ensemble de règles qui concernent outre « le nombre de participants, la finalité de l’échange, l’identité des partenaires, leurs rôles respectifs, leurs types de positionnement » (Soulage et al., Reference Soulages, Charaudeau and Guy2012: 2). Il arrive cependant que dans les échanges télévisés, les acteurs prennent spontanément la parole. Ils se détachent alors de leurs rôles respectifs et des contraintes du genre. Et s’ils conservent bien leur statut social de célébrité, dans ces conditions, l’échange se rapproche davantage de la conversation (Soulage et al., Reference Soulages, Charaudeau and Guy2012: 18).
Une autre différence concerne le degré d’intimité ou de familiarité à l’oeuvre dans les deux situations. Dans les interactions ordinaires, excepté dans les échanges commerciaux, ce degré est généralement plus élevé que dans les interactions médiatiques où le cadre demeure relativement formel. Ce paramètre distinctif peut avoir une incidence sur le degré d’indexicalité, comme on le verra dans la suite du propos dédié à l’analyse des corpus.
4. Analyse de la formulation du compliment
C’est en partant des configurations plus ou moins figées dégagées par Traverso (Section 2.2.1), à savoir le compliment sur la personne, sur l’apparence du complimenté, sur un objet qu’il détient ou encore, à travers l’expression d’une opinion/d’un sentiment que le corpus d’interactions ordinaires empruntées à CLAPI, a été étudié, afin d’identifier les points de rencontre entre les pratiques observées dans les sous-corpus. En outre, l’examen de la formulation du compliment dans les interactions ordinaires et dans les émissions médiatiques a été réalisé à partir du cadre introduit par Kerbrat-Orecchioni (Reference Kerbrat-Orecchioni1980: 101) pour cerner les modes de réalisation de l’appréciation. La démarche proposée consistera à dégager les différents paramètres présents dans l’énoncé ou dans le contexte, à savoir :
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(1) Qui porte le jugement évaluatif ? Le locuteur ? Un actant du procès ?
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(2) Sur quoi porte l’évaluation ? Sur le procès lui-même ? Sur l’objet du procès ?
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(3) Quelle est la nature du jugement évaluatif ? (bon/mitigé – domaine de l’axiologie) (voir Kerbrat-Orecchioni, Reference Kerbrat-Orecchioni1980: 101)
En d’autres termes, il s’agira de déterminer : qui complimente ? Sur quoi porte le compliment ? Et quelle est la nature du compliment : bon/nuancé ?
4.1. La formulation de l’acte de langage « complimenter » dans des interactions ordinaires issues de CLAPI
Dans le sous-corpus IV, la manifestation de compliments est presque exclusivement à l’initiative des invités qui adressent des paroles louangeuses à leur/s hôte/s essentiellement sur des éléments présents dans l’espace où se déroule la rencontre.
Plus généralement, dans les deux sous-corpus (IV et IC), les données observées montrent que la formulation du compliment correspond principalement à la troisième forme décrite par Traverso (Section 2.2.1), tout en présentant certaines variations. Dans la suite du propos, les configurations les plus fréquentes vont être introduites, ainsi que quelques-unes de leurs variantes.
Donc, dans les sous-corpus IV et IC, le compliment est fréquemment centré sur un objet/un animal possédé par l’interlocuteur et non sur l’interlocuteur lui-même (Forme 3 de Traverso (Reference Traverso1996: 94)). Il en découle une formulation récurrente qui, dans sa composition rejoint l’analyse syntaxique de Tran (Reference Tran2019: 196–197), en ce sens qu’elle se compose d’un pronom de 3ème personne et d’un axiologique positif. Au cours de l’interaction, la situation de communication – à l’apéritif ou autour d’un repas – de même que les éléments para verbaux suffisent à comprendre quel est l’objet de l’appréciation, dans la mesure où des comportements comme le regard (Tran, Reference Tran2019: 192) ou la gestuelle, permettent d’indexer ce dont il est question, et ce faisant, le référent :

Il arrive cependant que soit désigné “après coup” l’objet en question conduisant à des constructions disloquées :

Dans les extraits des sous-corpus, le procédé consiste, dans un premier temps, à effacer le sujet nominal situé en position préverbale, ce qui est tout à fait caractéristique de la syntaxe de l’oral (Blanche-Benveniste, Reference Blanche-Benveniste2010: 81–sq, citée par Gadet, Reference Gadet, Moretti, Kunz, Natale and Krakenberger2019: 49). Il s’ensuit le recours, en post position, à un pronom possessif ou à un pronom démonstratif à valeur déictique suivi du nom de l’objet qui se réfère à l’élément de l’environnement immédiat des participants sur lequel porte le compliment. Ce fonctionnement confirme la tendance à l’oral à recourir à la dislocation (Traverso Reference Traverso1996: 94). Dans les sous-corpus IV et IC, la forme non disloquée (Ton X est + axiologique) apparaît en effet très rarement. Par ailleurs, dans le sous-corpus IV, la propriété de l’adjectif est rehaussée à la faveur d’adverbes intensifs comme très ou vraiment, ou encore, par l’entremise du préfixe super. À moins que ce ne soit trop qui ait cette fonction. Cet adverbe est certes décrit comme la marque d’« une intensité dépassant la norme » (Riegel, Pellat et Rioul, Reference Riegel, Pellat and Rioul1996: 363), mais sa valeur d’excès est, depuis quelques années déjà, souvent délaissée à l’oral au profit de celle de haut degré. C’est d’ailleurs la façon dont Tran qualifie d’emblée ce marqueur (Reference Tran2019: 194). Ainsi, y recourir permet de renforcer la portée de l’axiologique et par voie de conséquence, celle du compliment :

L’extrait 1 rend compte de la façon dont l’échange complimenteur s’étire sur plusieurs tours de parole dans des formes où trop est présent par un phénomène de répétition (dans les tours de MAR) ou de contamination (dans le tour de BEA) comme en écho au tour de MAR qui, dans les échanges, est souvent à l’initiative d’un compliment repris par BEA :
Dans le prolongement de ce cas de figure, les raccourcis privilégiés à l’oral expliquent la présence, dans certains échanges, de tournures sans verbe. Les compliments sont composés de tours co-construits dans lesquels un axiologique positif est accompagné d’un adverbe. Étant donné leur ancrage en situation, le recours à la deixis dans ce type de tournure est récurrent. Et lorsqu’il s’agit d’apporter plus d’emphase encore, l’adverbe peut être redoublé :
Dans l’extrait 2, le degré d’intensité du compliment se mesure à l’aune du nombre de fois où l’adverbe très est émis. Loin des bafouillages analysés par Blanche Benveniste (Reference Blanche Benveniste1987), cette répétition sans pause marque la volonté du locuteur d’amplifier son compliment :

En résumé, les sous-corpus d’interactions ordinaires renferment des tournures dans lesquelles l’acte de langage complimenter porte essentiellement sur un objet (Forme 3 de Traverso). Il est construit, comme l’illustrent les structures (1) à (4) ci-dessous, avec (1) ou sans le verbe « être » à la troisième personne (3) accompagné d’un axiologique positif (1) auquel peut être adjoint un adverbe destiné à densifier le compliment (2). À ces éléments peut être ajouté un possessif ou un démonstratif à valeur déictique suivi du nom se référant à l’objet complimenté (4).
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(1) [il/elle + être + axiologique positif]
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(2) [il/elle + être + intensif + axiologique positif]
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(3) [intensif + axiologique positif]
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(4) [il/elle + être + intensif + axiologique positif + possessif/démonstratif + objet]
Un autre procédé récurrent également introduit par Traverso (Reference Traverso1996: 94) consiste à recourir au présentatif “c’est” suivi d’un axiologique positif :
L’examen du fonctionnement du compliment en situation de communication explique la fréquence de cet emploi de c’est qui est considéré comme un des « patterns préférentiels » de la langue orale (Florea, Reference Florea1988: 95). Plus précisément, dans c’est le pronom c’/ce a un rôle essentiel en discours (ibid. 96). Il a une valeur exophorique en ce sens qu’il renvoie à la situation d’énonciation (Morel, citée par Florea, Reference Florea1988: 96). En d’autres termes, « l’information à retrouver n’est pas dans les paroles échangées mais plutôt dans la situation où elles surviennent » (Goodwin, Reference Goodwin1987: 9). En conséquence, c’/ce est un déictique. Le référent auquel il renvoie est l’objet sur lequel porte le compliment.
Par ailleurs, le présentatif c’est peut entraîner une dislocation à gauche courante à l’oral qui permet la mise en exergue du compliment (joli) préalablement à l’évocation de l’objet concerné (les rideaux et tout)Footnote 4 :
La co-construction des échanges peut aussi entraîner, à la suite de la mention d’un objet de la situation (mon petit chez moi), un enchaînement avec le présentatif c’est accompagné d’un compliment :

Et puis, comme on l’a observé supra, l’ajout d’adverbes intensifs comme très, trop ou vraiment vient renforcer le compliment qui est plus marqué encore lorsque ces adverbes sont redoublés. C’est en particulier le cas en situation réactive. Dans le sous-corpus IC, l’échange a lieu à l’occasion d’un salon du livre. La présentation de son travail par ILL à un éditeur, RAP, donne lieu, de la part de ce dernier, à ce renforcement du compliment par le biais du redoublement de l’adverbe très alors qu’il regarde une des illustrations du “Book” de ILL (ex. 2 supra et ex. 5 infra).

Une déclinaison de cette tournure se rencontre aussi avec le pronom démonstratif à valeur déictique “ça” qui se substitue à l’objet complimenté généralement situé à proximité du complimenteur :

À titre d’illustration, dans l’échange 6, ça en sa qualité de déictique, renvoie à l’objet de la situation d’énonciation sur lequel porte l’évaluation laudative. La transcription ne se suffit pas à elle-même. Seul le contexte permet de remonter à l’élément désigné du regard ou pointé du doigt/ du menton (qui dans l’extrait 6 n’est pas visible, les interlocuteurs étant hors champ) :

Finalement, ce cas de figure rend compte de tournures pleinement ancrées dans la situation d’énonciation ce qui explique l’emploi du présentatif c’est (1 et 2). C’/ce, comme ça (3), contient une valeur déictique.
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(1) [ce + être + axiologique positif]
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(2) [ce + être + intensif + axiologique positif]
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(3) [ce + être + axiologique positif + ça]
Par ailleurs, les formules par lesquelles le locuteur exprime explicitement qu’il aime ou adore un objet possédé par l’interlocuteur, comme le décrit Traverso (1994: 94), n’apparaissent que rarement dans les sous-corpus. On y rencontre plutôt des compliments qui se présentent dans des formes exclamatives témoignant d’un certain enthousiasme vis-à-vis de l’objet concerné. Cet engouement peut être signalé par l’emploi d’onomatopées (ex. 7 et 8 – waouh) ou de formules ramassées où la syntaxe est bousculée (ex. 8 – carrément les bottes) :


MAR regarde la table qui a été préparée par ELI.

En ce cas, le compliment s’exprime dans des interjections (1) qui partagent avec les phrases sans verbes (2) « leur caractère affectif et souvent exclamatif, ainsi que le nécessaire recours au contexte pour leur explication. » (Barberis, Reference Barberis1992: 53). De ce fait, ce genre de tournures rencontrées dans le sous-corpus IV véhicule des compliments qui, une fois encore, sont étroitement liés aux paramètres de la situation de communication.
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(1) [onomatopée (waouh)]
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(2) [formules ramassées/phrases sans verbes]
En définitive, les formes d’expression de l’acte de parole complimenter qui viennent d’être observées rejoignent celles dégagées par Traverso. Et si, dans le corpus d’interactions ordinaires, c’est plus spécifiquement la forme 3 qui est privilégiée, soit les cas où le compliment porte sur un objet possédé par le complimenté (tu as +…), les stratégies relevées peuvent s’appuyer sur l’environnement immédiat des partenaires interactifs et entraîner le recours à des déictiques situationnelles. À moins que ce ne soit un renforcement du compliment par un redoublement d’adverbes ou l’emploi d’onomatopées qui soit privilégié.
Intensifier un compliment va dans le sens du principe selon lequel les actes constituant des anti-menaces pour les faces sont volontiers accentués (Kerbrat-Orecchioni Reference Kerbrat-Orecchioni1992 : 227–228). Il s’agit de manifester de l’attention à son hôte/hôtesse en lui faisant plaisir. Qu’il porte sur la personne de l’allocutaire, sur des objets en sa possession ou sur ses choix décoratifs, le compliment participe à la valorisation de la face positive de l’allocutaire qui peut l’ignorer (ex. 7) ou le minimiser (ex. 8).
À la lumière de ces constats, le corpus médiatique va être examiné, afin de dégager dans quelle mesure les formulations employées rejoignent celles qui viennent d’être relevées.
4.2. Mise en regard des formulations privilégiées dans les interactions ordinaires et médiatiques
Dans le prolongement de l’analyse des tournures privilégiées dans les interactions ordinaires, l’observation de la formulation du compliment dans des émissions médiatiques l’a été sous les deux angles précisés supra : sur la base des quatre formes identifiées par Traverso (Section 2.1) et à partir du cadre proposé par Kerbrat-Orecchioni (Reference Kerbrat-Orecchioni1980: 101) pour cerner les modes de réalisation de l’appréciation (Section 3).
Dans les émissions télévisées de type talk-show, les personnes à l’origine de la distribution des compliments sont le/la journaliste qui anime l’émission (45%) ou les invités (55%). Cette division ne s’applique pas dans le cas de La France a un Incroyable Talent puisque seuls les membres du jury donnent leur avis sur le spectacle présenté.
Par ailleurs, les objets sur lesquels porte le compliment sont différents selon les interactions concernées (ordinaires ou médiatiques), en raison des enjeux et du contexte dans lequel se réalisent les échanges. En situation médiatique, les interactions ont un but promotionnel et leur déroulement est fortement marqué par le rythme de la rencontre dont la durée est limitée. Ainsi, dans les interactions ordinaires les compliments concernent principalement un objet présent sur le site, alors que dans le corpus média, ils portent centralement sur l’objet de la promotion (film, pièce, spectacle, exploit, etc.) ou sur des aspects qui lui sont associés (bande annonce, jeu d’acteur, carrière, physique de l’invité, etc.). Le compliment est également orienté sur la prestation des candidats comme c’est le cas dans l’émission La France a un Incroyable Talent.
4.2.1. Des configurations en écho à celles de l’interaction ordinaire
Dans un premier temps, la mise en comparaison des pratiques privilégiées dans les corpus à l’étude a permis de dégager la permanence de certains comportements dans l’expression du compliment en français. À l’instar des comportements relevés dans les interactions ordinaires, on observe dans le corpus média une prédominance de la forme 3 décrite par Traverso, ainsi que des structures similaires à celles relevées dans les échanges quotidiens (cf. Section 4.1 et récapitulatif ci-dessous). Seuls font exception les structures fortement ancrées dans le contexte situationnel ([intensif + axiologique positif]) et le geste qui consiste à référer à un objet de l’environnement en le pointant à l’aide du déictique ça ([ce + être + axiologique positif + ça]). Ce dernier procédé apparaît peu adapté en contexte médiatique où les différents plans filmés privilégient un cadrage sur les invité/e/s et le/la présentateur/trice et non sur des éléments présents sur le plateau. Par ailleurs, cette absence de pointage est également imputable à la dynamique de l’échange : alors que dans les interactions ordinaires, la co-construction du propos peut conduire à omettre le référent, cette logique se retrouve atténuée dans le contexte médiatique. Cette remarque fait écho aux constats de Boyle à propos des entretiens radiophoniques qui sont peu indexicaux (Reference Boyle2000).
Plus concrètement, dans les deux corpus, l’insistance dans l’expression du compliment a pu s’observer dans l’emploi des intensifs. Cependant, alors que dans le corpus média les formes très et vraiment apparaissent, trop – dans sa valeur récente de haut degré – n’a été relevé qu’une seule fois (« il est trop génial », corpus Q – I). Cette rareté s’explique peut-être par le profil générationnel des invités moins familiers de cet emploi que la jeune génération et par le caractère formel du dispositif télévisuel.
Un autre point commun entre les deux corpus concerne les cas de redoublement des intensifs. Cependant, des spécificités ont été relevées dans les émissions de talent où l’on observe une démultiplication de ces formes émises avec une intensité vocale forte (ex. 9 et 10). De plus, certains termes non axiologiques en langue comme grand peuvent, en discours, acquérir une valeur évaluative comme l’illustre l’exemple 11.

4.2.2. Différences entre les deux corpus dans la formulation du compliment
Si la forme 3 (Tu as + axiologique + X) (Section 2.2.1), domine dans les interactions ordinaires et dans les interactions télévisées, d’autres formes apparaissent dans le corpus média. Ainsi, la forme 1 (tu es + axiologique positif), quasi absente des sous-corpus CLAPI, y est attestée :

Ces compliments peuvent être adressés directement à l’interlocuteur (ex. 12 à 14 supra) ou apparaître sous une forme indirecte, par le biais de la troisième personne utilisée pour désigner une personne présente dans le contexte situationnel :

Cet usage d’un pronom de troisième personne pour adresser un compliment à une personne présente est spécifique du genre médiatique. Contrairement à la définition du compliment censé être centré sur la personne de l’interlocuteur (Traverso Reference Traverso1996: 89), on constate qu’il peut être adressé, comme dans les exemples 15 à 17, à un autre destinataire (le présentateur, les autres invités ou le public). Le compliment est ainsi indirectement destiné à l’interlocuteur. Sur un plateau télévisé, le caractère tripartite des échanges conduit le locuteur à élargir son adresse à l’auditoire sans la limiter au seul interlocuteur direct. Ce procédé, lorsqu’il est employé par le présentateur, peut également avoir pour effet d’inviter le public ou les autres invités à réagir comme dans l’exemple 18 où le compliment de la présentatrice à l’endroit de Gad Elmaleh est confirmé par l’actrice Audrey Fleurot :

Quant à la configuration [j’aime bien (ton X)], elle n’est pas, selon Traverso (Reference Traverso1996: 94), à considérer systématiquement comme un compliment. Pour l’auteure, cette formulation tend à apparaître de façon réactive, généralement après une réponse à un compliment pour en contester la sincérité ou marquer son désaccord (ibid.). Ce constat s’écarte des observations faites dans le corpus média où ce genre de compliment se rencontre en position initiale :

Dans ces exemples 19 et 20 extraits de talk-shows, le compliment porte sur la personne de l’invité (ex. 19) ou les attributs du présentateur (Timothée Chalamet s’adresse au présentateur, Yann Barthès). Il en va différemment dans les émissions de talent où c’est surtout la performance qui fait l’objet de compliments :
4.2.3. Le recours à l’emphase, à des axiologiques très positifs et aux bravos
Un autre trait spécifique des talk-shows concerne certaines formes d’insistance dans l’expression du compliment. L’examen du corpus média a en effet montré la présence de formulations qui se réalisent dans la mobilisation d’axiologiques porteurs d’un degré d’intensité particulièrement élevé et dans l’emploi de procédés emphatiques assez significatifs.
Ainsi, pour mettre en valeur son compliment, le locuteur peut recourir à des adjectifs ou à des termes laudatifs prononcés de telle façon que chaque syllabe qui compose ce mot, est détachée :
Ce phénomène d’amplification du compliment apparaît également à travers le recours à une intonation élevée sur certains morphèmes :

Un autre trait distinctif du corpus média est la présence de compliments composés d’axiologiques à haut degré laudatif comme génial, formidable, brillante, prodigieux. À ces choix s’ajoutent des tournures louangeuses qui sont, elles aussi, densément chargées. C’est le cas de l’exemple 26 où deux adverbes se suivent, l’un venant renforcer l’autre :
Par ailleurs, les applaudissements – sans doute initiés par des chauffeurs de salles – et les bravos sont également caractéristiques du corpus médias :

À ce propos, si les compliments adressés aux invités présents sur le plateau sont majoritairement formulés par d’autres invités, les « bravos » qui entraînent des applaudissements le sont uniquement à l’initiative des présentateurs (extraits 27 à 29). Et pour cause, c’est à eux seuls que revient la gestion du public. Car « ce ne sont pas, en général, des individus qui applaudissent, mais un public. » (Victoroff, Reference Victoroff1955–56: 132). C’est là un trait distinctif des conduites des médias qui usent de l’interjection bravo pour féliciter et susciter des applaudissements.
L’hyperbolisation des compliments dans les talk-shows, qu’elle passe par des moyens verbaux, para-verbaux ou extra-verbaux, peut être comprise comme une stratégie de gestion des faces. Elle contribue à renforcer la face positive de l’invité en le valorisant devant l’audience, tout en suscitant la participation du public (applaudissements). Ces procédés donnent ainsi au compliment une portée interactionnelle particulière, qui dépasse le simple énoncé d’une appréciation.
4.2.4. Un enchaînement de compliments
Une autre spécificité observée dans les talk-shows est l’enchaînement de compliments à l’initiative du présentateur ou de l’animateur, qui survient souvent pour mettre en valeur l’invité. C’est le cas dans l’exemple 30 où la présentatrice, Aurélie Casse, souligne à la fois le talent d’actrice et le physique de Hafsia Herzi :

Dans cet extrait, les six compliments successifs adressés à l’actrice semblent destinés à la faire réagir. Leur caractère peu spontané laisse supposer qu’ils ont été préparés à l’avance, comme celui qui compare l’invitée à la Joconde. Ce type de procédé peut être perçu comme une stratégie caractéristique des talk-shows. Il s’agit de provoquer des réactions de la part de l’invitée. En réponse au compliment reçu, un simple merci ne saurait suffire dans ce genre d’émission : ce comportement mettrait fin à la séquence. C’est pourquoi la courte réponse de l’actrice, marquée non verbalement par des signes de modestie et d’embarras (regard baissé, léger retrait corporel), est suivie d’une question de la journaliste qui, dans un autre contexte, pourrait paraître inattendue (« est-ce que vous avez un regard qu’est \ qu’est très énigmatique \ qu’est même hypnotique \ »). Cette relance, en lien direct avec le compliment initial, invite H. Herzi à développer et à s’exprimer sur l’attribut valorisé. Les rires que provoque la réponse de celle-ci, qui entre dans le jeu en atténuant le compliment et en évoquant un souvenir d’enfance, confirment que l’objectif de divertissement est atteint.
À la différence des pratiques privilégiées dans les interactions ordinaires, dans les talk-shows, le compliment sert moins à valoriser la face qu’à favoriser la dynamique interactionnelle, afin de maintenir l’intérêt du public.
Un autre phénomène à relever dans cet extrait est que le compliment peut prendre différentes formes : la forme 1 (« vous êtes mystérieuse ») et la forme 3 (« vous avez un regard qu’est \ qu’est très énigmatique »), mais aussi un compliment par comparaison (« vous me faites penser à la Joconde ») qui correspond, selon Boyle (Reference Boyle2000), à une forme indirecte de compliment. Ce procédé apparaît également dans l’extrait 31 où Denis Podalydès est comparé à de la porcelaine de Limoges et à la saucisse de Morteau :

Dans cet extrait, le caractère prémédité des compliments se dégage de l’attitude du présentateur qui lit la liste des réalisations professionnelles de Denis Podalydès, avant d’introduire des comparaisons à caractère plus ou moins douteux. Mais comme on l’a souligné, la provocation est un moyen d’interpeller l’invité. Et l’on voit comment la comparaison peut donner lieu à la formulation de compliments plus ou moins mitigés. Si la première comparaison, accueillie avec étonnement par Podalydès est positive, la seconde, que le journaliste lui-même met en cause, constitue une menace pour sa face. Le procédé semble délibérément provocateur. Mais Podalydès neutralise l’effet recherché en répondant que la saucisse de Morteau a, pour lui, une valeur positive (« ça m’plaît bien […] »). Et l’on voit comment la démarche est liée, comme dans l’extrait 30, à un fonctionnement spécifique du compliment qui, dans les talk-shows, visent à faire réagir l’invité/e.
C’est aussi le cas lorsque des locuteurs extérieurs, présentés à l’image lors de la diffusion d’un reportageFootnote 5 , ne sont pas en interaction directe avec la personne complimentée. Dans un extrait de C l’hebdo (2022), une interviewée déclare, au sujet de l’invité, Denis Podalydès : il a un joli nez \ oui \ oui \ enfin c’est pas Robert Redford mais: il est pas mal \. Dans cet énoncé, on observe un mouvement de balancier. Le compliment porte d’abord sur un micro aspect physique de l’acteur, son nez, puis un plan plus large est effectué qui conduit à une comparaison par la négative sur son apparence au regard de celle d’un acteur réputé pour son charme. Enfin, une mise en opposition, portée par mais, vient nuancer le propos tout juste avancé sans pour autant que le compliment exprimé ne soit vraiment positif (mais: il est pas mal \).
Ce cas de figure est rare, car c’est essentiellement dans des structures comportant un axiologique positif accompagné ou non d’un intensif que le compliment se réalise dans les données analysées.
5. Conclusion
Au terme de ces analyses, l’examen du compliment dans des interactions ordinaires et dans des émissions médiatiques de divertissement appelle plusieurs constats qui portent sur la structure et sur la spécificité des formes de réalisation de cet acte selon les genres étudiés.
Et d’abord, dans les interactions ordinaires une certaine flexibilité syntaxique dans la manière dont les locuteurs formulent leurs compliments a été observée. Plus précisément, on a constaté la préférence accordée à des énoncés spécifiques de l’oral en situation, composés de déictiques situationnels « ce »/« ça », d’onomatopées, de formes disloquées ou de structures elliptiques. Le relevé de l’intensif « trop », dans la valeur de haut degré qu’il a acquise au cours de ces dernières années, a aussi permis de mettre au jour l’évolution des comportements.
Partant de ces constats, la mise en comparaison des interactions à l’étude a permis de faire apparaître qu’une des principales différences entre elles résidait dans la place occupée par les embrayeurs. Dans les conversations informelles (sous-corpus IV), les compliments sont fortement ancrés dans le cadre situationnel. Ils s’appuient fréquemment sur des éléments visuels partagés (« c’est sympa, ça ! ») et possèdent un degré d’indexicalité élevé à la différence de ceux rencontrés dans les interactions télévisées. Ce constat va dans le sens de Boyle dont l’étude comparée porte sur des émissions de radio et des échanges familiaux (Reference Boyle2000). Cette absence de déictiques dans les émissions télévisées serait imputable à une polarisation plus élevée des compliments sur la personne et sur sa performance que sur les objets du décor, à la différence de ce qui se passe dans les interactions ordinaires.
L’examen des talk-shows et des émissions de talent a aussi permis de mettre en évidence la présence d’une plus grande variété de formes de compliments que dans les interactions ordinaires où la forme 3 prédomine. Ainsi, dans les talk-shows, lorsqu’ils sont formulés par le présentateur, les compliments peuvent jouer un rôle stratégique, à savoir servir de prétexte en vue de faire réagir l’invité. En ce cas, plusieurs formes de compliments, à la spontanéité discutable, car pouvant avoir été préparées à l’avance, se succèdent. Il s’agit de répondre à l’objectif principal de l’émission : divertir.
Un autre phénomène de distinction entre les corpus concerne la densité des compliments. Dans les talk-shows et les émissions de talent, l’usage des axiologiques à haut degré laudatif (« incroyable », « formidable »), l’emploi de tournures louangeuses (répétition ou succession d’adverbes) et le recours à des compliments associés à des félicitations ou à des applaudissements renforcent la fonction de l’acte de langage complimenter. Il en va différemment dans les interactions ordinaires où les axiologiques ont une épaisseur sémantique moins éclatante et où les compliments sont plus souvent liés à des objets qu’aux personnes elles-mêmes et à leurs performances.
Un autre trait spécifique des émissions télévisées est la mise en valeur d’un élément porteur de compliment à travers une intonation emphatique. Ces variations intonatives accentuées soulignent un enthousiasme débordant ou de l’admiration exagérée. Ainsi, un des moyens privilégiés consiste à recourir à l’accentuation de certaines syllabes ou à une amplification de la voix concomitamment au détachement des syllabes de certains termes clés (« MA-GNI-FIQUE »). Ce procédé s’observe en particulier dans les émissions de talent. Ce genre d’exagération de l’intonation par les juges semble destiné à maximiser l’impact de leur évaluation. L’amplification des signaux para-verbaux et extra-verbaux ne contribue-t-elle pas à créer un effet spectaculaire en accord avec la dynamique promotionnelle et divertissante des émissions de talk-show et de talent ?
Ces observations rendent compte de la diversité des formes que peuvent prendre les compliments et de leur adaptation aux contraintes propres à chaque type d’interactions.
Les interactions ordinaires privilégient un ancrage situationnel et une certaine spontanéité, alors que les émissions télévisées tendent à intensifier l’expression des compliments, leur objectif étant de capter l’attention du plus grand nombre par la mise en spectacle des échanges.
Finalement, les questions que pose l’étude invite à de nouveaux développements notamment sur la valeur implicite vs explicite du compliment. Dans l’extrait : « on s’croirait dans un dîner presque parfait »Footnote 6 (CLAPI-olives), la portée culturelle de l’énoncé invite à s’interroger sur la façon dont ce type de compliment pourrait être interprété en contexte de français langue étrangère (FLE). Mais à ce stade, si les données du corpus d’interactions ordinaires demanderaient à être étoffées par l’ajout de situations de communication plus variées, les résultats obtenus peuvent déjà permettre aux enseignants de sensibiliser à l’approche des rituels de politesse en présentant les caractéristiques syntaxiques de l’oral à travers le traitement du compliment en situation dans son lien avec différents genres de discours.
Par ailleurs, l’étude a mis en évidence le rôle des paramètres para-verbaux et extra-verbaux dans la réalisation du compliment. Ces résultats soulignent l’importance d’une approche centrée sur la multimodalité, indispensable pour appréhender pleinement cet acte dans toute sa diversité. Et dans le prolongement de la démarche, la prise en compte de facteurs sociolinguistiques devrait permettre de mesurer l’impact de ces derniers sur le mode d’expression du compliment. En fonction de l’âge, du genre du complimenté et de son statut, nul doute que des spécificités dans les pratiques à l’oeuvre sont encore à déceler.
