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Published online by Cambridge University Press: 22 August 2025
La domestication des animaux est aujourd’hui au cœur d’un vaste débat à la croisée des sciences naturelles et des sciences sociales. Ce dialogue ne date pas d’hier : le présent article se propose d’en retracer l’histoire au xixe siècle, au moment de l’introduction du concept de « domestication » dans la langue française. La familiarisation des animaux avec l’être humain devient alors un enjeu scientifique et moral de premier plan : autour de cette question se soudent thèses zoologiques et théories anthropologiques, mais aussi aspirations utopiques et programmes impériaux. Envisagée comme une preuve décisive de la variabilité des espèces, la domestication vient étayer l’hypothèse monogéniste attribuant la diversité morphologique humaine au déplacement des peuples (et de leurs animaux) à travers le globe. Si elle aide à tracer l’histoire naturelle de l’homme, elle a une place également à l’intérieur d’une histoire morale de l’humanité : à différents stades de la civilisation correspondent diverses formes d’appropriation des animaux, allant de la prédation au pastoralisme, jusqu’à l’élevage. L’association entre domestication et civilisation ne se limite pas au passé : puisqu’elle s’appuie sur la manipulation des mœurs et des instincts des animaux, la domestication est envisagée comme une forme de pouvoir doux, qui passe par la sollicitation de la collaboration volontaire des bêtes. Une utopie de la domination pacifique de la nature s’en dégage. La domestication des animaux suscite aussi bien l’intérêt des naturalistes que des théoriciens du social, qui y découvrent un nœud essentiel de l’articulation entre ordre naturel et ordre social. L’article étudie ces débats à l’arrière-plan des transformations politiques et des impulsions coloniales de leur temps qui, au mitan du xixe siècle, font de la domestication de nouvelles espèces une utopie tout à fait concrète.
The domestication of animals is today the subject of a broad debate at the intersection of the natural sciences and the social sciences. This dialogue, however, is far from new: the present article aims to trace its history in the nineteenth century, when the concept of “domestication” was first introduced into the French language. At that time, the familiarization of animals with humans emerged as a major scientific and moral concern. Zoological theses and anthropological theories converged around this issue, as did utopian visions and imperial agendas. Domestication came to be understood as decisive evidence of species variability, reinforcing the monogenist hypothesis that attributed human morphological diversity to the migration of peoples (and their animals) across the globe. As well as contributing to the formulation of a natural history of humankind, the concept played a central role in a moral history of humanity: different stages of civilization were associated with specific modes of animal appropriation, ranging from predation to pastoralism and animal husbandry. But the link between domestication and civilization was not confined to the study of the past. Rooted in the manipulation of animal instincts and behaviors, domestication was conceived as a form of soft power, relying on the voluntary cooperation of animals. It thus gave rise to a utopian vision of peaceful domination over nature. For both naturalists and social theorists, the domestication of animals represented a crucial nexus between natural and social order. The present article explores these debates within the broader context of the political transformations and colonial ambitions of the time, which by the mid-nineteenth century had made the domestication of new species a very concrete utopia.
Je tiens à remercier la rédaction des Annales ainsi que les relecteurs anonymes pour leurs remarques, qui ont permis d’améliorer substantiellement cet article. Les recherches ayant abouti à ce travail ont été menées dans le cadre d’un projet Marie Skłodowska-Curie Actions, que j’ai eu l’opportunité de conduire au Centre de recherches historiques (CRH-EHESS). Au cours de cette période, j’ai bénéficié des conseils de nombreuses personnes, parmi lesquelles je souhaite remercier tout particulièrement Silvia Sebastiani, Antonella Romano, Pietro Corsi, Claude Blanckaert, Catherine König-Pralong, Florence Burgat, Pierre Serna, Jean-Luc Chappey, Julien Vincent, Pierre-Olivier Dittmar, Jean-Baptiste Eczet, Rémi Hadad, Malik Mellah, Daniele Valisena, Andrea Lanza, Oliver Hochadel, Andrea Angelini et les membres du groupe d’études sur les historiographies modernes (GEHM) du CRH.
1. Lucien Febvre, « Civilisation. Évolution d’un mot et d’un groupe d’idées », in L. Febvre et al., Civilisation. Le mot et l’idée, Paris, La Renaissance du livre, 1930, p. 1-56, ici p. 1.
2. Jennifer Jacquet et al., « The Case Against Octopus Farming », Issues in Science and Technology, 35-2, 2019, p. 37-44.
3. Peter Godfrey-Smith, Le prince des profondeurs. L’intelligence exceptionnelle des poulpes, trad. par S. Lem, Paris, Flammarion, [2016] 2018 ; Vinciane Despret, Autobiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipation, Arles, Actes Sud, 2021 ; voir aussi le film documentaire sud-africain de Pippa Ehrlich et James Reed, La sagesse de la pieuvre, 2020, Netflix.
4. L’autorisation de commercialisation du « petit ver de farine » remonte à début janvier 2023 : « Commission Implementing Regulation (EU) 2023/58 of 5 January 2023 authorising the placing on the market of the frozen, paste, dried and powder forms of Alphitobius diaperinus larvae (lesser mealworm) as a novel food and amending Implementing Regulation (EU) 2017/2470 (Text with EEA relevance) », C/2023/20, Official Journal of the European Union, L 5, 6/1/2023, p. 10-15. Voir Simone Mancini et al., « Exploring the Future of Edible Insects in Europe », Foods, 11-3, 2022, https://doi.org/10.3390/foods11030455.
5. Melinda A. Zeder, « Central Questions in the Domestication of Plants and Animals », Evolutionary Anthropology, 15-3, 2006, p. 105-117.
6. Dmitri K. Belyaev, « Domestication of Animals », Science Journal (UK), 5, 1969, p. 47-52.
7. Expression forgée par Karl Hammer, « Das Domestikationssyndrom », Die Kulturpflanze, 32, 1984, p. 11-34. En dépit de sa popularité, l’hypothèse d’un « syndrome de domestication » ne cesse d’être contestée. Voir à ce propos Kathryn A. Lord et al., « The History of Farm Foxes Undermines the Animal Domestication Syndrome », Trends in Ecology & Evolution, 35-2, 2020, p. 125-136.
8. Stephen Budiansky, The Covenant of the Wild: Why Animals Chose Domestication, New Haven, Yale University Press, 1999. Il ne sera pas inutile de rappeler que le concept de néoténie a longtemps servi de marqueur de l’exceptionnalité humaine, notamment chez les penseurs de l’anthropologie philosophique tels que Helmuth Plessner et Arnold Gehlen.
9. Brian Hare, Victoria Wobber et Richard W. Wrangham, « The Self-Domestication Hypothesis: Evolution of Bonobo Psychology Is Due to Selection Against Aggression », Animal Behaviour, 83-3, 2012, p. 573-585.
10. Lorenzo Del Savio et Matteo Mameli, « Human Domestication and the Roles of Human Agency in Human Evolution », History and Philosophy of the Life Sciences, 42-2, 21, 2020, https://doi.org/10.1007/s40656-020-00315-0 ; Valérie Chansigaud, Histoire de la domestication animale, Paris, Delachaux et Niestlé, 2020, p. 284-289.
11. Peter J. Wilson, The Domestication of the Human Species, New Haven, Yale University Press, 1989 ; Helmut Hemmer, Domestication: The Decline of Environmental Appreciation, Cambridge, Cambridge University Press, 1990 ; Peter Sloterdijk, Règles pour le parc humain, trad. par O. Mannoni, Paris, Mille et une nuits, [1999] 2000.
12. Brian Hare et Vanessa Woods, Survival of the Friendliest: Understanding Our Origins and Rediscovering Our Common Humanity, New York, Random House, 2020.
13. Richard W. Wrangham, The Goodness Paradox: The Strange Relationship Between Virtue and Violence in Human Evolution, New York, Random House, 2019. Voir également à ce propos les réflexions de Konrad Lorenz, L’agression. Une histoire naturelle du mal, trad. par V. Fritsch, Paris, Flammarion, [1963] 1977.
14. Melinda A. Zeder, « Pathways to Animal Domestication », in P. Gepts et al. (dir.), Biodiversity in Agriculture: Domestication, Evolution, and Sustainability, Cambridge, Cambridge University Press, 2012, p. 227-259.
15. Ead., « Domestication as a Model System for Niche Construction Theory », Evolutionary Ecology, 30, 2016, p. 325-348.
16. Helen M. Leach, « Selection and the Unforeseen Consequences of Domestication », in R. Cassidy et M. Mullin (dir.), Where the Wild Things Are Now: Domestication Reconsidered, Londres, Routledge, 2007, p. 71-99 ; ead., « Human Domestication Reconsidered », Current Anthropology, 44-3, 2003, p. 349-368.
17. Voir le récent débat paru dans la revue Trends in Ecology & Evolution à propos du rôle du contrôle humain dans le processus de domestication entre Michael D. Purugganan et Charles R. Clement (37-8 et 37-10, 2022).
18. Mary Midgley, Animals and Why They Matter: A Journey Around the Species Barrier, Athens, University of Georgia Press, 1983 ; Donna J. Haraway, The Companion Species Manifesto: Dogs, People, and Significant Otherness, Chicago, Prickly Paradigm Press, 2003 ; Dominique Lestel, « Les communautés hybrides », Sciences Humaines, 194-6, 2008, p. 8.
19. Jérôme Michalon, Antoine Doré et Chloé Mondémé, « Une sociologie avec les animaux : faut-il changer de sociologie pour étudier les relations humains/animaux ? », SociologieS, 2016, https://doi.org/10.4000/sociologies.5329.
20. Clément Birouste et al. (dir.), Coexister avec les animaux. Une histoire des communautés hybrides, Préhistoire- xxi e siècle, Valenciennes, PUV, 2025.
21. Charles Stépanoff et Jean-Denis Vigne (dir.), Hybrid Communities: Biosocial Approaches to Domestication and Other Trans-Species Relationships, Londres, Routledge, 2018, p. 7-8.
22. Charles Stépanoff, Attachements. Enquête sur nos liens au-delà de l’humain, Paris, La Découverte, 2024.
23. Pour une critique de ce paradigme, voir Claude Blanckaert, Vincent Bourdeau et Arnaud Macé, « Un autre regard sur l’histoire des sciences humaines. Entretien avec Claude Blanckaert sur le naturalisme de la pensée sociale au xix e siècle », in V. Bourdeau et A. Macé (dir.), La nature du socialisme. Pensée sociale et conceptions de la nature au xix e siècle, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2017, p. 27-59.
24. Pour une critique des projections de la modernité sur le Néolithique, voir Rémi Hadad, « Inactualités de la révolution néolithique. Rousseau, l’Anthropocène et les nouveaux riches de la préhistoire », L’Homme, 234/235, 2020, p. 291-318.
25. « Le berceau de la domestication n’est pas le Proche-Orient néolithique, mais le Jardin d’acclimatation du bois de Boulogne de Napoléon III » (C. Stépanoff, Attachements, op. cit., p. 311).
26. Bernard Denis, « La domestication : un concept devenu pluriel », INRAE Productions Animales, 17-3, 2004, p. 161-166.
27. Juliet Clutton-Brock (dir.), The Walking Larder: Patterns of Domestication, Pastoralism and Predation, Londres, Unwin Hyman, 1989 ; Raymond Coppinger et Lorna Coppinger, Dogs: A New Understanding of Canine Origin, Behavior and Evolution, Chicago, The University of Chicago Press, 2002 ; Arkadiusz Marciniak, Placing Animals in the Neolithic: Social Zooarchaeology of Prehistoric Farming Communities, New York, Routledge, 2005 ; Nerissa Russell, Social Zooarchaeology: Humans and Animals in Prehistory, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.
28. Vere Gordon Childe, Man Makes Himself, Londres, Watts & Co, 1936 ; voir également Frederick E. Zeuner, A History of Domesticated Animals, New York, Harper & Row, 1963. Aujourd’hui, le caractère de rupture radicale et soudaine associé au concept de « révolution néolithique » n’est plus considéré comme valable, motif pour lequel on préfère parler de néolithisation ; voir Jean-Paul Demoule (dir.), La révolution néolithique dans le monde, Paris, CNRS Éditions, 2010.
29. Jacques Cauvin, Naissance des divinités, naissance de l’agriculture. La révolution des symboles au Néolithique, Paris, CNRS Éditions, 1994. Voir aussi l’hommage à J. Cauvin : Pierre Bonte et al. (dir.), no spécial « Domestications animales : dimensions sociales et symboliques. Hommages à Jacques Cauvin, Villeurbanne, 21-23 novembre 2002 », Anthropozoologica, 39-1, 2004.
30. André Leroi-Gourhan, « Note sur l’étude historique des animaux domestiques », in Collectif, Livre jubilaire offert à Maurice Zimmermann, Lyon, Audin, 1949, p. 379-388 ; André G. Haudricourt, « Domestication des animaux, culture des plantes et traitement d’autrui », L’Homme, 2-1, 1962, p. 40-50 ; Tim Ingold, Hunters, Pastoralists, and Ranchers: Reindeer Economies and Their Transformations, Cambridge, Cambridge University Press, 1980 ; Jean-Pierre Digard, L’homme et les animaux domestiques. Anthropologie d’une passion, Paris, Fayard, 1990.
31. Philippe Descola, La nature domestique. Symbolisme et praxis dans l’écologie des Achuar, Paris, Éd. de la MSH, 1986 ; Colloque « Un ‘tournant animaliste’ en anthropologie ? An ‘Animal Turn’ in Anthropology? », Paris, Fondation A. et P. Sommer, Collège de France, 22-24 juin 2011.
32. Paul Shepard, Coming Home to the Pleistocene, Washington, Island Press/Shearwater Books, 1998 ; Jared Diamond, Guns, Germs and Steel: The Fates of Human Society, New York, W. W. Norton, 1997 ; et plus récemment James C. Scott, Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États, trad. par M. Saint-Upéry, Paris, La Découverte, [2017] 2019, œuvre qui a suscité un vaste débat, dont on peut avoir un échantillon dans le symposium qui lui a été consacré par le Cambridge Archaeological Journal, 29-4, 2019.
33. Voir notamment la thèse de l’« anthropocène précoce » qui fait remonter l’augmentation anthropique de la concentration de gaz à effet serre dans l’atmosphère directement aux origines néolithiques de l’agriculture et de l’élevage (William F. Ruddiman, « The Anthropogenic Greenhouse Era Began Thousands of Years Ago », Climatic Change, 61-3, 2003, p. 261-293). Voir également Bruce D. Smith, Melinda A. Zeder, « The Onset of the Anthropocene », Anthropocene, 4, 2013, p. 8-13.
34. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Essais de zoologie générale, ou Mémoires et notices sur la zoologie générale, l’anthropologie, et l’histoire de la science, Paris, Librairie Encyclopédique de Roret, 1841, p. 263.
35. Friedrich Engels, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, trad. par Bracke, Paris, A. Costes, [1884] 1936.
36. Jared Diamond, « The Worst Mistake in the History of the Human Race », Discover Magazine, 95-98, 1987, p. 64-66.
37. Gabriel Tarde, La logique sociale, Paris, Félix Alcan, 1895, p. 145.
38. Émile Benveniste, « Civilisation. Contribution à l’histoire du mot » [1954], in Problèmes de linguistique générale, vol. 1, Paris, Gallimard, 1966, p. 336-345, ici p. 336.
39. Même s’ils ne sont pas directement consacrés au concept de domestication, certains travaux contribuent à en retracer l’histoire : Claude Blanckaert, « Les animaux ‘utiles’ chez Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. La mission sociale de la zootechnie », Revue de synthèse, 113-3/4, 1992, p. 347-382 ; Harriet Ritvo, « At the Edge of the Garden: Nature and Domestication in Eighteenth- and Nineteenth-Century Britain », Huntington Library Quarterly, 55-3, 1992, p. 363-378 ; Éric Baratay, « Un instrument symbolique de la domestication : le jardin zoologique aux xix e-xx e siècles (L’exemple du parc de la Tête d’Or à Lyon) », Cahiers d’histoire, 42-3/4, 1997, https://doi.org/10.4000/ch.314 ; Ceri Crossley, Consumable Metaphors: Attitudes Towards Animals and Vegetarianism in Nineteenth-Century France, Oxford, Peter Lang, 2005, p. 79-97 ; Dorothee Brantz, « Domestication of Empire: Human-Animal Relations at the Intersection of Civilisation and Acclimatisation in the Nineteenth Century », in K. Kete (dir.), A Cultural History of Animals in the Age of Empire, Oxford, Berg, 2007, p. 73-93 ; Fabrice Brandli, « Domestication (xviii e-xx e siècle) », in I. Poutrin et É. Lusset (dir.), Dictionnaire du fouet et de la fessée. Corriger et punir, Paris, PUF, 2022, p. 221-225. Pour des études non historiennes du concept de domestication, voir François Sigaut, « Critique de la notion de domestication », L’Homme, 108, 1988, p. 59-71 ; Valentin Pelosse, « Comment penser la domestication animale ? », L’Homme, 118, 1991, p. 133-139 ; Nerissa Russell, « The Wild Side of Animal Domestication », Society & Animals, 10-3, 2002, p. 285-302 ; Karen Raber, « From Sheep to Meat, from Pets to People: Animal Domestication 1600-1800 », in M. Senior (dir.), A Cultural History of Animals in the Age of Enlightenment, Oxford/New York, Berg, 2007, p. 73-99 ; Ninon Maillard, « La domestication et l’état domestique : le légitime pouvoir de dénaturer les animaux utiles (xviii e-xx e siècle) », Revue semestrielle de droit animalier, 2020, p. 311-332.
40. Élisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes. La philosophie à l’épreuve de l’animalité, Paris, Fayard, 1998 ; Pierre-Olivier Dittmar, L’invention de l’animal. Essai d’anthropologie médiévale, Paris, Gallimard, à paraître.
41. Albert le Grand, De vegetabilibus et plantis (1256-1257), cité dans Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Acclimatation et domestication des animaux utiles, Paris, Librairie agricole de la Maison Rustique, 1861, p. 141.
42. Henry Home [Lord Kames], Sketches of the History of Man, vol. 1, Livre II, Progress of Men in Society, Scène I, « Appetite for Society – Origin of National Societies », Édimbourg/Londres, Creech, Strahan and Cadell, 1774, p. 361. Voir Silvia Sebastiani, « Storia Universale e Teoria Stadiale negli Sketches of the History of Man di Lord Kames », Studi storici, 39-1, 1998, p. 113-136.
43. John Walker, Institutes of Natural History: Containing the Heads of the Lectures in Natural History, Delivered by Dr. Walker, in the University of Edinburgh, Édimbourg, Stewart, Ruthven, and Co., 1792, p. 106.
44. William Smellie, chap. 17, « Of the Docility of Animals », in The Philosophy of Natural History, vol. 2, Dublin, William Porter, 1790, p. 287-334. Dans sa traduction de l’Histoire naturelle des oiseaux de Buffon (1749), parue en 1793, W. Smellie introduit en outre le terme « domestication » comme équivalent du français « domesticité » (Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, The Natural History of Birds, from the French of the Count de Buffon, in Nine Volumes, vol. 7, Londres, Strahan, Cadell and Murray, 1793, p. 322). La popularité de cette traduction explique en partie la multiplication des usages du terme à la fin du siècle et les premiers débats autour du concept (voir par exemple John Aikin, « Letter XIV: On Buffon’s Natural History », in Letters from a Father to His Son, on Various Topics, Relative to Literature and the Conduct of Life, Philadelphie, Samuel Harrison Smith, 1794, p. 127-136). À propos du conflit entre le linnéen Walker et le buffonien Smellie, voir Steven Shapin, « Property, Patronage, and the Politics of Science: The Founding of the Royal Society of Edinburgh », The British Journal for the History of Science, 7-1, 1974, p. 1-41 ; Charles W. J. Withers, « Natural Knowledge as Cultural Property: Disputes over the ‘Ownership’ of Natural History in Late Eighteenth-Century Edinburgh », Archives of Natural History, 19, 1992, p. 289-303.
45. James Cowles Prichard, Researches into the Physical History of Man, Londres, John and Arthur Arch, 1813.
46. Malik Mellah, « L’École d’économie rurale vétérinaire d’Alfort (1766-1813). Une histoire politique et républicaine avec l’animal domestique », thèse de doctorat, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2018.
47. Laurent Brassart, « ‘La ferme des animaux’ ou l’invention d’une politique de l’animal utile sous le Consulat », Annales historiques de la Révolution française, 377, 2014, p. 175-196.
48. Henri-Alexandre Tessier, Histoire de l’introduction et de la propagation des Mérinos en France, Paris, Bouchard-Huzard, 1839. Voir le numéro spécial « Les débuts de la Mérinisation », Revue d’ethnozootechnie, 3, 1964 ; Jean-Marc Moriceau, Histoire et géographie de l’élevage français. Du Moyen Âge à la Révolution, Paris, Fayard, 2005.
49. Benedetta Piazzesi, Del governo degli animali. Allevamento e biopolitica, Macerata, Quodlibet, 2023, p. 124-147.
50. Il suffit de penser à la création de l’École d’agronomie de Grignon dans les années 1820 ou aux fermes-écoles qui se multiplient au cours des années 1830, et finalement à la création de l’Institut national agronomique à Versailles en 1848. Voir Françoise Delfour, « ‘Ramener vers l’agriculture des intelligences’. L’école d’agriculture de Grignon et ses élèves, 1826-1918 », in T. Charmasson (dir.), Formation au travail, enseignement technique et apprentissage, Paris, Éd. du CTHS, 2005, p. 281-290 ; Nagwa Abou El Maaty, « La scolarisation de l’apprentissage agricole en France : les fermes-écoles au service de l’agriculture et de son enseignement (19e siècle-début 20e siècle) », thèse de doctorat, université Paris 4-Sorbonne, 2007 ; Michel Boulet, Anne-Marie Lelorrain et Nadine Vivie, 1848. Le printemps de l’enseignement agricole, Dijon, Éducagri, 1998.
51. Daniel Roche, La culture équestre de l’Occident, xvi e-xix e siècle. L’Ombre du cheval, Paris, Fayard, 3 vol., 2008-2015.
52. Thomas Le Roux, « La grande ferme des 5 000 vaches laitières de Paris (1770-1815) », Études rurales, 207, 2021, p. 22-51.
53. François Jarrige, La ronde des bêtes. Le moteur animal et la fabrique de la modernité, Paris, La Découverte, 2023.
54. Kathleen Kete, The Beast in the Boudoir: Petkeeping in Nineteenth-Century Paris, Berkeley, University of California Press, 1994 ; Damien Baldin, Histoire des animaux domestiques, xix e-xx e siècle, Paris, Éd. du Seuil, 2014.
55. Christophe Traïni, La cause animale. Essai de sociologie historique, 1820-1980, Paris, PUF, 2011.
56. Goulven Laurent, Paléontologie et évolution en France, 1800-1860. De Cuvier-Lamarck à Darwin, Paris, Éd. du CTHS, 1987 ; Pietro Corsi, Lamarck. Genèse et enjeux du transformisme, 1770-1830, Paris, CNRS Éditions, 2001.
57. Claude Blanckaert et al. (dir.), Le Muséum au premier siècle de son histoire, Paris, Éd. du MNHN, 1997 ; Pierre-Yves Lacour, La République naturaliste. Collections d’histoire naturelle et Révolution française, 1789-1804, Paris, Éd. du MNHN, 2014 ; Marie-Noëlle Bourguet et Pierre-Yves Lacour, « Les mondes naturalistes : Europe (1530-1802) », in D. Pestre (dir.), Histoire des sciences et des savoirs, vol. 1, S. Van Damme (dir.), De la Renaissance aux Lumières, Paris, Éd. du Seuil, 2015, p. 254-281 ; Jean-Luc Chappey, La révolution des sciences. 1789 ou le sacre des savants, Paris, Librairie Vuibert, 2020.
58. Cédric Grimoult, Évolutionnisme et fixisme en France. Histoire d’un combat, 1800-1882, Paris, CNRS Éditions, 1998, p. 23-35. Sur l’importance du « clan Saint-Hilaire » dans les années 1830, voir Pietro Corsi, « The Revolutions of Evolution: Geoffroy and Lamarck, 1825-1840 », Bulletin du Musée d’anthropologie préhistorique de Monaco, 36-51, 2011, p. 113-135.
59. Aide naturaliste en 1824 à l’âge de 19 ans, membre de l’Académie des sciences en 1833, directeur de la ménagerie en 1838, professeur administrateur du Muséum en 1841, président de l’Académie des sciences en 1858, directeur du Muséum en 1860. Voir à ce propos l’éloge d’Édouard Drouyn de Lhuys, « Discours d’ouverture », Bulletin de la Société impériale zoologique d’acclimatation, 1862, p. vii-xxi.
60. Selon Alphonse Esquiros, le salon d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire « réunit le dimanche soir quelques amis : de jeunes littérateurs, des poètes, des artistes se mêlent, à la clarté des bougies, avec de glorieux savants à tête blanche ; on y remarque de temps en temps MM. Edgard Quinet, Jean Reynaud, Pierre Leroux, Alfred de Musset, Victor Considérant, et notre grand statuaire David » (Alphonse Esquiros, « Mme Stéphanie Geoffroy-Saint-Hilaire », in AAVV, Les belles femmes de Paris et de la province, deuxième série, Paris, 1840, p. 49-54, ici p. 49). Il est bien connu qu’Honoré de Balzac et George Sand étaient des admirateurs du naturaliste, ainsi que Jules Michelet et Victor Hugo, qui lui rend visite en 1836. Voir Franck Bourdier, « Le prophète Geoffroy Saint-Hilaire, George Sand et les Saint-Simoniens », Histoire et Nature, 3, 1973, p. 47-66.
61. Wilma George, « Sources and Background to Discoveries of New Animals in the Sixteenth and Seventeenth Centuries », History of Science, 18-2, 1980, p. 79-104 ; Christopher Lever, They Dined on Eland: The Story of Acclimatisation Societies, Londres, Quiller Press, 1992 ; Dominique Juhé-Beaulaton, « Du jardin royal des plantes médicinales de Paris aux jardins coloniaux : développement de l’agronomie tropicale française », in J.-L. Fischer (dir.), Le Jardin entre science et représentation, Paris, Éd. du CTHS, 1999, p. 267-284 ; Londa Schiebinger, Plants and Empire: Colonial Bioprospecting in the Atlantic World, Cambridge, Harvard University Press, 2004 ; Londa Schiebinger et Claudia Swan (dir.), Colonial Botany: Science, Commerce, and Politics in the Early Modern World, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2005 ; Anja Bandau, Marcel Dorigny et Rebekka von Mallinckrodt (dir.), Les mondes coloniaux à Paris au xviiie siècle. Circulation et enchevêtrement des savoirs, Paris, Karthala, 2010 ; Martha Chaiklin, Philip Gooding et Gwyn Campbell (dir.), Animal Trade Histories in the Indian Ocean World, New York, Palgrave, 2020.
62. Il faut rappeler que les comportements des animaux ne font pas encore, à l’époque, l’objet d’un savoir spécifique, pour lequel il faut attendre les années 1920. C’est pourtant à Isidore Geoffroy Saint-Hilaire que l’on doit le premier usage du terme « éthologie » pour indiquer la science consacrée « aux instincts, aux mœurs, et plus généralement aux manifestations vitales extérieures des êtres organisés » (Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale des règnes organiques, principalement étudiée chez l’homme et les animaux, vol. 3, Paris, Victor Masson et fils, première partie, 1854-1862, p. xxii). Une mort prématurée empêchera le naturaliste de réaliser le quatrième volume de son Histoire naturelle, dans lequel il aurait dû développer ses études éthologiques. Voir Benedetta Piazzesi, « Domesticare gli istinti. Una genealogia del discorso etologico », thèse de doctorat, Scuola Normale Superiore di Pisa, 2020, p. 419-466.
63. Andrea Lanza, All’abolizione del proletariato ! Il discorso socialista fraternitario : Parigi 1839-1847, Milan, Franco Angeli, 2010 ; Thomas Bouchet et al. (dir.), Quand les socialistes inventaient l’avenir, Paris, La Découverte, 2015.
64. Loïc Rignol, Les Hiéroglyphes de la Nature. Le socialisme scientifique en France dans le premier xix e siècle, Dijon, Les presses du réel, 2014 ; Dominique Guillo, Les figures de l’organisation. Sciences de la vie et sciences sociales au xix e siècle, Paris, PUF, 2003 ; V. Bourdeau et A. Macé (dir.), La nature du socialisme, op. cit.
65. Georges Toscan, Histoire du lion de la ménagerie du Muséum national d’histoire naturelle, et de son chien, Paris, Cuchet, 1795 ; Louis-François Jauffret, Voyage au Jardin des Plantes, contenant la description des galeries d’histoire naturelle, des serres où sont renfermés les arbrisseaux étrangers, de la partie du jardin appelée l’école de botanique ; avec l’histoire des deux éléphans, et celle des autres animaux de la ménagerie nationale, Paris, Imprimerie de Ch. Houel, 1797, p. 107.
66. Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au Jardin National des Plantes de Paris, Paris, Didot le Jeune, 1792, p. 18.
67. Richard W. Burkhardt, Jr., « La ménagerie et la vie du Muséum », in C. Blanckaert et al. (dir.), Le Muséum au premier siècle de son histoire, op. cit., p. 481-508 ; Éric Baratay et Élisabeth Hardouin-Fugier, Zoos. Histoire des jardins zoologiques en Occident, xvi e-xx e siècle, Paris, La Découverte, 1998 ; Emma C. Spary, Utopia’s Garden: French Natural History from Old Regime to Revolution, Chicago, The University of Chicago Press, 2000 ; Peter Sahlins, 1668: The Year of the Animal in France, New York, Zone Books, 2017.
68. Richard W. Burkhardt, Jr., « Civilizing Specimens and Citizens at the Muséum d’Histoire Naturelle, 1793-1838 », in S. A. Prince (dir.), Of Elephants & Roses: French Natural History, 1790-1830, Philadelphie, American Philosophical Society, 2013, p. 1-15 ; Pierre Serna, Comme des bêtes. Histoire politique de l’animal en Révolution, 1750-1840, Paris, Fayard, 2017.
69. Bernard Germain de Lacépède, « Lettre relative aux établissements publics destinés à renfermer des animaux vivants, et connus sous le nom de ménageries », La Décade philosophique, littéraire et politique, 7, 20 frimaire, an IV [1795], p. 449-462, ici p. 454-455.
70. J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie…, op. cit., p. 20.
71. Ibid., p. 17.
72. Frédéric Cuvier, « Du rut », Annales du Muséum d’histoire naturelle, 9, 1807, p. 118-130, ici p. 121.
73. Ibid., p. 130.
74. Frédéric Cuvier, « Essai sur la domesticité des Mammifères, précédé de considérations sur les divers états des animaux, dans lesquels il nous est possible d’étudier leurs actions », Mémoires du Muséum d’histoire naturelle, 13, Paris, Belin, 1825, p. 406-455, ici p. 449. À propos des rapports entre domesticabilité des animaux et éducabilité des enfants, voir Anne-Louise Le Cossec, « Garde, gardiens, animaux et visiteurs : les enjeux de l’ordre public à la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle de Paris sous l’administration de Frédéric Cuvier (1803-1838) », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 153, 2022, p. 75-92.
75. Charles-Georges Le Roy, Sur l’intelligence des animaux, Paris, Éditions Sillage, [1802] 2017, p. 88-93.
76. Frédéric Cuvier, « De la sociabilité des animaux », Mémoires du Muséum d’histoire naturelle, 13, Paris, Belin, 1825, p. 1-27, ici p. 3.
77. Ibid., p. 12-13.
78. F. Cuvier, « De la sociabilité des animaux », art. cit., p. 20.
79. Id., « Essai sur la domesticité des Mammifères… », art. cit, p. 424-425.
80. Victor Riqueti, marquis de Mirabeau, L’ami des hommes, ou Traité de la population, Avignon, s. n., 1756, première partie, p. 2 (l’auteur souligne).
81. Ibid.
82. Ibid., troisième partie, p. 170.
83. Pierre Samuel Dupont de Nemours, « Sur la Sociabilité et la Moralité du Loup, du Renard, du Chien sauvage ; et sur la manière dont celui-ci est devenu domestique (Mémoire lu à la séance publique de l’Institut, le 15 nivôse de l’an V) », in Quelques mémoires sur différens sujets : La plupart d’Histoire naturelle, ou de Physique générale et particulière, Paris, Imprimerie de Belin, [1807] 1813, p. 263-277, ici p. 263.
84. Ibid., p. 270 et 272.
85. Ibid., p. 274 (l’auteur souligne). À propos des conceptions naturalistes de Dupont de Nemours et de leur place dans la cosmologie du physiocrate, voir Julien Vincent, « ‘Un Dogue de fort race’ : Dupont de Nemours, ou la physiocratie réincarnée (1793-1807) », La Révolution française, 14, 2018, https://doi.org/10.4000/lrf.2005.
86. F. Cuvier, « De la sociabilité des animaux », art. cit., p. 19.
87. Id., « Du rut », art. cit., p. 130. En 1841, Julien-Joseph Virey revient sur les thèses de Cuvier en développant de façon différente l’association entre sociabilité, civilisation et domesticité. Il s’agit notamment, pour le théoricien du polygénisme, de chercher les « causes physiologiques » de ces phénomènes dans la constitution douce et délicate de la chair blanche, qui représente la précondition de l’« impressionnabilité » nerveuse – et donc de la perfectibilité – des hommes civilisés et des animaux domestiques, qui les oppose à l’insensibilité des animaux et des peuples sauvages. Voir Julien-Joseph Virey, « Des causes physiologiques de la sociabilité dans les animaux, et de la civilisation dans l’homme », Bulletin de l’Académie royale de médecine, vol. 6, Paris, Baillière, 1840-1841, p. 400-413. À propos de Virey, voir Pietro Corsi, « Julien-Joseph Virey, le premier critique de Lamarck », in S. Atran et al. (dir.), Histoire du concept d’espèce dans les sciences de la vie, Paris, Éd. De la Fondation Singer-Polignac, 1987, p. 176-187 ; Claude Bénichou et Claude Blanckaert (dir.), Julien-Joseph Virey, naturaliste et anthropologue, Paris, Vrin, 1988.
88. Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, « Animaux du nouveau monde » [1761], in Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du cabinet du Roi, vol. 9, Paris, de l’Imprimerie royale, 1749-1789, p. 84-96, ici p. 85. Voir à ce propos Richard W. Burkhardt, Jr., « Le comportement animal et l’idéologie de domestication chez Buffon et chez les éthologues modernes », in J. Gayon (dir.), Buffon 88. Actes du Colloque international pour le bicentenaire de la mort de Buffon (Paris, Montbard, Dijon, 14-22 juin 1988), Paris, Vrin, 1992, p. 569-582.
89. Adam Smith, Lectures on Jurisprudence, éd. par R. L. Meek et al., Oxford, Oxford University Press, [1763] 1978, p. 14. Voir Silvia Sebastiani, The Scottish Enlightenment: Race, Gender, and the Limits of Progress, New York, Palgrave, 2013, p. 45-71.
90. Cette idée est plus tard développée dans Nicolas de Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, Paris, Agasse, an III [1795], p. 6-7 : « […] à la subsistance tirée de la chasse, de la pêche, ou des fruits offerts spontanément par la terre, nous voyons succéder la nourriture fournie par des animaux que l’homme a réduits à l’état de domesticité, qu’il sait conserver et multiplier. […] La propriété qui, dans le premier état, se bornoit à celle des animaux tués par lui, de ses armes, de ses filets, des ustensiles de son ménage, devint d’abord celle de son troupeau, et ensuite, celle de la terre qu’il a défrichée et qu’il cultive ».
91. Article « Domestique », in D. Diderot et D’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 5 [DO-ESY, 1755], Paris, Briasson, David l’aîné, Le Breton et Durand, 1751-1772, p. 29-30.
92. Article « Domestique », in Académie française, Dictionnaire de l’Académie françoise, t. 1, nouvelle édition, Nismes, chez Gaude, 1777, p. 364.
93. Article « Domestiquer », in Dictionnaire Universel françois et latin, vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux, vol. 3, Paris, Libraires Associés, 1771, p. 414.
94. Abbé Grégoire, « Essai historique sur l’état de l’agriculture en Europe au xvi e siècle », in O. de Serres, Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, dans lequel est représenté tout ce qui est requis et nécessaire pour bien dresser, gouverner, enrichir et embellir la Maison rustique, nouvelle édition conforme au texte, augmentée de notes et d’un vocabulaire, vol. 1, Paris, Huzard, [1600] 1804, p. lxxxiii-clxv, ici p. lxxxiii (l’auteur souligne).
95. Adolphe Dureau de La Malle, « De l’influence de la Domesticité sur les animaux depuis le commencement des temps historiques jusqu’à nos jours », Annales des sciences naturelles, 21, Paris, Crochard, 1830, p. 50-67, ici p. 50. Voir également id., « Recherches sur l’Histoire ancienne de nos animaux domestiques et de nos plantes usuelles », Annales des sciences naturelles, 17, 1829, p. 159-191.
96. A. Dureau de La Malle, « De l’influence de la Domesticité… », art. cit., p. 50 (l’auteur souligne).
97. A.-J.-L. Jourdan, Dictionnaire raisonné, étymologique, synonymique et polyglotte, des termes usités dans les sciences naturelles, vol. 1, Paris, Baillière, 1834, p. 621.
98. À propos du projet encyclopédique de Leroux et Reynaud, voir Vincent Bourdeau, « Un encyclopédisme républicain sous la monarchie de Juillet : Jean Reynaud (1806-1863) et l’Encyclopédie nouvelle », in V. Bourdeau, J.-L. Chappey et J. Vincent (dir.), Les encyclopédismes en France à l’ère des révolutions, 1789-1850, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2020, p. 75-94 ; Michael Drolet, Ludovic Frobert et Quentin Schwanck (dir.), no spécial « L’Encyclopédie nouvelle de Pierre Leroux et Jean Reynaud », Revue européenne des sciences sociales, 62-2, 2024. À propos des vues zoologiques exprimées dans l’Encyclopédie nouvelle dans des rapports ambivalents avec le « clan Saint-Hilaire », voir Pietro Corsi, « Un lamarckisme réticent. Animal, par Achille Requin », Revue européenne des sciences sociales, 62-2, 2024, p. 108-117.
99. Christophe Charle, Discordance des temps. Une brève histoire de la modernité, Paris, Armand Colin, 2011 ; Patrick Harismendy (dir.), La France des années 1830 et l’esprit de réforme, Rennes, PUR, 2006.
100. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, « Domestication des animaux », in P. Leroux et J. Reynaud (dir.), Encyclopédie nouvelle, ou dictionnaire philosophique, scientifique, littéraire et industriel, vol. 4 [CONST-ÉPIC], Paris, Gosselin, 8 vol., 1834-1841, 1838, p. 366-380.
101. Georges Canguilhem, « La monstruosité et le monstrueux » [1962], in La connaissance de la vie, Paris, Vrin, [1965] 2009, p. 219-236. Voir aussi id., Le normal et le pathologique, Paris, PUF, [1966] 2013.
102. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des anomalies de l’organisation chez l’homme et les animaux, ouvrage comprenant des recherches sur les caractères, la classification, l’influence physiologique et pathologique, les rapports généraux, les lois et les causes des monstruosités, des variétés et vices de conformation, ou Traité de tératologie, vol. 1, Paris, Baillière, 1832, p. 13.
103. Voir Jean-Louis Fischer, De la genèse fabuleuse à la morphogenèse des monstres, Paris, Belin, 1986 ; Olivier Roux, Monstres. Une histoire générale de la tératologie des origines à nos jours, Paris, CNRS Éditions, 2008 ; Bertrand Nouailles, Le monstre, la vie, l’écart. La tératologie d’Étienne et d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Paris, Classiques Garnier, 2017 ; Benedetta Piazzesi, « Dans des voies insolites. Il mostro zootecnico nella prima metà del xix secolo », aut aut, 380, 2018, p. 65-82.
104. Charles Darwin, De la variation des animaux et des plantes à l’état domestique, trad. par E. Barbier, Paris, C. Reinwald et Cie, [1868] 1879-1880.
105. I. Geoffroy Saint-Hilaire, « Domestication des animaux », art. cit., p. 376. À ce passage font écho les mots, bien plus célèbres, que Darwin écrit 30 ans plus tard : « On peut dire que l’homme a tenté sur une gigantesque échelle une expérience à laquelle la nature s’est livrée sans cesse dans le cours infini des temps. Il en résulte que les principes de domestication sont pour nous importants à connaître » (Charles Darwin, De la variation des animaux et des plantes à l’état domestique, t. 1, op. cit., p. 3). Malgré certaines proximités, les positions des deux naturalistes sur la variabilité des espèces s’écartent. Voir à ce propos Pietro Corsi, « Recent Studies of French and Italian Reactions to Darwin », in D. Kohn (dir.), The Darwinian Heritage, Princeton, Princeton University Press, 1985, p. 711-729 ; Claude Blanckaert, « Pour une théorie évolutive humaine. Armand de Quatrefages, la formation des races et le darwinisme au Muséum national d’histoire naturelle », Revue d’histoire des sciences humaines, 27, 2015, p. 189-230.
106. I. Geoffroy Saint-Hilaire, « Domestication des animaux », art. cit., p. 366.
107. Id., « De la possibilité d’éclairer l’histoire naturelle de l’homme par l’étude des animaux domestiques », article que l’auteur déclare avoir écrit en août 1834, mais qui apparaît seulement dans les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, vol. 4, janvier-juin 1837, p. 662-672, avant d’être inclus dans les Essais de zoologie générale…, op. cit., p. 227-248.
108. François Guizot, Cours d’histoire moderne. Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l’Empire romain jusqu’à la Révolution française, Bruxelles, Louis Hauman et Compagnie, [1828] 1835, p. 36 ; Gustave d’Eichthal, « Mémoire sur l’histoire primitive des races océaniennes et américaines », Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 4, 1843 ; Daniel Wilson, The Archæology and Prehistoric Annals of Scotland, Édimbourg, Sutherland and Knox, 1851. Voir Claude Blanckaert, « Nommer le préhistorique au xix e siècle. Linguistique et transferts lexicaux », Organon, 49, 2017, p. 57-103 ; Stefanos Geroulanos, The Invention of Prehistory: Empire, Violence, and Our Obsession with Human Origins, New York, Liveright, 2024.
109. Marcel de Serres, Essai sur les cavernes à ossements, et sur les causes qui les y ont accumulés. Troisième édition, revue et considérablement augmentée, Paris, Baillière, 1838 (notamment livre V, section IX « De l’influence de l’homme sur les variations des espèces », p. 304-326).
110. Ibid., p. 70. La question de la datation de la domestication animale rejoint la définition géologique du Quaternaire et sa distinction de la période Tertiaire, dont de Serres a été l’un des promoteurs. Les restes d’animaux domestiques ne sont en fait présents que dans les « formations quaternaires » (p. 218).
111. Ibid., p. 305.
112. I. Geoffroy Saint-Hilaire, « Domestication des animaux », art. cit., p. 367.
113. Ibid. (l’auteur souligne).
114. C. Blanckaert, « Les animaux ‘utiles’… », art. cit., p. 359.
115. I. Geoffroy Saint-Hilaire, « Domestication des animaux », art. cit., p. 368.
116. Id., Essais de zoologie générale…, op. cit., p. 250 ; Sabin Berthelot, Considérations sur l’acclimatement et la domestication, exposées dans le but de démontrer l’importance des jardins et des ménageries d’acclimatation pour la propagation des animaux et des plantes utiles, Paris, Imprimerie de Béthune et Plon, 1844, p. 27 ; Alphonse Esquiros, Paris ou les Sciences, les Institutions et les Mœurs au xix e siècle, vol. 1, Paris, Imprimeurs unis, 1847, p. 185 ; Alexis Godin, « Discours de M. Godin, nouveau secrétaire général », Bulletin de la Société protectrice des animaux, Paris, 1858, p. 3-13, ici p. 6.
117. Il s’agit d’une question majeure, dont les prémisses philosophiques doivent être recherchées dans les débats sur le statut de l’habitude aux xvie et xviie siècles. Si Montaigne avait fait de la coutume une « seconde nature », Pascal fait à son tour de la nature une « première coutume ». Cette double inversion déclenche des implications à la fois naturalistes et politiques. Du point de vue naturaliste, elle permet de concevoir les propensions et les comportements les plus innés, y compris les instincts animaux, comme des habitudes : c’est la voie empruntée par Étienne Bonnot de Condillac et Charles-Georges Le Roy. D’un point de vue politique, elle inaugure une réflexion sur les stratégies de « naturalisation » du pouvoir qui font des mœurs une sorte de tyrannie silencieuse, comme en parlait déjà Montaigne. Voir à ce propos Laurent Gerbier et Olivier Guerrier (dir.), Cahiers La Boétie. Les Figures de la coutume, Paris, Classiques Garnier, 2012.
118. Jean-Claude Bourdin, « Du gouvernement des mœurs », in F. Toto, L. Simonetta et G. Bottini (dir.), Entre nature et histoire. Mœurs et coutumes dans la philosophie moderne, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 313-354.
119. V. Riqueti de Mirabeau, L’ami des hommes…, op. cit., seconde partie, p. 97.
120. Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, ou Principes du droit politique (1762), vol. 1, livre 2, chap. 12, in Collection complète des œuvres, Genève, 1780-1789, p. 251.
121. Id., Les Confessions (1782-1789), t. 2, in Œuvres complètes, t. 15, Paris, Dupont, 1824, p. 209.
122. Paul Henri Thiry d’Holbach, Éthocratie ou le gouvernement fondé sur la morale, Amsterdam, chez Rey, 1776.
123. Herbert Spencer, Principes de psychologie, vol. 2, trad. par T. Ribot et A. Espinas, Paris, Félix Alcan, [1855] 1892, p. 199, § 332.
124. Auguste Comte, Système de politique positive, ou traité de sociologie, instituant la religion de l’Humanité, vol. 3, Paris, Carilian-Goeury, 4 vol., 1851-1854, p. 105.
125. Charles Fourier, Traité de l’association domestique-agricole, vol. 1, Paris, Bossange-Mongie, 1822, p. 529. Voir Jonathan Beecher, Charles Fourier, le visionnaire et son monde, Paris, Fayard, 1993.
126. Sur la figure d’Alphonse Esquiros dans le contexte du romantisme littéraire, voir Jacques P. van der Linden, Alphonse Esquiros. De la bohême romantique à la république sociale, Genève, Nizet, 1948. À propos de sa participation de premier plan aux débats socialistes de la première moitié du xix e siècle, voir L. Rignol, Les Hiéroglyphes de la Nature, op. cit., p. 720-738. Pour un aperçu de ses vastes réseaux savants, littéraires et politiques, voir ses lettres : Anthony Zielonoka (éd.), Alphonse Esquiros. Choix de lettres, Paris/Genève, Champion/Slatkine, 1990.
127. A. Esquiros, Paris ou les Sciences…, op. cit., vol. 1, p. 248.
128. Ibid., p. 273.
129. Ibid., p. 277. Des rapprochements pourraient être faits entre le gouvernement moral des animaux par la domestication et le « traitement moral » des aliénés, mais aussi des criminels, des pauvres et de la société plus en général, à la même époque. Voir L. Rignol, Les Hiéroglyphes de la Nature, op. cit., p. 186-193 ; Claude-Olivier Doron, « Races et dégénérescence. L’émergence des savoirs sur l’homme anormal », thèse de doctorat, université Paris 7, 2011, p. 1271-1286.
130. A. Esquiros, Paris ou les Sciences…, op. cit., vol. 1, p. 249.
131. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire est membre de la Société protectrice des animaux (SPA), fondée en 1845 et reconnue d’utilité publique en 1860. La SPA et la Société d’acclimatation se conçoivent comme deux « branches ou rameaux de l’arbre protecteur » (Bulletin de la Société protectrice des animaux, 1858, p. 4). Voir Maurice Agulhon, « Le sang des bêtes : le problème de la protection des animaux en France au xix e siècle », Romantisme, 31, 1981, p. 81-109.
132. É. de Fontenay, Le silence des bêtes, op. cit. ; C. Crossley, Consumable Metaphors, op. cit., p. 161-188.
133. Jules Michelet, L’oiseau, Paris, Hachette, 1856, p. 278-279.
134. A. Esquiros, Paris ou les Sciences…, op. cit., vol. 1, p. 284.
135. Ibid., p. 257 et 210. Le rapport entre civilisation et humanisation vaut aussi à l’intérieur de l’humanité, voir Jean-Luc Chappey, Sauvagerie et civilisation. Une histoire politique de Victor de l’Aveyron, Paris, Fayard, 2017, p. 65 ; Silvia Sebastiani et Jean-Frédéric Schaub, Race et histoire dans les sociétés occidentales, xv e-xviii e siècle, Paris, Albin Michel, 2021, p. 414-439.
136. J. Michelet, L’oiseau, op. cit., p. x.
137. C’est dans Le peuple qu’il y a une référence explicite à l’article « domestication » d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire : Jules Michelet, Le peuple, Paris, Hachette/Paulin, 1846, p. 193-194.
138. J. Michelet, L’oiseau, op. cit., p. 278.
139. George Sand, « Autour de la table », La Presse, 25 juill. 1856, p. 2 (l’autrice souligne). Le roman est ensuite publié dans son intégralité : George Sand, Autour de la table, Paris, Dentu, 1862. À propos des conceptions de la nature et des animaux de Sand, voir le récent numéro des Cahiers George Sand, « George Sand et l’écologie », 46, 2024.
140. Victor Hugo, William Shakespeare, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1864, p. 239. Plus généralement, sur la place des animaux dans la littérature romantique, voir Élisabeth Plas, Le sens des bêtes. Rhétoriques de l’anthropomorphisme au xix e siècle, Paris, Classiques Garnier, 2021.
141. A. Comte, Système de politique positive…, vol 1, op. cit., p. 701.
142. Ibid., vol. 3, p. 105. Sur le concept d’« association » chez les socialistes français du xix e siècle, voir Bruno Verlet, « De l’association à l’organisation du travail », Cahiers Charles Fourier, 11, 2000, p. 53-66. Comme pour le débat sur la « sociabilité » au siècle des Lumières, il serait intéressant d’examiner la place accordée aux animaux dans la réflexion sur l’« association » chez les premiers socialistes, jusqu’aux discussions sur les « sociétés animales » dans le dernier quart du xix e siècle. Sur ce dernier point, voir Wolf Feuerhahn, « Les ‘sociétés animales’ : un défi à l’ordre savant », Romantisme, 154-4, 2011, p. 35-51.
143. A. Comte, Système de politique positive…, op. cit., vol. 3, p. 105. Pour un approfondissement à propos du rôle de la volonté animale dans les études sur les comportements animaux ainsi que sur sa reprise par Comte, voir Benedetta Piazzesi, « Une emprise sur la volonté. Étude des instincts et gouvernement des animaux dans la première moitié du xix e siècle », Diogène, 285-286, 2025, p. 119-136.
144. A. Comte, Système de politique positive…, op. cit., vol. 3, p. 105. J. Michelet reprend cette idée en 1864, à propos de l’habileté des Indiens dans la domestication des animaux, notamment celle de l’éléphant, dans Jules Michelet, Bible de l’Humanité, Paris, F. Chamerot, 1864, p. 21-22 (l’auteur souligne) : « L’animal n’est point animal ; il est une âme, qui fut ou sera homme. Sans cette fois, ils [les Hindous] n’auraient jamais fait les prodiges qu’ils obtinrent dans un art, le premier jadis, et le plus nécessaire aux anciens âges, la domestication, l’humanisation des serviteurs utiles, sans lesquels on n’eût pas vécu. »
145. A. Comte, Système de politique positive…, op. cit., vol. 3, p. 140.
146. Comme l’écrit C. Crossley à propos des saint-simoniens dans Consumable Metaphors, op. cit., p. 66 : « […] la science et la sympathie collaboreraient afin d’assurer une maîtrise totale du monde naturel ».
147. Victor Meunier, Les animaux travailleurs, Paris, Gautier, 1867 ; id., Avenir des espèces. Les singes domestiques, Paris, Dreyfous, 1886.
148. Id., « De la domestication des singes », Cosmos. Revue encyclopédique hebdomadaire des progrès des sciences, 2e série, t. 6, 1867, p. 166-167 et 109.
149. Id., Avenir des espèces, op. cit., p. 239. À propos des utopies animales de Meunier, voir C. Crossley, Consumable Metaphors, op. cit., p. 86-93.
150. Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975, p. 276.
151. C. Lever, They Dined on Eland, op. cit. ; Michael A. Osborne, Nature, the Exotic, and the Science of French Colonialism, Bloomington, Indiana University Press, 1994 ; Rémi Luglia, Des savants pour protéger la nature. La Société d’acclimatation, 1854-1960, Rennes, PUR, 2015.
152. Voir Christophe Bonneuil et Marie-Noëlle Bourguet (dir.), dossier thématique « De l’inventaire du monde à la mise en valeur du globe. Botanique et colonisation (fin xvii e siècle-début xx e siècle) », Revue française d’histoire d’Outre-mer, 86, 322-323, 1999, p. 7-169 ; Ferhat Taylan, Mésopolitique. Connaître, théoriser et gouverner les milieux de vie, 1750-1900, Paris, Éd. de la Sorbonne, 2018 ; Arnaud Orain, Les savoirs perdus de l’économie. Contribution à l’équilibre du vivant, Paris, Gallimard, 2023.
153. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Rapport général sur les questions relatives à la domestication et à la naturalisation des animaux utiles, adressé à M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, Paris, Imprimerie Nationale, 1849, p. 49.
154. La branche de la zoologie qui, pour Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, devait compléter le triangle formé par la zoologie spéculative conçue par son père et la zoologie empirique conçue par Georges Cuvier. Sous le titre de « zoologie appliquée », des chaires sont ouvertes successivement à l’Institut national agronomique de Versailles (1850-1852) et au Conservatoire national des arts et métiers (1852-1863).
155. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Lettres sur les substances alimentaires et particulièrement sur la viande de cheval, Paris, Masson, 1856, p. 7. Voir à ce propos le Guide du promeneur au Jardin zoologique d’acclimatation contenant une série de notices explicatives sur tous les animaux et les végétaux qui y existent, avec l’indication de leur patrie, de leurs mœurs et de leurs usages de Pierre Vavasseur (Paris, Imprimerie de Soye et Bouchet, 1861), où les animaux du Bois de Boulogne sont décrits non seulement dans leurs caractères zoologiques, mais aussi dans l’utilité qu’il serait possible d’en tirer.
156. Richard du Cantal, « Rapport de la Société zoologique d’acclimatation, au nom de la commission nommée pour étudier l’hémione acclimaté au Muséum d’histoire naturelle de Paris (séance du 9 juin 1854) », Bulletin de la Société zoologique d’acclimatation, t. 1, Paris, Goin, 1854, p. 379-388, ici p. 387-388.
157. Louis André Gosse, « Autruche d’Afrique. Des mœurs et des habitudes de l’autruche », Bulletin de la Société impériale zoologique d’acclimatation, t. 4, Paris, Masson, 1857, p. 22-37, ici p. 22.
158. Anatole de Démidoff, « Reproduction de l’autruche en Europe », Bulletin de la Société impériale zoologique d’acclimatation, t. 7, Paris, Masson, 1860, p. 439-442, ici p. 441.
159. I. Geoffroy Saint-Hilaire, Acclimatation et domestication des animaux utiles, op. cit., p. 514.
160. Id., Rapport général sur les questions relatives à la domestication…, op. cit., p. 28.
161. Id., Acclimatation et domestication des animaux utiles, op. cit., p. 149.
162. M. A. Osborne, Nature, the Exotic, and the Science of French Colonialism, op. cit., p. xiv.
163. Id., « Acclimatizing the World: A History of the Paradigmatic Colonial Science », Osiris, 15-1, 2000, p. 135-151 ; Santiago Aragón, « Le rayonnement international de la Société zoologique d’acclimatation. Participation de l’Espagne entre 1854 et 1861 », Revue d’histoire des sciences, 58-1, 2005, p. 169-206 ; Violette Pouillard, Histoire des zoos par les animaux. Contrôle, conservation, impérialisme, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2019 ; Hélène Blais, L’empire de la nature. Une histoire des jardins botaniques coloniaux, fin xviii e siècle-années 1930, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2023.
164. I. Geoffroy Saint-Hilaire, Rapport général sur les questions relatives à la domestication…, op. cit., p. 25-26.
165. I. Geoffroy Saint-Hilaire, « De la possibilité… », art. cit. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire fait partie des membres de la Société d’anthropologie de Paris (SAP) qui défendent la thèse de l’unité du genre humain, et qui seront bientôt mis en minorité par les tenants du polygénisme rassemblés autour de Paul Broca. Voir Claude Blanckaert, De la race à l’évolution. Paul Broca et l’anthropologie française, 1850-1900, Paris, L’Harmattan, 2009.
166. I. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale des règnes organiques…, op. cit., vol. 2, p. 433.
167. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire parle d’« animaux cosmopolites » dans Acclimatation et domestication des animaux utiles, op. cit., p. 249.
168. Dès 1813, Prichard utilisait la domestication pour défendre l’idée de l’unité de l’espèce humaine : elle représentait « la plus puissante cause dans l’évolution des variétés dans le royaume animal », aidant par ce biais à expliquer la variété des races humaines (J. Cowles Prichard, Researches into the Physical History of Man, op. cit., p. 208). En 1843, la civilisation humaine était considérée comme une véritable hyperbole de la domestication animale : « […] les hommes sont peut-être plus exposés qu’aucune autre espèce d’animaux aux diverses influences du climat. La civilisation produit dans leur condition des changements plus grands que ceux qui résultent de la domestication chez les espèces inférieures. Nous devons donc nous attendre à trouver dans les races humaines des diversités aussi grandes au moins que celles qui existent entre les races des animaux domestiqués » (id., Natural History of Man; Comprising Inquiries into the Modifying Influence of Physical and Moral Agencies on the Different Tribes of the Human Family, Londres, Hippolyte Bailliere, 1843, p. 75).
169. I. Geoffroy Saint-Hilaire, Essais de zoologie générale…, op. cit., p. 236.
170. Malgré l’extension aux animaux de facultés souvent considérées comme une prérogative de l’être humain, telles que la perfectibilité et le cosmopolitisme, le cadre théorique de Geoffroy Saint-Hilaire n’en demeure pas moins exceptionnaliste. Aux côtés d’Étienne Serres et d’Armand de Quatrefages, le naturaliste défend la théorie du « quatrième règne », à savoir l’idée que l’espèce humaine constitue un règne à part dans l’ordre naturel (I. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire naturelle générale des règnes organiques…, op. cit., vol. 2, p. 42). Voir à ce propos Claude Blanckaert, « La création de la chaire d’anthropologie du Muséum dans son contexte institutionnel et intellectuel (1832-1855) », in C. Blanckaert et al. (dir.), Le Muséum au premier siècle de son histoire, op. cit., p. 85-123.
171. Eusèbe de Salle, « Linéaments de philosophie ethnographique », Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, t. 9, Paris, Au bureau du Moniteur Universel, 1846, p. 121-141, ici p. 135 (je souligne). Texte ensuite conflué dans son Histoire générale des races humaine ou Philosophie ethnographique, Paris, Duprat, Pagnerre, 1849, p. 265.
172. Friedrich Nietzsche, « Ceux qui veulent rendre l’humanité ‘meilleure’ », in Le crépuscule des idoles, in Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 12, trad. par H. Albert, Paris, Mercure de France, [1889] 1908, p. 156-161, ici p. 157. L’intérêt du philosophe pour la question de la domestication et de l’élevage humains, pour lesquels il utilise les concepts, parfois en opposition, de Zähmung et de Züchtung, est bien connu. Voir Emmanuel Salanskis, « Un prisme de la pensée historique de Nietzsche : l’élevage », in B. Binoche et A. Sorosina (dir.), Les historicités de Nietzsche, Paris, Publications de la Sorbonne, 2016, p. 183-196 ; voir aussi Patrick Wotling, Nietzsche et le problème de la civilisation, Paris, PUF, 1995.
173. C’est le cas notamment de J.-J. Virey, « Des causes physiologiques… », art. cit., p. 3-15. Voir à ce propos B. Piazzesi, Del governo degli animali, op. cit., p. 186-190.
174. Antoine Lilti, L’Héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, Paris, Éd. du Seuil, 2019.
175. C. Blanckaert, De la race à l’évolution, op. cit.
176. La première chaire de zootechnie est instituée en 1849 à l’Institut national agronomique de Versailles, sous l’impulsion d’Adrien de Gasparin. Voir Émile Baudement, Programme d’un cours de zootechnie, Paris, Martinet, 1849.
177. André Sanson, « Acclimatement et acclimatation », in Traité de zootechnie ou économie du bétail, vol 2, Paris, La Maison Rustique, 1878-1888, p. 174-179, ici p. 176 et 179.
178. A. Esquiros, Paris ou les Sciences…, op. cit., vol. 1, p. 242 : « C’est l’homme de l’avenir et du progrès que Dieu investit de son autorité, et auquel il passe en quelque sorte ses titres pour l’établir le contre-maître de la nature. »
179. André Sanson, Applications de la zootechnie. Cheval, âne, mulet, institutions hippiques, Paris, La Maison Rustique, 1867, p. 38.
180. Émile Baudement, Les races bovines au Concours universel agricole de Paris en 1856. Études zootechniques, vol. 1, Paris, Imprimerie impériale, 1861-1862, p. xliv-xlvii. Baudement emprunte le concept de « division du travail physiologique » à Henri Milne-Edwards, Élémens de zoologie, ou leçons sur l’anatomie, la physiologie, la classification et les mœurs des animaux, Paris, Crochard, 1834, p. 8-11. Voir à ce propos Camille Limoges, « Milne-Edwards, Darwin, Durkheim and the Division of Labour: A Case Study in Reciprocal Conceptual Exchanges Between the Social and the Natural Sciences », in I. Bernard Cohen (dir.), The Natural Sciences and the Social Sciences: Some Critical and Historical Perspectives, Dordrecht, Kluwer, 1994, p. 317-343 ; Emmanuel d’Hombres, « La division du travail physiologique : désuétude d’un concept récidiviste en biologie (1830-1900) », Philosophia Scientiæ, 26-1, 2022, p. 29-51.
181. Charles Tellier, Histoire d’une invention moderne : le frigorifique, Paris, Delagrave, 1910. À la fin du siècle, le nouveau président de la Société zoologique d’acclimatation et fils de son ancien fondateur, Albert Geoffroy Saint-Hilaire, décréta l’échec de la mission de domestication et d’acclimatation des espèces nouvelles : « La durée des trajets devient de plus en plus courte, les prix des transports diminuent chaque jour davantage, les procédés de conservation des marchandises en cours de route s’améliorent chaque année ; on pourra bientôt dire, sans s’écarter beaucoup de la vérité, que toutes les régions du globe sont à égalité devant les marchés de l’Europe. […] Les moyens de transport s’étant transformés, se transformant encore, ainsi que nous le disions tout à l’heure, il est maintenant plus avantageux d’exploiter les richesses naturelles, soit dans leur pays d’origine, soit dans les régions où elles ont été transportées et naturalisées » (Albert Geoffroy Saint-Hilaire, « Allocution prononcée à la séance générale de la Société nationale d’acclimatation de France », Bulletin de la Société nationale d’acclimatation de France, 43, 1896, p. 5-10, ici p. 6-7).
182. Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, « L’Élan et le Renne », in Histoire naturelle, générale et particulière…, op. cit., vol. 12 (1764), p. 79-116, ici p. 96. Il s’agit du célèbre passage où Buffon définit les animaux sauvages comme des « espèces de réserve » qui pourraient un jour suppléer aux besoins humains.
183. Voir en particulier Jocelyne Porcher, « L’esprit du don : archaïsme ou modernité de l’élevage ? Éléments pour une réflexion sur la place des animaux d’élevage dans le lien social », Revue du MAUSS, 20-2, 2002, p. 245-262.
184. Ead., Éleveurs et animaux, réinventer le lien, Paris, PUF, 2002 ; Jocelyne Porcher et Tiphaine Schmitt, « Les vaches collaborent-elles au travail ? Une question de sociologie », Revue du MAUSS, 35-1, 2010, p. 235-261 ; Jocelyne Porcher, Vivre avec les animaux. Une utopie pour le xxie siècle, Paris, La Découverte, 2011, p. 153-158 ; Sébastien Mouret et Nicolas Lainé (dir.), no spécial « Nature(s) au travail », Revue d’anthropologie des connaissances, 17-1, 2023.
185. S. Budiansky, The Covenant of the Wild, op. cit. ; Catherine Larrère et Raphaël Larrère, « Le contrat domestique », Le Courrier de l’environnement de l’INRA, 30, 1997, p. 5-17 ; Catherine Larrère, « Du contrat domestique », in G. Lewkowicz et M. Xifaras (dir.), Repenser le contrat, Paris, Dalloz, 2009, p. 121-133. Pour une critique de la théorie du contrat domestique, voir Clare Palmer, « Le contrat domestique », in H.- S. Afeissa et J.-B. Jeangène Vilmer (dir.), Philosophie animale. Différence, éthique et communauté, Paris, Vrin, 2010, p. 333-373.