Introduction
En 2021, 62,4 % des personnes âgées de 65 ans et plus au Canada utilisaient cinq classes de médicaments ou plus par année et près de 25 % d’entre elles en prenaient dix ou plus (Institut canadien d’information sur la santé [ICIS], 2022). Bien que la prescription de plusieurs médicaments puisse être justifiée et nécessaire, la polypharmacie soulève des préoccupations (National Institute of Aging, 2021). D’une part, elle est associée à un risque plus grand d’exposition à des médicaments potentiellement inappropriés dont les risques excèdent généralement les bénéfices, à un fardeau anticholinergique accru ainsi qu’à des interactions médicamenteuses (Campeau Calfat et al., Reference Campeau Calfat, Turner, Simard, Boiteau and Sirois2024). D’autre part, elle s’accompagne d’une plus grande probabilité d’événements de santé tels que les hospitalisations et les décès (Li et al., Reference Li, Zhang, Yang, Yang, Qiao, Lu and et Liu2022; Toh et al., Reference Toh, Zhang, Soh, Zhang and et Wu2023).
Au Canada, l’usage de médicaments est plus marqué chez les personnes aînées vivant dans des quartiers plus défavorisés, comparativement à celles résidant dans des milieux plus aisés (ICIS, 2022). Les données révèlent par exemple qu’au Québec, 70,9 % des personnes aînées les plus défavorisées matériellement et 70,2 % des plus défavorisées socialement sont exposées à une polypharmacie de cinq médicaments ou plus, comparativement à 65,3 % et 67,3 % chez les plus favorisées (Sirois et al., Reference Sirois, Simard and et Boiteau2025a). De même, l’usage de médicaments potentiellement inappropriés atteint 46,8 % et 46,5 % dans les quintiles les plus défavorisés, contre 40,9 % et 42,1 % dans les quintiles les plus favorisés (Sirois et al., Reference Sirois, Simard and et Boiteau2025b). Toutefois, bien que les personnes vivant en régions rurales aient généralement un profil socioéconomique plus défavorisé (Pampalon et al., Reference Pampalon, Hamel, Gamache and et Raymon2009), les données nationales ne révèlent pas de différence quant à la prévalence de polypharmacie entre les régions rurales ou éloignées et les milieux urbains. Au Canada, environ 20,7 % des personnes aînées prennent dix médicaments ou plus en région rurale, la même proportion qu’en région urbaine (ICIS, 2022). Ces statistiques excluent les données du Québec, où la situation est différente. En effet, plusieurs régions rurales affichent des proportions particulièrement élevées de polypharmacie et d’usage de médicaments potentiellement inappropriés, après ajustement pour l’âge et le sexe. C’est notamment le cas des régions de la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine (75,5 % polypharmacie de cinq médicaments ou plus; 54,3 % médicaments potentiellement inappropriés), du Saguenay–Lac-Saint-Jean (78,4 %; 52,7 %), et du Bas-Saint-Laurent (72,7 %; 51,7 %) (Sirois et al., Reference Sirois, Simard and et Boiteau2025a; Sirois et al., Reference Sirois, Simard and et Boiteau2025b). En termes de comparaison, la région de Montréal affichait dans la même période des proportions respectives de 64,6 % pour la polypharmacie et de 38,5 % pour les médicaments potentiellement inappropriés (Sirois et al., Reference Sirois, Simard and et Boiteau2025a; Sirois et al., Reference Sirois, Simard and et Boiteau2025b).
La déprescription, définie comme la réduction du nombre ou de la dose de médicaments, s’impose comme une stratégie prometteuse pour réduire la polypharmacie et l’usage de médicaments potentiellement inappropriés (McDonald et al., Reference McDonald, Lundby, Thompson, Boyd, Farrell, Gagnon, Herbin, Khuong, Moriarty, Pierson, Scott, Scott, Silvius, Spinewine, Steinman, Tannenbaum, Trimble, Turner and et Reeve2024; Veronese et al., Reference Veronese, Gallo, Boccardi, Demurtas, Michielon, Taci, Zanchetta, Campbell Davis, Chiumente, Venturini and Pilotto2024). Si les personnes aînées et les personnes proches aidantes se montrent généralement favorables à cette approche (Ouellet et al., Reference Ouellet, Bergeron, Gagnon, Cossette, Labrecque and et Sirois2022; Rakheja et al., Reference Rakheja, Sirois, Ouellet, Roux and et Laroche2022), la pénurie de professionnels de la santé de première ligne (ICIS, 2024), l’éloignement géographique des services et le manque d’accès aux soins spécialisés dans les milieux ruraux (Parsons et al., Reference Parsons, Gaudine and et Swab2021) sont des facteurs susceptibles d’influencer les perceptions et les expériences des personnes et, par conséquent, de moduler l’usage de médicaments. Or, peu d’études se sont penchées sur les perceptions des personnes aînées et des personnes proches aidantes vivant en milieu rural concernant la polypharmacie et le processus de déprescription. Déterminer quels sont les enjeux propres à la ruralité pourrait potentiellement permettre de mieux comprendre les tendances observées dans l’usage de médicaments au sein de cette population. L’objectif de cette étude qualitative était donc de décrire les expériences et les perceptions des personnes aînées et de personnes proches aidantes vivant en milieu rural quant à la polypharmacie et au processus de déprescription.
Méthodologie
Devis et population à l’étude
Cette étude descriptive qualitative s’appuie sur l’expérience et les perceptions des personnes aînées et des personnes proches aidantes concernant l’usage de médicaments, la polypharmacie et la déprescription. Des entrevues individuelles semi-dirigées ont été réalisées auprès de personnes aînées ainsi qu’auprès de personnes proches aidantes de personnes aînées demeurant dans des milieux ruraux du Québec. Pour faire partie de l’étude, les personnes aînées devaient être âgées de 65 ans ou plus, habiter dans une municipalité dont la deuxième position du code postal est un zéro (un indicatif d’une région rurale), être autonomes dans leur logement et désireuses de partager leur expérience en lien avec la polypharmacie et la déprescription. Elles devaient également utiliser, au moment de l’étude, cinq médicaments différents ou plus par jour.
Les personnes proches aidantes devaient quant à elles répondre à la définition légale établie par la Loi visant à reconnaître et à soutenir les personnes proches aidantes, RLRQ,c. R-1.1 du gouvernement du Québec, soit « toute personne de l’entourage qui apporte un soutien significatif, continu ou occasionnel, à titre non professionnel, à une personne ayant une incapacité temporaire ou permanente de nature physique, psychologique, psychosociale ou autre, peu importe leur âge ou leur milieu de vie, avec qui elle partage un lien affectif, familial ou non ». Il pouvait s’agir d’un membre de la famille ou d’un proche. Les personnes proches aidantes devaient également démontrer un intérêt à partager leur expérience.
Recrutement des personnes participantes
L’échantillon, constitué selon une approche de type intentionnel et théorique, visait la participation de quinze personnes aînées et de cinq personnes proches aidantes. Les personnes participantes ont été recrutées par l’intermédiaire du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent, une région caractérisée par une forte proportion de personnes aînées et par des prévalences élevées de polypharmacie et d’usage de médicaments potentiellement inappropriés (Sirois et al., Reference Sirois, Simard and et Boiteau2025a; Sirois et al., Reference Sirois, Simard and et Boiteau2025b). Des liens ont été établis avec la direction du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) du CISSS afin de faciliter le recrutement. Les intervenantes de cette organisation ciblaient des personnes pouvant répondre aux critères d’inclusion de l’étude et les invitaient à transmettre leurs coordonnées afin que la coordonnatrice du projet de recherche puisse les contacter. Celle-ci procédait alors à la dernière étape du recrutement par téléphone, soit la validation de l’éligibilité de la personne souhaitant prendre part à l’étude.
Collecte de données
Des entretiens individuels semi-dirigés d’une durée de 60 à 90 minutes ont été réalisés à domicile en 2019, auprès des personnes aînées et de personnes proches aidantes. Ils ont été conduits par deux agentes de recherche rattachées à l’équipe. Le guide d’entretien portait sur les thèmes centraux de la polypharmacie et de la déprescription. Ainsi, chaque entrevue se penchait, entre autres, sur les médicaments prescrits, les médicaments en vente libre et les produits de santé naturels utilisés par les personnes aînées polymédicamentées. Les questions portaient également sur l’historique des médicaments utilisés, sur ceux prescrits ou proposés, sur les médicaments non utilisés ou qui avaient été cessés et dans quel contexte. Ceci permettait de faire ressortir les décisions prises par rapport aux médicaments et les raisons invoquées; les interrogations, doutes, préoccupations; le contexte social et de vie susceptible d’influencer les choix. Une attention particulière a été accordée à la relation avec les professionnels de la santé, ainsi qu’à la perception de l’impact de cette relation sur la polypharmacie et la déprescription. Le guide d’entretien a été validé par les chercheuses expertes en gérontologie impliquées dans le projet pour s’assurer que le vocabulaire était compréhensible par la population aînée de la région ciblée. La première entrevue a aussi servi à valider la compréhension des questions du guide et des explications supplémentaires ont pu être données en fonction de la compréhension des personnes participantes. Des données sociodémographiques ont également été recueillies avant l’entrevue au moyen d’un court questionnaire. Celles-ci comprenaient l’âge, le sexe, l’état civil, la scolarité, l’occupation, la perception du revenu, la ou les personnes avec qui la personne demeure, le nombre d’enfants, la présence de proches vivant à proximité et la façon dont les individus se déplacent à leurs rendez-vous.
Analyse des données
Les entretiens ont été enregistrés, transcrits intégralement sous forme de verbatim, puis analysés à l’aide du logiciel N’Vivo. L’analyse thématique inductive (Braun et Clarke, Reference Braun and et Clarke2006) a été retenue comme méthode pour l’analyse des données. Cette démarche a permis d’explorer les thèmes émergents sans avoir une classification préétablie. Chaque transcription a été analysée séparément et les schémas d’entretiens ont été affinés au besoin. Les données ont été codées afin de faire ressortir les thèmes clés des discussions. Une fois les codes générés, les thèmes ont été identifiés et regroupés selon leurs similarités, puis fusionnés au besoin manuellement par les chercheurs.
Éthique
Le comité d’éthique à la recherche du CISSS du Bas-Saint-Laurent a approuvé la conduite de l’étude (CER-CISSSBSL-20171018-04). Un consentement libre et éclairé a été obtenu auprès de toutes les personnes participantes, lesquelles ont signé un formulaire de consentement.
Résultats
Portrait des personnes participantes
L’échantillon était composé de douze personnes aînées (trois hommes et neuf femmes) âgées de 72 à 90 ans (âge médian: 76 ans), résidant dans des villages de moins de 1000 habitants. La majorité avait toujours vécu dans la région. Sept personnes prenaient entre cinq et dix médicaments réguliers par jour et cinq en prenaient plus de dix, dix prenaient des médicaments prescrits au besoin (PRN), cinq utilisaient des médicaments en vente libre et cinq prenaient des produits naturels sur une base régulière.
Toutes les personnes proches aidantes participantes faisaient partie d’une dyade pour laquelle la personne aînée avait aussi été interrogée pour le projet. Deux femmes proches aidantes et trois hommes proches aidants ont participé à l’étude, dont quatre étaient conjoints, ou conjointes et un homme était le fils d’une personne ainée. Au moment des entrevues, les personnes proches aidantes demeuraient toutes avec la personne aînée dont elles prenaient soin, à l’exception du fils dont la mère avait récemment été placée en résidence.
Perceptions à l’égard de la médication
Le niveau de connaissance des personnes aînées concernant leur médication variait: certaines connaissaient bien leurs médicaments (indications, posologies, durée d’usage, effets indésirables associés), d’autres s’en préoccupaient peu et la majorité ignorait le nombre exact qu’elles prenaient. La quasi-totalité gérait sa médication de manière autonome, souvent à l’aide d’un pilulier.
La majorité des personnes proches aidantes assumaient la gestion complète de la médication de leur proche, une tâche généralement facilitée par l’utilisation d’un pilulier. Elles reconnaissaient avoir une connaissance limitée des médicaments utilisés par leur proche et estimaient qu’il était préférable de se référer au médecin pour juger de la pertinence, de la nécessité ou de l’ajustement des traitements pharmacologiques:
« Le médecin me le dit à quoi ça sert, mais, je ne porte pas attention à ça. Pour moi, c’est comme secondaire dans le sens que je ne suis pas un professionnel, puis je me fie à eux. Je suis pas médecin, je suis pas en mesure d’évaluer, de savoir – elle en as-tu besoin, elle en as-tu pas besoin, on se fie à nos professionnels. » (PPA04)
Perceptions à l’égard de la polypharmacie
Les perceptions à l’égard de la polypharmacie étaient contrastées. Quelques personnes aînées ont rapporté des bienfaits extrêmement positifs de leur médication. Ainsi, la médication était perçue essentielle pour vivre pour certaines, alors que pour d’autres, elle permettait d’être moins souffrantes, d’améliorer le niveau de fonctionnement et la qualité de vie, de maintenir une autonomie et d’éviter les hospitalisations:
« Ça ne me dérange pas parce que je sais qu’ils sont essentiels à ma survie. » (PA07)
« Ben moi je trouve que ça me donne une meilleure qualité de vie. » (PA06)
Cependant, pour la majorité des personnes aînées, l’usage d’une grande quantité de médicaments représentait un risque pour la santé et pouvait avoir des impacts négatifs sur la qualité de vie. Quelques personnes aînées ont manifesté des inquiétudes concernant les contre-indications possibles entre les médicaments et se sont questionnées sur leur pertinence et les risques liés à la polypharmacie. Plusieurs personnes aînées ont mentionné devoir prendre davantage de médicaments pour contrer les effets secondaires de ceux déjà prescrits et être inquiètes des effets potentiellement toxiques sur leur corps:
« Et puis, il y a des pilules qui me donnent mal à tête, puis faut que j’en prenne d’autres pour l’enlever, tu sais, c’est ridicule là. J’ai pas d’autres choix. » (PA01)
Toutes s’entendaient sur le fait qu’être suivies par différents médecins prescrivant de manière isolée avait un impact sur la quantité de médicaments qu’elles utilisaient. Or, malgré ces préoccupations, la majorité considérait que le nombre de médicaments qu’elles prenaient était approprié. La grande confiance envers les médecins semblait jouer un rôle clé dans l’acceptation du nombre de médicaments utilisés:
« Si je pouvais les éliminer, je les éliminerais toute la gang, ça c’est sûr et certain, j’en prendrais même pas. C’est parce que je sais que j’ai besoin de ces médicaments-là, je fais confiance aux médecins. » (PA07)
Par ailleurs, la normalisation de la polypharmacie semblait également se faire par comparaison avec d’autres individus:
« Ben parce qu’il y en a qui en prennent beaucoup plus que moi, parce que j’ai connu des personnes, ils en prenaient pas mal de pilules, pas mal, fait que je ne trouve pas, jusque-là je trouve que c’est pas si mal. » (PA05)
Les perceptions des personnes proches aidantes à l’égard de la polypharmacie rejoignaient celles des personnes aînées. Les effets indésirables constituaient une préoccupation importante pour certaines d’entre elles, qui identifiaient parfois de potentielles cascades médicamenteuses, où des médicaments étaient ajoutés pour contrer les effets indésirables d’autres traitements pharmacologiques. Elles considéraient qu’il existait un lien entre le suivi médical et la médication, notamment entre le nombre de médecins consultés et la quantité de médicaments prescrits. Toutefois, bien que certaines remettaient en question la pertinence de certains traitements, les personnes proches aidantes estimaient normale la prise d’une plus grande quantité de médicaments avec l’âge.
Perceptions à l’égard de la déprescription
La déprescription était perçue positivement par certaines personnes aînées, qui y voyaient une façon de réduire les effets indésirables liés aux médicaments et les suivis médicaux associés à ceux-ci. Néanmoins, seulement deux personnes auraient souhaité réduire leur nombre de médicaments. Elles n’auraient toutefois pas osé le faire sans consulter leur médecin, à l’instar de toutes les autres personnes aînées interrogées lors de l’étude, qui n’avaient jamais pris la décision d’interrompre seules un médicament prescrit. Une personne aînée a rapporté avoir déjà tenté de diminuer par elle-même la dose d’un médicament, mais y avoir renoncé après l’apparition d’effets indésirables. Toutes les personnes aînées croyaient que leur médecin de famille était la personne la mieux placée pour apporter des changements à la pharmacothérapie. Certaines personnes aînées interrogées ont toutefois révélé avoir vécu une grande détresse lorsque leur médecin de famille a voulu les sevrer d’un médicament qu’elles jugeaient indispensable à leur bien-être. Ces situations s’accompagnaient parfois d’un sentiment de trahison et d’une perte (temporaire) de confiance. Avec du recul, certaines personnes ont reconnu qu’il s’agissait d’une décision médicale justifiée. Certaines personnes ont exprimé des sentiments particulièrement forts:
« Je l’ai haï assez, je l’ai assez haï, j’ai haï mon docteur […], quand je ne dormais pas puis je braillais des nuits de temps, j’ai dit – toi tu vas venir à payer ça, ça c’est garanti, je mets ça dans les mains du Bon Dieu, le Bon Dieu va arranger ça. Puis je me suis aperçu qu’après ça, c’était moi qui étais dans l’erreur. J’ai venu à bout de m’accoutumer à un, ça pris deux mois, puis là je vais rester de même. » (PA04)
Les personnes proches aidantes étaient à l’aise avec l’arrêt de certains médicaments si cela s’avérait nécessaire. Toutes trouvaient utile de réévaluer ou d’interrompre certains traitements et considéraient qu’il pouvait parfois être pertinent de réduire, voire de cesser certains médicaments, surtout lorsqu’ils causaient davantage de risques que de bénéfices dans la situation actuelle de la personne aînée. Néanmoins, certaines ont souligné que la pénurie de médecins limitait la réévaluation des traitements médicamenteux. D’autres ont mentionné que les suivis médicaux étaient trop espacés, ce qui compliquait l’ajustement des prescriptions:
« La rhumatologue les avait arrêtés l’an passé [le méthotrexate]. Là, suite à cet arrêt-là, elle n’était plus capable de se lever le matin. Il fallait que je la lève, elle urinait, elle avait de l’incontinence jour et nuit, fait que là un moment donné, c’était l’enfer là. J’étais pas trop content de sa situation, parce que j’avais beaucoup de misère à la rejoindre, c’était toujours l’infirmière. Le mercredi, elle devait m’appeler, j’ai pas eu d’appel, moi j’étais toujours pris avec le problème ici. Fait que là, vendredi j’ai rappelé, c’est quelqu’un d’autre qui m’a dit qu’il y avait beaucoup d’inflammation au niveau de ses prises de sang, fallait faire quelque chose. » (PPA04)
Les personnes proches aidantes ont révélé faire entièrement confiance au médecin de famille de leur proche relativement aux questions de prescription et de déprescription, et ce, même s’il s’agissait d’un suivi avec un nouveau médecin:
« Puis en mai, au deuxième rendez-vous avec le nouveau médecin, il a dit – OK, on va arrêter l’Aricept, il a dit – on va arrêter ça, ça donne pu rien, à son niveau, ça donne pu rien. J’ai dit – c’est correct, je vous fais confiance. » (PPA05)
Certaines ont également mentionné que les médecins gériatres et les généralistes qui suivaient leurs proches semblaient sensibles à la question de la polypharmacie et soucieux de vouloir réduire le nombre de médicaments utilisés:
« Je suis choyé au niveau de mes professionnels, tant au niveau de la gériatre que du médecin de famille, parce que c’est des gens qui n’aiment pas beaucoup prescrire des médicaments, ils essaient justement d’en éliminer ou de les diminuer. » (PPA04)
Finalement, des personnes proches aidantes ont insisté sur l’importance de discussions franches autour des avantages, des risques et des modalités de déprescription, de même que sur les actions qui pouvaient être prises en cas de problème avec ce processus.
Perceptions envers les enjeux de la vie en région relativement à la santé
Les personnes aînées exprimaient globalement une satisfaction élevée à l’égard de la vie en région rurale, perçue comme bénéfique pour la santé et la qualité de vie. Ils et elles évoquaient notamment un environnement moins stressant, un air plus pur et un réseau de soutien communautaire plus solidaire qu’en milieu urbain.
Dans l’ensemble, les personnes aînées se disaient satisfaites des soins reçus en région rurale. Plusieurs estimaient bénéficier de services de santé généraux de meilleure qualité et plus humains. Néanmoins, certaines ont soulevé des aspects négatifs tels que les délais plus importants pour avoir accès à des professionnels paramédicaux, l’éloignement des commodités (notamment les pharmacies), le manque d’écoute et d’humanité de la part de certains professionnels de la santé, le suivi insuffisant des médecins spécialistes ainsi que les temps d’attente importants aux urgences. L’accès aux soins spécialisés, souvent centralisés dans les grands centres urbains, engendrait des contraintes liées à la distance, aux coûts et à l’organisation des déplacements, entraînant un fardeau logistique et accentuant le stress des personnes aînées et des personnes proches aidantes. Toutefois, pour ce qui est des médicaments en particulier, les personnes aînées soulignaient que le fait d’habiter en milieu rural n’avait aucune incidence sur le nombre de médicaments utilisés ni sur les coûts:
« Ça ne dépend pas de la place où qu’on est, dans le fond, c’est nous, parce que nous autres, on se sent bien chez nous, me semble prendre des médicaments, c’est notre système qui fait défaut, c’est pas parce qu’on n’est pas bien où est-ce qu’on est là. » (PA06)
Du point de vue des personnes proches aidantes, la vie en milieu rural était aussi perçue comme une source de bien-être et d’appui communautaire, malgré la lourdeur que pouvait représenter leur rôle d’aidante. La vie en région semblait avoir des effets bénéfiques sur leur santé et celle de leurs proches. Plusieurs estimaient que l’accès aux soins et aux services était adéquat, voire, pour certains, plus rapide et personnalisé qu’en milieu urbain, pour celles qui y avaient vécu auparavant:
« Je pense qu’au prorata population-professionnels il y a un équilibre. On attend rarement quand on a besoin d’un service. Quand j’ai eu besoin pour ma femme, le CLSC est venu tout de suite. La Société d’Alzheimer aussi. Et j’ai droit à plusieurs heures de répit par semaine. » (PPA04)
Néanmoins, quelques personnes proches aidantes estimaient que la distance et le manque de transport pouvaient représenter un défi important pour les personnes aînées qui n’avaient plus de permis de conduire ou qui ne disposaient d’aucune ressource pour les accompagner à leurs rendez-vous.
La majorité des personnes proches aidantes considéraient que le fait de vivre en région rurale n’avait aucune influence sur l’usage de médicaments chez leur proche. Toutefois, certaines percevaient une tendance à une plus grande médicalisation des aînés vivant en milieux urbains. Une personne proche aidante évoquait par exemple la pénurie de médecins dans ces milieux, qui se traduirait par des consultations plus rares et expéditives, des diagnostics parfois posés hâtivement et un recours accru à la médication. Selon elle, cette tendance à la médicalisation servirait à pallier les limites du système de santé et à apaiser la souffrance sociale et psychique des personnes vivant en ville, où le rythme de vie et le niveau de stress seraient perçus comme plus élevés qu’en région rurale. Cette situation pouvait particulièrement toucher les personnes avec des troubles cognitifs majeurs:
« En ville, ils en prennent plus qu’en milieu rural. Parce qu’il y a plus de possibilités de les perdre. C’était drôle, han, moi je restais à Longueuil, puis j’étais à cinq minutes d’une bâtisse d’Alzheimer, il y en avait qui se perdaient, il y en avait qui se retrouvaient dans le milieu du chemin. Fait que les médecins leur en donnent plus pour qu’ils restent tranquilles, pour pas qu’ils sortent pis qu’ils se perdent. » (PPA05)
Perceptions à l’égard des professionnels de la santé
Les personnes aînées et les personnes proches aidantes décrivaient généralement la relation avec le médecin de famille en termes de confiance, d’écoute attentive et de disponibilités. Cependant, pour certaines personnes aînées, les départs fréquents des médecins de famille en région étaient une source de frustration. Plusieurs dénonçaient également des consultations trop brèves, un problème de suivi, un manque de professionnalisme ou une approche réductrice où toute solution reposait sur la prescription de médicaments:
« On ne peut pas appeler ça un médecin, d’ailleurs, c’est un docteur pilules. Un docteur pilules là, tu vas le voir pour, je vais dire n’importe quoi, c’est des pilules qu’il va te prescrire. » (PA12)
Les médecins spécialistes suscitaient généralement des perceptions plus négatives chez les personnes aînées et les personnes proches aidantes. La majorité des personnes participantes rapportaient un manque d’humanité et d’écoute, des interactions perçues comme impersonnelles ainsi qu’une faible implication dans les décisions thérapeutiques. Plusieurs déploraient l’absence d’opportunités pour poser leurs questions de même que le manque de sensibilité et d’empathie à leur égard:
« On n’est pas des blocs de ciment, faits en bois, on a des sentiments même si on est malade, puis on pourrait être traités comme des êtres humains. […] À l’âge que j’ai là, je veux quasiment plus aller les voir, parce qu’ils ne me traitent pas comme un être humain. […] L’autre jour, ils étaient trois, trois médecins là avec moi, trois spécialistes là, et puis, ils ont pris des décisions puis – bon, on va te donner ça, puis tu prendras ça. Tu sais, ça s’arrête là, eux autres, ils prennent la décision […] ok boss, qu’est-ce que tu veux que je dise ? Je ne peux pas me battre avec, quand même que je lui dirais que je n’aime pas ça, ben, – écoute, si t’aimes pas ça, reste chez vous, viens pas m’achaler. » (PA01)
À l’inverse, les gériatres étaient décrits comme plus humains, accessibles et à l’écoute. De même, les pharmaciens faisaient l’unanimité auprès des participants et participantes qui soulignaient leur disponibilité, la clarté de leurs explications et leur rôle central dans la gestion quotidienne de la médication. Leur proximité géographique et leur accessibilité contribuaient à établir une relation de continuité et de confiance.
Discussion
Les résultats de cette étude suggèrent que plusieurs personnes aînées vivant en milieu rural ont des connaissances limitées sur leurs médicaments, bien qu’elles les perçoivent comme essentiels à leur qualité de vie. Quelques personnes aînées et personnes proches aidantes en milieu rural remettent néanmoins en question la pertinence de certains traitements et expriment des inquiétudes quant aux effets indésirables. Ainsi, la déprescription est généralement perçue favorablement, mais nombre de personnes en milieu rural ne s’estiment pas directement concernées, ne percevant pas nécessairement que cette démarche s’applique à leur propre situation clinique. Le médecin de famille semble être celui en qui les personnes aînées participantes ont le plus confiance et l’importance des discussions avec lui est prioritaire tant pour les personnes aînées que pour les personnes proches aidantes. Lorsque les personnes aînées et les personnes proches aidantes sont interrogées sur la vie en milieu rural et son impact sur la médication, elles admettent que la rotation fréquente des médecins est problématique et que les visites de rendez-vous sont brèves. Toutefois, vivre en région n’est pas perçu comme un facteur influençant la complexité des traitements médicamenteux, les personnes participantes estimant bénéficier d’un accès adéquat aux soins.
Ces résultats rejoignent ceux de Ouellet et collaborateurs (2022), qui décrivent la normalisation de l’usage d’un grand nombre de médicaments chez les personnes aînées. Dans la présente étude, tant les personnes aînées que les personnes proches aidantes considèrent la polypharmacie comme une conséquence inévitable du vieillissement, tout en exprimant des inquiétudes par rapport à la polypharmacie, entre autres concernant les effets indésirables et les contre-indications. Ce paradoxe déjà documenté (Weir et al., Reference Weir, Ailabouni, Schneider, Hilmer and et Reeve2022) illustre la tension entre la reconnaissance des risques associés à la polypharmacie et la croyance selon laquelle chaque médicament demeure indispensable au maintien du bien-être. Par ailleurs, la confiance marquée envers le médecin de famille contribue à renforcer cette perception: les personnes aînées estiment que les médicaments prescrits sont essentiels et adéquats, le médecin de famille étant perçu comme le mieux placé pour en juger, bien que les études ayant documenté cette perception ne portent pas spécifiquement sur des populations en milieu rural (Galazzi et al., Reference Galazzi, Lusignani, Chiarelli, Mannucci, Franchi, Tettamanti, Reeve and et Nobili2016; Liu et al., Reference Liu, Zhao, Da, Zhang, Wang and et Li2024). En conséquence, la déprescription ne semble pas constituer une priorité pour la plupart des personnes aînées, qu’elles habitent en milieu rural ou non. Ainsi, les personnes aînées ne manifestent pas spontanément le désir de réduire le nombre de médicaments utilisés.
Les résultats soulignent aussi l’importance d’une communication ouverte et bidirectionnelle entre les personnes aînées, les personnes proches aidantes et les professionnels de la santé en lien avec la médication. Les personnes proches aidantes soulignent l’importance de discussions transparentes au sujet des avantages et des inconvénients de la déprescription, une dimension également mise de l’avant par Peat et collaborateurs (Reference Peat, Fylan, Marques, Raynor, Breen, Olaniyan and et Alldred2022).
Par ailleurs, les personnes participantes estimaient que le fait d’habiter en milieu rural n’influençait pas les coûts liés aux médicaments ou leur usage en soi. Les coûts des traitements peuvent être une source de stress dans d’autres populations, bien que ces études ne portaient pas nécessairement sur des populations en contexte rural (Pickering et al., Reference Pickering, Hamm, Dawdani, Hanlon, Thorpe, Gellad and et Radomski2020). L’enjeu des coûts n’a pas été soulevé dans notre étude, suggérant que le facteur économique ne représente pas un obstacle majeur dans leur rapport à la médication. Néanmoins, le manque de temps et la pénurie de personnel en milieu rural qui ont été décrits par les personnes participantes demeurent des barrières importantes à la réévaluation périodique des pharmacothérapies et à la déprescription en contexte général de soins (Olry de Labry Lima et al., Reference Olry de Labry Lima, Marcos Marcos, Marquina Marquez, González Vera, Matas Hoces and et Bermúdez Tamayo2020). Nos observations concordent avec d’autres travaux identifiant le manque de temps comme un frein majeur à la déprescription, sans toutefois que ces travaux aient porté sur la situation en milieux ruraux spécifiquement (Sawan et al., Reference Sawan, Reeve, Turner, Todd, Steinman, Petrovic and et Gnjidic2020). Par ailleurs, alors qu’environ 18 % des Canadiens vivent en milieu rural, seulement 8 % des médecins y exercent (ICIS, 2023), suggérant de potentielles difficultés d’accès et continuité des suivis. Or, si les personnes proches aidantes déplorent la rareté des consultations dans nos entretiens, les personnes aînées ne perçoivent pas cet enjeu comme un frein direct à la déprescription, ce qui laisse entrevoir une priorité à la stabilité du traitement qu’à sa réévaluation.
Le rôle spécifique du pharmacien dans la polypharmacie et la déprescription mérite considération. À notre connaissance, aucune étude n’a documenté le rôle et l’impact des pharmaciens en milieux ruraux. Considérant leur accessibilité et du haut niveau de confiance qui leur est traditionnellement accordé, il est toutefois permis de croire que les pharmaciens occupent une place centrale dans le parcours de soins des personnes aînées en milieu rural. Comme l’ont également exprimé les participants dans notre étude, leur disponibilité, la qualité de leurs explications et leur rôle majeur dans la gestion de la médication renforcent cette position clé. Leur contribution à l’usage optimal des traitements et à la déprescription est d’autant plus importante que plusieurs actes liés à l’ajustement ou à la déprescription de médicaments sont désormais rémunérés chez les pharmaciens québécois (Campeau Calfat et al., Reference Campeau Calfat, Gosselin and et Sirois2025), renforçant leur capacité d’intervenir de manière proactive. Bien que ces dimensions aient été peu évoquées dans les entretiens de la présente étude, elles mériteraient d’être explorées davantage dans des travaux futurs. Les pharmaciens joueront certainement un rôle prépondérant et grandissant dans la gestion de la polypharmacie et de la déprescription, particulièrement dans un contexte où plusieurs personnes ne disposent pas de médecin de famille. Cette évolution pourrait être particulièrement significative en milieu rural, et il serait pertinent d’examiner dans quelle mesure les interventions des pharmaciens contribuent à assurer la continuité et la qualité des soins.
Recommandations pour la pratique
Les personnes participantes ont exprimé des inquiétudes sur les médicaments utilisés et la polypharmacie. D’autre part, elles étaient ouvertes à la déprescription, à la condition que le processus soit bien accompagné. Les propos des personnes participantes suggèrent que la communication entre les professionnels de la santé, les personnes aînées et les personnes proches aidantes constitue un levier essentiel pour favoriser la déprescription. Une approche basée sur le partenariat, incluant une information claire et adaptée permettant de décrire les objectifs et bénéfices de cette démarche, pourrait prévenir l’incompréhension et les réactions négatives observées chez certaines personnes dont le traitement a été modifié sans explication préalable. Enfin, l’inquiétude associée à l’arrêt d’un médicament telle que rapportée dans notre étude et fréquemment rapportée dans la littérature (Thompson et Reeve, Reference Thompson and et Reeve2022), souligne l’importance d’un accompagnement individualisé, incluant l’écoute des préoccupations des personnes aînées et des personnes proches aidantes et une éducation ciblée.
Dans la littérature, le manque de collaboration interprofessionnelle a été identifié comme un facteur contribuant à la polypharmacie (Bakker et al., Reference Bakker, Kemper, Wagner, Delwel and et de Bruijne2017). Comme soulevée dans les entrevues, la consultation de plusieurs spécialistes, combinée à une pénurie et une rotation élevée de médecins en région, complexifie la coordination des soins et augmente le risque de prescriptions multiples (Halli-Tierney et al., Reference Halli-Tierney, Scarbrough and et Carroll2019). Ainsi, des mécanismes favorisant une meilleure communication entre les professionnels de la santé, comme l’attribution d’un professionnel pivot, pourraient assurer la continuité des soins malgré les changements de personnel médical. Ces professionnels pivots – infirmières, médecins, gestionnaires de cas ou autres intervenants – évaluent les besoins des personnes, offrent information et soutien et assurent la coordination des soins. Dans divers contextes cliniques, leur présence a amélioré significativement l’expérience et la satisfaction des patients (Letourneur et al., Reference Letourneur, Barbeau and et Renoux2022; Loiselle et al., Reference Loiselle, Attieh, Cook, Tardif, Allard, Rousseau, Thomas, Saha-Chaudhuri and et Talbot2020). Ces professionnels pivots pourraient ainsi également jouer un rôle pertinent dans un contexte de gestion de problèmes de santé multiples, polypharmacie et déprescription. De même, la délégation des enjeux liés à la pharmacothérapie au pharmacien – incluant l’ajustement des doses, le suivi des paramètres cliniques et des résultats de laboratoire, ainsi que l’ajout ou le retrait de médicaments nécessaires à la prévention et au traitement des maladies et des conditions de santé – pourrait permettre une gestion plus cohérente et efficiente des traitements, incluant des procédures pour réaliser de manière systématique et rigoureuse des révisions régulières de la pharmacothérapie. Une clarification des responsabilités est toutefois nécessaire pour éviter le dédoublement des suivis. D’autres stratégies pourraient faciliter la déprescription, comme l’intégration dès la prescription initiale des circonstances où l’arrêt de la médication serait approprié, l’utilisation d’outils d’aide à la décision ou la mise en place de programmes structurés. Le récent forfait accordé aux pharmaciens pour des consultations liées à la déprescription constitue par ailleurs une mesure incitative concrète au Québec depuis quelques années (Association québécoise des pharmaciens propriétaires, 2025).
Limites
Bien que cette étude apporte de nouvelles connaissances sur les perceptions des personnes aînées et des personnes proches aidantes en milieu rural concernant la polypharmacie et la déprescription, elle présente certaines limites. L’étude a été menée dans une seule région rurale du Québec et pourrait ne pas être représentative d’autres communautés en raison de différences culturelles, ethniques et socio-économiques. La taille de l’échantillon demeure restreinte, bien que la saturation ait été atteinte. L’étude repose sur des autodéclarations, ce qui peut engendrer des biais de désirabilité sociale, les personnes pouvant adapter leurs réponses en fonction de ce qu’elles estiment socialement acceptable. Par ailleurs, des aspects liés aux critères de qualité en recherche qualitative méritent d’être soulignés. L’étude n’a pas eu recours à des stratégies telles que la triangulation des sources pour accroître la crédibilité. De même, aucun audit trail formel n’a été mis en place pour documenter le cheminement analytique (dépendabilité). L’absence d’un journal de réflexivité réduit également la capacité à minimiser l’influence de biais potentiels chez les chercheurs (confirmabilité), bien que la personne responsable de l’analyse ne possédait pas de connaissances préalables sur le sujet, limitant ainsi le risque de biais cherchant à confirmer des hypothèses préexistantes. Sur le plan de la transférabilité, la description riche du contexte offre néanmoins au lecteur les éléments nécessaires pour juger de la pertinence des résultats dans d’autres milieux de nature similaire. Enfin, l’étude ayant été menée avant que les pharmaciens ne soient remboursés pour les actes de déprescription et l’élargissement du champ de pratique pour la gestion des maladies, les perceptions des personnes aînées envers la polypharmacie et la déprescription pourraient avoir évolué depuis. Il serait pertinent d’explorer cette question dans de futures recherches.
Conclusion
Il existe des défis significatifs liés à la gestion de la polypharmacie et à la mise en œuvre de la déprescription en milieu rural. Si les motivations des personnes aînées et des personnes proches aidantes à envisager la déprescription sont multiples et influencées par divers facteurs, peu sont toutefois spécifiques à la vie en région rurale. Il demeure impératif de promouvoir une communication plus efficace avec les professionnels de la santé, ainsi qu’une meilleure coordination entre les différents prescripteurs. Cette approche permettra de favoriser des pratiques plus sûres et adaptées aux réalités des personnes aînées, contribuant ainsi à une gestion améliorée de leur médication.
Remerciements
Les auteures remercient chaleureusement les participants aux entrevues pour leur précieuse contribution. Des remerciement sincères sont aussi adressés à Karen Smith de la direction du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées du Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent qui a grandement facilité le recrutement, ainsi qu’à Maryse Proulx, Joannie Lavoie et Angelina Lacroix pour la conduite des entrevues et à Guylaine Jean pour les transcriptions des entrevues. Les auteurs soulignent également le travail de Brandon Martel, étudiant en pharmacie, pour son aide à la rédaction.
Ce projet a été rendu possible grâce à des financements reçus de la part de la Chaire de recherche sur le vieillissement de l’Université Laval, de VITAM – Centre de recherche en santé durable et de la Fondation Laure-Gaudreault.