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« Il ne porte pas la chemise noire » : Marc Bloch et Gino Luzzatto

Published online by Cambridge University Press:  08 June 2026

Tommaso Munari
Affiliation:
Université de Turin tommaso.munari@eui.eu
Francesca Trivellato
Affiliation:
Institute for Advanced Study ft@ias.edu
Rights & Permissions [Opens in a new window]

Abstract

Si l’histoire et l’historiographie italiennes n’étaient pas au cœur des préoccupations de Marc Bloch, il s’y intéressa néanmoins à la fois comme auteur de La société féodale et comme codirecteur des Annales. Cet article propose d’éclairer d’un jour nouveau ses liens avec les chercheurs italiens, en identifiant en Gino Luzzatto (1878-1964) – lui aussi médiéviste et historien de l’économie – le collègue avec lequel Bloch se sentit le plus proche, tant sur le plan intellectuel que personnel. Il s’appuie pour cela sur les traces rares mais révélatrices de leurs échanges, élargissant ainsi les approches existantes de l’histoire de l’historiographie. Bien qu’il ne subsiste pratiquement aucune correspondance entre Bloch et Luzzatto, un faisceau de sources indirectes, parmi lesquelles des lettres de tiers, des comptes rendus, des références bibliographiques, des dédicaces, des gloses manuscrites et des fiches, permet de reconstituer leurs intérêts communs et atteste leur admiration mutuelle. Les deux historiens ne se rencontrèrent qu’une seule fois, à Venise, en septembre 1934, mais ils partageaient des affinités qui dépassaient le seul cadre académique, liées aussi à leur condition de Juifs assimilés et à leur engagement antifasciste. Luzzatto manifesta un intérêt prononcé pour les travaux de Bloch consacrés à l’histoire de l’agriculture, des techniques et de la propriété foncière, dont il contribua, après la Seconde Guerre mondiale, à en maintenir vivants l’héritage et la réception en Italie.

Although Italian history and historiography were not at the center of Marc Bloch’s concerns, he was interested in both, particularly as the author of Feudal Society and co-editor in chief of the Annales. This article sheds light on Bloch’s relations with Italian scholars, identifying Gino Luzzatto (1878–1964)—a fellow medievalist and economic historian—as the colleague to whom Bloch felt closest, both intellectually and personally. It does so by interrogating the scarse but revealing traces of their exchanges, thus expanding existing approaches to the history of historiography. While virtually no correspondence between Bloch and Luzzatto remains, a body of indirect sources, including letters written by others, book reviews, bibliographical references, dedications, handwritten glosses, and notecards, attests to their common interests and mutual admiration. The two scholars met only once, in Venice in September 1934, but their affinity transcended academic boundaries and extended to their shared status as assimilated Jews and anti-fascists. Luzzatto was particularly drawn to Bloch’s works on the history of agriculture, technology, and land tenure, and he helped maintain their legacy and reception in Italy after World War II.

Information

Type
Bibliothèque et Réseau Savant
Copyright
© L’autrice et l’auteur, 2026. Publié par Cambridge University Press pour le compte des Éditions de l’EHESS
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Figure 1 Affiche des conférences de Gino Luzzatto au Collège de France, mars 1956Source : Paris, Collège de France, Archives, 1 AFF 21.

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Figure 2 Tiré-à-part avec dédicace envoyé par Bloch à Luzzatto, 1935Source : Venise, Università Ca’ Foscari, Bibliothèque Gino Luzzatto, RAC. I50.

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Figure 3 Annotation de Luzzatto sur un tiré-à-part reçu de BlochSource : Venise, Università Ca’ Foscari, Bibliothèque Gino Luzzatto, RAC. E95.