To save this undefined to your undefined account, please select one or more formats and confirm that you agree to abide by our usage policies. If this is the first time you used this feature, you will be asked to authorise Cambridge Core to connect with your undefined account.
Find out more about saving content to .
To send this article to your Kindle, first ensure no-reply@cambridge.org is added to your Approved Personal Document E-mail List under your Personal Document Settings on the Manage Your Content and Devices page of your Amazon account. Then enter the ‘name’ part of your Kindle email address below. Find out more about sending to your Kindle.
Find out more about saving to your Kindle.
Note you can select to save to either the @free.kindle.com or @kindle.com variations. ‘@free.kindle.com’ emails are free but can only be saved to your device when it is connected to wi-fi. ‘@kindle.com’ emails can be delivered even when you are not connected to wi-fi, but note that service fees apply.
Marc Bloch devient historien à l’époque où se constituent les sciences sociales. On s’intéresse ici à ses années de formation et aux influences intellectuelles – Karl Marx, Numa Denis Fustel de Coulanges, Émile Durkheim – qui ont façonné son imaginaire sociologique (marqué par les débats des années 1860-1910) et une pratique de l’histoire orientée par la quête de la « structure sociale ». Le médiéviste paraît l’inventeur de cette notion qui prend une place croissante dans sa recherche et lui permet d’explorer à la fois les relations entre les phénomènes sociaux et l’articulation entre réalités matérielles et système de représentations. Marc Bloch tente ainsi d’élaborer une approche « structurale » ou « structurelle » de la société féodale, qui semble dialoguer davantage avec les réflexions de Marcel Mauss et de Maurice Halbwachs qu’avec celles de Lucien Febvre. Pourtant, ce moment structural de l’historiographie française fut largement relégué dans l’ombre après la mort tragique de l’historien.
Cet article se propose de revenir sur la question de la reproduction sociale au sein des institutions universitaires françaises au début du xxe siècle à partir de l’exemple du célèbre historien Marc Bloch (1886-1944), normalien dont le père, Gustave Bloch (1848-1923), fut lui-même non seulement normalien mais également professeur à l’École normale supérieure. La question se pose en des termes spécifiques en un temps où l’ENS perdit son autonomie pour devenir un institut pédagogique intégré à l’université de Paris : Marc Bloch fut donc à la fois un pur produit de l’ENS et de l’Université et il eut toujours à cœur de nourrir sa pratique professionnelle avec cette double culture. En s’appuyant sur les nombreuses archives que sa formation à l’ENS a laissées, il est possible de comprendre comment se déroulait la formation d’un historien à l’ENS à l’époque de Marc Bloch, comment la personnalité de ce dernier s’y est peu à peu affirmée en s’appuyant sur certaines dispositions propres à un héritier intellectuel, et d’observer de quelle manière cet héritage normalien a pu être plus ou moins activé pendant l’ensemble de son parcours d’historien et de citoyen.
Le 11 juillet 1947, Jérôme Carcopino (1881-1970) bénéficiait d’un non-lieu après avoir été révoqué de ses fonctions, brièvement emprisonné et traduit en justice pour sa participation au régime de Vichy, où il fut en particulier secrétaire d’État à l’Éducation nationale et à la Jeunesse de 1941 à 1942. À l’appui de son mémoire justificatif produit devant la Haute Cour de justice de la République, Carcopino avait joint divers témoignages de collègues qu’il estimait pouvoir porter à son crédit, dont un échange épistolaire avec Marc Bloch. Composé de neuf lettres, éditées pour la première fois à la suite de cet article, ce court dossier témoigne des échanges entretenus entre les deux hommes, normaliens, liés par la figure de Gustave Bloch, maître de l’un et père de l’autre. Ces lettres reflètent à la fois le passé et le présent de deux figures de l’Université de la IIIe République, aux relations courtoises en dépit de leurs situations dramatiquement asymétriques sous Vichy. Procurer une édition critique de ces lettres répond à un double objectif : contextualiser l’histoire de leur écriture, à une époque où correspondre avec une autorité ministérielle n’a rien d’anodin, et comprendre le ressort de leur exposition dans un cadre judiciaire pour soutenir la cause d’un accusé. Après avoir obtenu sa réintégration dans l’Université en 1951, Carcopino publia en 1953 un livre plaidoyer, Souvenirs de sept ans, où il relatait son action de 1937 à 1944 et qu’il achevait par la reproduction, instrumentalisation s’il en est, d’un fac-similé de l’une des lettres de Marc Bloch.
En quittant Paris pour l’armée en 1939, Marc Bloch laisse sa bibliothèque dans son appartement de la rue de Sèvres. Celle-ci, riche de plusieurs milliers de volumes est saisie par les Allemands au début de 1942 et expédiée en Allemagne. Les restitutions, opérées principalement à la fin des années 1940, ne concernent qu’une fraction de l’ensemble des livres rassemblés par Bloch au cours de sa carrière. L’université de Paris, puis l’une de ses héritières, l’université Paris 1- Panthéon Sorbonne, ont acquis en plusieurs temps, par achat puis par un don de la famille, une grande partie des livres revenus d’Allemagne, soit environ 1 800 volumes. Ceux-ci furent affectés à la bibliothèque Halphen, bibliothèque de travail des médiévistes. L’article replace l’histoire de cette bibliothèque dans le contexte des relations entre Bloch et le monde universitaire français et étrangers. Il vise à restituer l’importance de la constitution du fonds dans l’histoire intellectuelle de Bloch. L’examen de cette partie substantielle, mais tout de même partielle, du fonds illustre les catégories scientifiques mobilisées par Bloch dans son travail. Les dédicaces et signatures permettent d’évaluer l’ampleur de son réseau d’amitiés et de relations dans le milieu académique français et, au-delà, à travers toute l’Europe. Ce fragment éclaire la consistance d’un outil de travail remarquable, construit patiemment, à coups de comptes rendus et d’achats par un savant d’une envergure exceptionnelle.
Si l’histoire et l’historiographie italiennes n’étaient pas au cœur des préoccupations de Marc Bloch, il s’y intéressa néanmoins à la fois comme auteur de La société féodale et comme codirecteur des Annales. Cet article propose d’éclairer d’un jour nouveau ses liens avec les chercheurs italiens, en identifiant en Gino Luzzatto (1878-1964) – lui aussi médiéviste et historien de l’économie – le collègue avec lequel Bloch se sentit le plus proche, tant sur le plan intellectuel que personnel. Il s’appuie pour cela sur les traces rares mais révélatrices de leurs échanges, élargissant ainsi les approches existantes de l’histoire de l’historiographie. Bien qu’il ne subsiste pratiquement aucune correspondance entre Bloch et Luzzatto, un faisceau de sources indirectes, parmi lesquelles des lettres de tiers, des comptes rendus, des références bibliographiques, des dédicaces, des gloses manuscrites et des fiches, permet de reconstituer leurs intérêts communs et atteste leur admiration mutuelle. Les deux historiens ne se rencontrèrent qu’une seule fois, à Venise, en septembre 1934, mais ils partageaient des affinités qui dépassaient le seul cadre académique, liées aussi à leur condition de Juifs assimilés et à leur engagement antifasciste. Luzzatto manifesta un intérêt prononcé pour les travaux de Bloch consacrés à l’histoire de l’agriculture, des techniques et de la propriété foncière, dont il contribua, après la Seconde Guerre mondiale, à en maintenir vivants l’héritage et la réception en Italie.