Basé sur une recherche-action conduite en partenariat avec deux organismes de protection des droits des travailleurs non syndiqués, cet article compare deux modèles d’organisation du travail dans les entrepôts – celui de Dollarama et celui d’Amazon – et illustre comment l’un et l’autre fonctionnent grâce à l’exploitation d’une main-d’œuvre en bonne partie racisée. Emplois instables et peu protégés, pressions à la productivité fragilisant le corps et l’esprit, statuts migratoires précaires enfermant les individus dans des emplois usants et de piètre qualité – ces éléments interconnectés créent des espaces où le droit du travail peine à s’appliquer. Les résultats de l’enquête mettent en évidence les enjeux multiples découlant de la fragmentation des cadres réglementaires hérités de la période fordiste, trop souvent rendus caducs par la transformation des pratiques de gestion de la main-d’œuvre, et appellent, au profit des travailleurs les plus vulnérables, le développement d’une vision plus holistique du droit et de la réglementation.