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On ne saurait attribuer une date, même approximative, à la composition des poèmes homériques; si même ils renferment des allusions à des faits historiques, cela n'apprend rien; car, pour les siècles au cours desquels les poèmes peuvent avoir été composés, on n'a presque pas de données sur l'histoire de la Grèce. Mais il est sûr que l'lliade et l'Odyssée ont été composées un long temps avant les plus anciennes œuvres datées.
Dès le moment où les textes ont été composés, la langue en était archaïque. Elle est donc d'un type plus ancien, de beaucoup, que celle des plus anciens monuments datés de la langue grecque.
On ne saurait rapprocher la langue homérique d'aucun état du grec connu à l'époque historique; puisque cette langue n'appartient proprement à aucun parler, ni même à aucun dialecte, elle n'est exactement comparable à rien d'autre. On ne peut comparer la langue homérique qu'au niveau général de développement où sont parvenus en général les parlers grecs à la date où l'on commence à pouvoir les observer, vers le VIe-Ve siècle av. J.-C.
Outre beaucoup de vieilles formes qui ne se lisent que là, la langue épique a des traits généraux qui ne se retrouvent plus par la suite.
Notamment, l'emploi de l'augment au prétérit y est facultatif de la même manière qu'il l'est dans la langue védique et qu'il a dû l'être dans la langue que représente l'arménien.
Le grec est une langue indo-européenne. Tout le monde en est d'accord; mais il convient de déterminer ce qu'on entend par là.
Entre la plupart des langues de l'Europe — on peut dire entre toutes les langues connues de l'Europe sauf l'ibère et le basque (sans doute appartenant à un même groupe) à l'Ouest, l'étrusque en Italie, le finnois et le magyar (ce dernier apporté à date historique par une invasion), et enfin le turc qui est d'importation moderne — et quelques langues d'Asie: l'arménien, le ≪ tokharien ≫ nouvellement connu par des textes qu'ont rapportés les missions au Turkestan chinois, le ≪ hittite ≫ récemment déchiffré, l'iranien, les parlers aryens de l'Inde et notamment la grande langue littéraire qu'on nomme ≪ Sanskrit ≫, il y a des groupes de concordances frappantes qui supposent que toutes ces langues, devenues avec le temps si différentes, sont des formes prises par un même idiome ancien. Cet idiome n'a pas été fixé par écrit; il n'en subsiste donc aucun monument, pas plus qu'il ne reste un souvenir du peuple qui s'en est servi. Mais les concordances qu'on observe entre le Sanskrit, l'iranien, l'arménien, le slave, les dialectes baltiques (tels que le lituanien), l'albanais, le grec, le germanique, le celtique, le latin, l'osco-ombrien, — auxquels il faut maintenant ajouter le ≪ tokharien ≫ et le ≪ hittite ≫ —, ont fourni matière à un ensemble de recherches, connu sous le nom de ≪ grammaire comparée des langues indo-européennes ≫.
Les parlers grecs des différentes cités apparaissent distincts dès le moment où on les rencontre; mais les différences ne portent que sur des particularités développées à une date qui précède de peu l'époque historique: tous les parlers grecs connus reposent sur une même ≪ langue commune ≫. Mais par rapport à l'indo-européen, ils ont un grand nombre d'innovations idenliques, d'où est résultée une transformation de la structure indo-européenne. La comparaison des parlers permet, sinon de restituer complètement, du moins de déterminer avec précision les traits essentiels de ce ≪ grec commun ≫ (v. p. 13) dont les ≪ dialectes ≫ sont des différenciations. Ces traits sont ceux par lesquels le grec, en son ensemble, s'oppose aux autres langues indo-européennes.
Les Grecs n'ont pas eu, comme les Hindous, des phonéticiens subtils pour analyser minutieusement leur prononciation et pour en laisser des descriptions exactes. On ne connaît guère du système phonique du grec que ce qu'indiquent la graphie et les variations de la graphie, puis, pour une période postérieure, des transcriptions en diverses langues, surtout en latin. L'emploi fait des mots dans les vers ajoute quelques données importantes, mais sur peu de points seulement. On n'a donc sur la prononciation du grec ancien que des notions grossières, et auxquelles il est souvent malaisé d'attribuer des dates et des localisations précises.
Le nom de ϰοινή s'applique à plusieurs notions différentes.
En parlant de ϰοινή, les anciens pensaient le plus souvent à un dialecte littéraire, comparable à l'éolien des poètes de Lesbos, au dorien des lyriques, à l'ionien, à l'attique; c'était pour eux le dialecte employé par des prosateurs de l'époque hellénistique ou impériale comme Polybe, Strabon ou Plutarque. C'est contre cette ϰοινή que réagissaient les atticistes qui, depuis le début de l'époque impériale, se sont efforcés de reproduire et de conserver le dialecte attique des grands écrivains d'Athènes.
Les linguistes modernes, qui s'intéressent à la langue parlée plus qu'aux langues littéraires, entendent volontiers par ϰοινή la langue parlée en Grèce, depuis l'époque d'Alexandre environ, et qui était comprise partout où l'on parlait grec. Comme de toute langue parlée, on n'a pas de témoignages directs de cette langue. Des textes écrits par des gens peu lettrés, notamment certains papyrus trouvés en Égypte et la plus grande partie des ouvrages qui composent le Nouveau Testament, en donnent une idée. Les anciens appliquaient déjà le nom de ϰοινή à cette manière de parler familière ou vulgaire.
Enfin on a constaté que les divers parlers grecs modernes ne reposent pas sur les dialectes anciens: éolien, dorien, etc.; presque tout s'y explique par un grec sensiblement un; on exprime d'ordinaire ce fait en disant que le grec moderne repose sur la ϰοινή; en ce sens, la ϰοινή est la langue qu'on peut restituer grâce à la comparaison des parlers grecs modernes et à l'histoire du grec médiéval et moderne.